Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche


jeudi 21 septembre 2006


Où l'on parle du temps d'avant, de celui qui passe et aussi de celui qui revient tous les ans.

Les Tarquinets le 22 septembre 2003

Les Tarquinets le 22 septembre 2003

Les dates sont insidieuses.
Moi je les oublie tout le temps.
Elles pourtant ne m'oublient pas.
Cela fait deux jours que je me surprends à farfouiller dans les archives de mes photos.
Je contemple le temps d'avant.
Je ne sais lequel échappe le plus à l'autre.
Je sais qu'il s'enfuit.
Je sais que je le fuis aussi.
Échange de bons procédés : au trébuchet du temps passé je prends les années, je laisse les regrets.
Enfin j'essaie.
Ce n'est peut-être pas la panacée mais je ne peux ignorer la force de mes projets.
Et ils échappent au passé.
Et ils m'échappent du passé.
Je feuillette mes vieilles photos comme les pages d'un roman dont j'aurais subrepticement lu la dernière page.
Je sais bien qu'à un moment, la digue va céder, que le temps ne m'offrira plus son rempart.
Que de lectrice je vais passer protagoniste.
Mais pas sans combattre.
Pas sans m'abrutir de projets pour repousser cet instant.
Bientôt trois ans.
Dans quelques jours, dans quelques heures.
Les dates sont insidieuses mais surtout terriblement opiniâtres.




samedi 16 septembre 2006


La fuite, les démons et les vieilles maisons

Les mots me fuient.
Et moi je fuis mes démons.
Je fuis dans une vieille maison.
Retrouver l'enduit et la pluie.
La pluie des souvenirs qui panse l'âme.
L'enduit avec lequel on imagine son avenir.

Septembre s'étire.
Septembre la discordante.
Septembre ou l'éternel recommencement.
Septembre ou l'insoutenable achèvement.

Les mois s'écoulent.
Les années aussi.
Ce mois-ci restera, je crois, celui de l'espoir.
Cette année-là, je l'espère, ne me décevra pas.

Et si ce n'est pas vrai, et bien tant pis.
Il y aura toujours ma vieille maison pour y retrouver de plus vieux démons.
Ceux qui consolent et qui cajolent.
Juste le temps d'ouvrir les yeux et de partir vers d'autres cieux.
Mes morts à moi, ils me dictent qu'il faut vivre...




jeudi 7 septembre 2006


Tant va la cruche...

Et la cruche, c'est moi ! Un rien potiche, l'anse échancrée à souhait, la courbe gracieuse. Bref, une véritable cruche de foire agricole, de celles dont on décore le bord de la margelle du faux puits en plastoc trônant au milieu du stand des picrates aigres aux noms ronflants !


Bref en matière de béguins, de transports amoureux ou de tocades sentimentales, je suis une véritable cruche de compète !

Ah ah ! Mais c'est que j'ai de bien belles conquêtes !

A moi le manipulateur au petit pied (mais à l'ego hypertrophié) dont le seul but dans la vie c'est d'être l'homme, le vrai ! Celui qui conduit la bagnole et vous éclaire de sa substantifique pré science sur la température de l'eau et la date de vos vacances !

A moi le bellâtre qui vous débite dans le blanc des yeux les plus brûlants serments tout en oubliant la présence de l'inopiné miroir. Celui qui bêtement vous offre le reflet de ses doigts qu'il croise dans son dos simultanément à ses tirades !

Avis aux amateurs de buse, de terre cuite, de vaisselle, il manque encore quelques spécimens pour parfaire ma collection !

Au stand des picrates au goût aigrelet, on attend encore le vigoureux et juvénile godelureau qui, une main dans le soutien gorge de la cruche, louche sur les couverts en argent.

Quant au vieil aigri aussi avaricieux que libidineux sera-il me séduire ?

Et le matois atteint de manie processive ? Celui qui cherche à s'attacher aussi efficacement que gracieusement les services d'une professionnelle de la chicane, il sera pour moi aussi ?

Un cruchon ce n'est pas très difficile à enjôler voyons !


Voilà voilà...

Ah oui, je précise aussi que si d'aucuns s'étonnent de ces propos peu charitables à l'égard d'amoureux consommés voire putatifs, je leur refilerais bien quelques louchées de sens de l'humour dont la nature, à l'inverse de clairvoyance, m'a fort bien pourvue.

Et puis consentez quand même que ma proverbiale méchanceté puisse enfin prendre sa mesure !

Comprenez-moi : dans la banalité de mes crucheries quotidiennes, c'est qu'elle est par trop manquante ma férocité de légende, ergo il faut bien que j'y laisse cours quelque part...

Je vous laisse, je vais me préparer pour ce soir... un teint de porcelaine, j'arborerai ce soir, de porcelaine, je vous dis...


Avis aux amateurs de faïence, je ne promets pas que ce billet défouloir ne rejoigne pas tantôt la longue cohorte des chiffres fantômes qui hantent la numérotation de mes feuillets...




jeudi 31 août 2006


Rentrée et récidive

Bien plus que le tempo des fins d'année civile et ses bilans que d'aucuns dressent, j'ai conservé de mes années d'études le rythme scolaire puis universitaire. Plus que le passage d'une année à l'autre ce sont les vacances d'été, celles qui précèdent ce qui restera toujours pour moi "la rentrée", qui bercent mon temps qui passe.

Je les compare d'une année à l'autre. J'ose même me souvenir de celles d'antan. Je mesure non seulement leurs qualités respectives mais je sonde aussi les mois écoulés avec une distance que j'aimerai savoir retrouver les onze autre mois de l'année.

Et puis surtout c'est l'heure où je prends mon élan, où je prends appui sur l'année écoulée pour aborder la prochaine forte de convictions dont l'expérience m'apprend qu'elles n'ont rien d'éphémères. Moi qui ne borne jamais ma vie de ces promesses faites à soi-même ou de ces principes qu'on embrasse hâtivement,  considérant qu'en vous obligeant  ils vous rendent surtout aveugle à la fortune et à la chance, il me faut pourtant bien reconnaître que ce que je retiens de mes vaticinations estivales sont foutrement sagaces.

Je me souviens m'être convaincue ici même il y a un an que de mon veuvage, j'abandonnerai déjà un pan. Que je me frotterai de nouveau au jeu des rencontres et que ce n'est certes pas sur un bûcher que je me consumerai. Cela me semblait terriblement ardu et je suis tombée des nues : c'est simple comme bonjour de mettre fin à une chasteté de circonstance. Ce qui est éminemment complexe c'est la consistance de ce qui l'accompagne. Mais cela je le savais déjà.

Cet été pourtant, avant d'être celui des bilans, fût surtout celui de la quiétude et de l'apaisement. Aise de découvrir combien je me sens bien dans cette baraque devenue mienne, bonheur d'y recevoir ceux que j'aime, joie de continuer son histoire et avec elle, la mienne. Je me la suis si bien appropriée que je m'y forge mes souvenirs pour plus tard ; ceux que l'on amorce par un « cette année là... ». De vraies vacances parce que vacantes aussi : j'ai oublié mes dossiers, j'ai oublié de bloguer, j'ai oublié mes mails, j'ai délaissé mon VAIO et même mon appareil photo. Je suis parvenue aussi à éconduire les démons qui ont plombé mon mois de juillet. De vraies vacances où plus grand chose n'a d'importance si ce n'est de profiter des commensaux, de l'odeur de la peinture et même des feux dans la cheminée consentis par cet été si vivifiant...

Si la vie m'a trop bousculée pour conserver la moindre certitude de ce dont elle sera faite désormais, j'ai la conviction en revanche qu'il y avait tout à gagner à la bouffer que de se laisser bouffer par elle. Cette année fût celle des yeux qu'on ouvre, gourmands et parfois trop crédules, celle des appétits retrouvés et encore mal rassasiés, celle aussi de tous les affres qu'on essuie quand on est infoutue de ne pas la saisir autrement que dans un étroit corps à corps.

Être incompétente à ne pas esquiver les boniments de la vie je veux donc bien m'y résoudre. Mais ne pas esquiver ce n'est pas non plus tout encaisser obtusément. Et s'il y a un augure que je retiens de ce bilan c'est bien celui de n'avoir aucune envie d'inscrire l'indigeste lotos dans mon régime alimentaire alors même qu'il serait accommodé de mets de choix. J'ai trop faim pour cela.

Ce coup-ci, je crois bien que je suis de retour...




samedi 22 juillet 2006


Rage ! Enfin !!

Mais comment ai-je pu mettre tant de temps à venir ici ?
Pourquoi donc tant d'atermoiements à foncer chez moi ?
Qu'il me semble pourtant limpide le chemin vu d'ici !

Mais ce soir, même épuisée, je ne pouvais plus attendre.

Je la sentais qui bouillonnait depuis quelques jours.
Je l'humais, je l'attendais.
Je savais qu'elle viendrait et qu'avec elle la secousse qui me tirerait d'affaire, qui m'ouvrirait les yeux.
Qu'elle me manquait ma rage sans laquelle je ne sais pas faire face lorsque ma barque prend de la gîte.

J'ai carré mes mains sur le volant.
J'ai haussé le son et même, Ô fait singulier, chanté à tue-tête.

Retrouver la fraîcheur.
Retrouver l'odeur des thuyas qui baigne la nuit noire.
Retrouver enfin l'impression d'être soi !

Laisser défiler le long des kilomètres les évidences qui soudain se rappellent à moi.
Sans queue ni tête elles s'effrangent, mais j'en saisis parfaitement le sens et l'articulation.

Il est mort ton mari ma cocotte... et personne ne pourra plus jamais t'offrir ce que lui savait te donner.
Oublie cette quiétude, plus jamais tu ne pourras t'imaginer que le bonheur est acquis.
Avec lui tu es morte aussi.
Elle n'existe plus celle des certitudes et des douceurs tranquilles.
Alors je vais les enterrer mes vérités.
Peu importe ce en quoi je croyais. Peu importe ce qui m'importait. Peu importe celle que je pensais être.
Je vais foutre tout cela au panier.

Et dans ta vie entière, ils sont combien ceux que tu croyais aimer, ceux que tu aimais peut-être et qui t'ont laissé aujourd'hui un souvenir qui ne soit pas empreint de leur insignifiance ? Deux... Ton bonhomme et le seul amant avec lequel je n'ai pas pris une hache pour couper définitivement les ponts. Deux c'est peu. C'est la faute à la vie, c'est ce qu'elle m'a laissé de tous les autres après avoir fait son œuvre de digestion, après avoir confronté chacun d'eux à ses petites compromissions qui supportent bien mal l'épreuve du temps.

Je vais retrouver ma maison.
Je vais aller sentir combien ils m'aimaient mes fantômes.
Et forte de leur amour, je vais faire la seule chose pour laquelle il semble que soit douée, bouffer la vie au lieu de me faire bouffer par elle...
Je vais laisser tomber mes démons trop bien nourris de mes certitudes révolues. Je vais laisser tomber mes convictions et avant d'en adopter de nouvelles je vais déjà me hasarder à me faire une idée par moi-même. Moi-même, celle de maintenant. Pas l'ancienne.




jeudi 20 juillet 2006


La force et le courage - ou le leurre et le mensonge

S'il y a des qualificatifs que j'exècre c'est bien ceux qui tiennent à l'être.
Ils me semble toujours usurpés. Par principe.
Dites-moi que ma prose vous ravit et je rougirais.
En revanche que l'on me parle de force et de courage et je mordrai.
Je ne sais pas très bien pourquoi.
Sans doute parce que je ne crois pas à la force et au courage.
Leurs adjectifs ne veulent rien dire.
Ils ne sont la projection que ce que l'autre perçoit de vous.
Mais jamais ils ne représentent ce que vous êtes.

Ils sont tellement réducteurs et surtout tellement contradictoires ces compliments que l'on vous sert.
Qu'il est facile d'avoir du courage quand on a perdu père, mère et mari...
Mais se gonfler le jabot de leur survivre presque involontairement n'est-il pas plus odieux ?
En tirer gloire est proprement nauséeux.
C'est alors de ne pas mourrir qui est courageux ?
A moins que pour affronter sa propre mort il ne faille un courage que je n'avais pas.
Parce que j'y ai pensé, une fois...

Quel courage faut-il avoir pour faire le vide autour de soi ?
Quelle force est-elle nécessaire pour cultiver sa colère sans accorder la moindre concession ?
Pour ne pas affronter le regard des autres, leur pitié et même leur générosité j'ai fui comme personne, j'ai fui comme jamais.
Être parfois même incapable de répondre à un courrier, n'est-ce pas plutôt de la lâcheté ?

Le courage serait dans le fait d'élever ses enfants en parlant librement de leur père ?
Voire de continuer à "vivre".
Mais faut-il vraiment de la force pour trouver du plaisir à être dans les bras d'un autre homme ?

Et quelle force faut-il avoir pour ne pas s'avoir s'affranchir de ses propres démons alors même que l'on mesure la bêtise de se laisser gouverner par eux ?
Est-ce donc être forte que de se laisser bouffer par des paniques stériles qu'explique votre passé mais gâchent irrémédiablement votre présent ?

En réalité et même si je force volontairement le trait je crois que force et courage n'ont pas grand chose à voir avec la façon dont on mène sa barque. Il ne sont que l'illusion dont on pare bon gré mal gré le simple fait de continuer à vivre. Parce qu'il faut bien une raison. Parce qu'il faut bien que l'on se souvienne de toutes ces ignominies. Mais pas plus que vivre n'est une fatalité, continuer à vivre n'est pas un exploit... On s'étonne même de retomber dans les mêmes banalités, les mêmes médiocrités — et les mêmes engouements, les mêmes transports et sans doute les même aveuglements.

Il ne faut ni force ni courage pour cela, juste un minimum d'humanité...




mardi 11 juillet 2006


Son et lumière

  • Les bougies ne doivent-elles donc brûler qu'en silence ?



dimanche 9 juillet 2006


Une flamme, une pensée

la flamme d'une bougie

Une flamme, une pensée et j'espère une lueur pour celui qui traverse peut-être l'orage.



mercredi 28 juin 2006


Panique et ouragan (2)

Ce soir sur la Place de la République j'ai vu un beau merle noir.
Il était pourtant transi de peur.
Il reposait sur les pavés, les ailes repliées sur sa belle toison sombre.
J'ai croisé son oeil rond, affolé, incrédule.
Il était pétrifié devant une longue file de taxi.
A deux pas de mes propres roues.
Sur cette immense place j'étais pourtant la seule à le voir.
Je n'ai pas eu le temps de freiner.
La voiture a démarré et comme dans un film j'ai vu affolée, incrédule la roue venir, faire jaillir son sang, le réduire à néant, anéantir inéxorablement l'oiseau immobile et dont l'oeil semblait s'aggrandir.
Odieux ralenti durant lequel je n'ai entendu que mon propre cri.

Alors la peur m'a saisie à mon tour.
Celle iraisonnée qui vous prend les tripes et vous ravit la superbe dont on se fait l'illusion qu'elle vaut quelconque protection.
Laissez-moi foncer
Laissez-moi batailler.
Laissez-moi même ruer ou anéantir.
Par pitié, laissez-moi agir et serait forte, pas une larme s'il le faut, ne perlera !

Mais réduisez moi au silence, à l'attente et à l'expectative et je deviens fantôme errant, spectre d'impuissance se nourrissant de cauchemars, de craintes et de démence.

Avec des mots et des paroles l'ombre du merle a fini par me quitter.
Avec des mots et des paroles, les cauchemars se sont éloignés.

Milles mercis pour vos textos, vos mails ou vos pensées.




dimanche 25 juin 2006


Fleurs et humeurs

Bruno, merci pour votre commentaire si gentil, ce jour où tout est si gris. Pour y répondre, je vous dirai que non, et en dépit de l'envie qui me tenaille de le voir de nouveau enjoliver mes pages, lundi, il n'y aura pas de tournesol.
Le soleil s'est levé, il a brillé de mille feux mais comme décidément la vie ne se laisse pas goûter sans faire de manières, de lourds nuages noirs sont venus le dérober à mes yeux.

détail d'un bouquet de giroflées


GIROFLÉE, subst. fém.
Plante vivace (Crucifères) aux fleurs en grappe très odorantes, souvent cultivée pour sa valeur ornementale.
« Les fleurs d'orangers (...) se marient aux giroflées marron pour enfanter un parfum nouveau, où l'oranger devient amer et mâle et la giroflée une femelle lasse et douce. » COLETTE, Pays connu, 1949, p. 147.
Pop. Giroflée (à cinq feuilles). Gifle qui laisse la trace des cinq doigts.

Mais surtout : Fleurs aux couleurs soyeuses que vous offrent les amis un dimanche de juin dont les pétales graciles et le parfum délicat font barrage à la bourrasque qui menace de vous ravager.




lundi 19 juin 2006


Les peines qu'on tait , les pleurs qu'on fuit.

J'y passe souvent, à chaque aller, à chaque retour.
De ma main posée sur le volant, je tends les doigts comme un silencieux salut. Je pourrais aussi tirer la langue ou répéter ses derniers mots à lui : un tonitruant "quel con !" lancé avant de mourir. Mais moi je me contente de lever presque imperceptiblement les ongles. C'est ma façon à moi de me souvenir que je suis mortelle, que je suis encore en vie et que je suis sa fille aussi. Je ne vais ni  interrompre une conversation, ni cesser de morigéner un tarquinet ou de fredonner la chansonnette mais juste opiner de l'index et du majeur.
Mégalo et prétentieux pour les uns, il ponctuait chacune des phrases qu'il adressait à ses deux pataloustics d'un "ma cocotte", d'un "mon petit chat" ou d'un "ma chérie" — nous étions, Fée des bulles, Rhinoféroce ou Lilipotame et s'il y a bien une chose dont je suis certaine dans ma vie c'est de l'amour qu'il nous vouait.
Alors moi je ponctue le chemin de sa maison d'un geste de la main , là où son chemin à lui a pris fin.
Dimanche, en passant là, juste après le deuxième pont où se sont arrêtées ses traces de pneus, je me faisais la réflexion qu'il avait raison. Le plus bel album de Brel c'est le dernier. Auparavant c'est évidemment celui que j'aimais le moins puisque c'est celui où la mort se cache dans chaque refrain. Mais les temps ont changé, mes fréquentations aussi, la grande faucheuse a l'air d'avoir apprécié ma cuisine (c'est bien la seule !) et même d'avoir réclamé du rabiot !
Quand je levais le bout des doigts il a chanté : « Veux tu que je dise / Gémir n'est pas de mise / Aux Marquises »
Alors, j'ai pensé aux litres de flotte que j'ai déversés sur mon vélo, au plus loin de tous ceux qui pouvaient compatir.
J'ai pensé à toutes les accusations que j'ai proférées contre la pollution et la bourre de platane.
A mes allergies oculaires aussi réelles que providentielles.
Et puis je me suis souvenue que depuis que Tarquin est mort, plus jamais je n'ai  pleuré dans les bras de quelqu'un.
Plus jamais je n'ai vraiment partagé ma peine, laisser fondre les sanglots, pleurer à gros bouillons comme il dit.
Et que je me connais trop bien pour savoir que c'est pas demain la veille.
Au début, j'avais peur de ne plus savoir tenir debout, de ramper sans pouvoir me redresser.
Après, j'avais peur de m'écrouler et de ne plus me relever, terrassée de fatigue et de peur.
Puis je voulais faire taire tous ceux qui me demandaient comme j'allais faire ?
Ils me terrifiaient avec leurs questions cons.
De toute façon je ne voulais pas qu'on m'aide. J'ai cultivé le vide comme d'autres cultivent les liens sociaux.
Alors pour tromper ma peine, j'ai poli des mots comme des cailloux dans les remous.
Parce que partager des mots c'est beaucoup moins intime que de partager ses sanglots — et que penser que l'on partage tout dans la vie c'est une connerie. Comme je garde en moi l'amour de Papa, je garderai mes meurtrissures, de toute façon les traduire c'est déjà les trahir, c'est prendre le risque d'essuyer la pitié, l'ennui ou pire le respect. Et si avec des mots vous pouvez le combattre, en se laissant aller à pleurer, en faisant tomber la distance, on ne parvient qu'à se mettre en danger. Et puis même si ce n'est pas tout à fait vrai, cela n'est pas tout à fait faux et a au moins le mérite de cantonner le passé à la place qu'il mérite. C'est aussi un garde-fou, une barrière pour ne pas se faire manger soi-même par sa peine :

Le rire est dans le cœur
Le mot dans le regard
Le cœur est voyageur
L'avenir est au hasard




mardi 13 juin 2006


La musique, les lampions — et la poterne.

La musique était entraînante et les lampions colorés. Moi, j'avais envie d'oublier les secrets compliqués pour retrouver les éclats de rire qu'on partage sans que nul ne vienne vous en rendre comptable, la folle complicité de ceux qui cambriolent dans les pots de confiture à la nuit tombée et la franchise des acolytes qui réunissent leur précieux butin pour mieux le faire goûter à l'autre.
La musique était entraînante et les lampions colorés. Et moi en dépit d'une déveine presque proverbiale, je n'ai absolument aucun goût pour les drames pas plus que pour les sacs de nœuds où certains puisent le sentiment d'exister.
Les lampions étaient colorés et comme mes yeux n'étaient plus embués de larmes je les ai trouvés encore plus lumineux.
La musique était entraînante et comme j'avais sorti la tête hors de l'eau, je me suis mise, du bout du pied, à en battre la mesure.
Je me suis alors aperçue qu'il y avait des années que je ne m'étais pas amusée, que je n'avais prisé cet indéfinissable parfum de simplicité, celle des rires spontanés qu'on échange sans faux-semblant, celle des sourires de connivence qui vous révèlent en un quart de seconde plus que toutes les explications alambiquées que se servent les couples sans joie.
Rire c'est la plus belle excuse d'être ensemble, c'est l'autorisation d'enfreindre ce qui ne devait durer qu'une chanson, ce qui ne devait dépasser l'instant minuté d'une rencontre en marge de la vie de chacun.

Alors quand le silence se fait et qu'on demeure hébété d'avoir bu plus que de raison, d'avoir pris goût à ce qui demeure interdit, quand on devine que danser plus encore, va ouvrir la terre sous vos pieds, quand de légère et fugitive la valse risque de devenir tourbillonnante et passionnée, il faut alors affronter le chemin parcouru, tous ces pas entremêlés qui convergent vers le centre de la piste, là où la lumière est plus dense et les regards plus pesants.
A moi il me semblait qu'y tendre à ce centre était une imposture alors en me gardant bien de le regarder, sans vouloir ne rien demander à personne, j'ai commencé par emprunter la seule issue que je croyais possible, à savoir le chemin de la sortie.
Il semblerait pourtant qu'en voulant m'éclipser discrètement j'ai singulièrement oublié de demander à l'autre comment lui-même entendait finir la soirée.
Il paraît désormais que derrière les rires qu'on partage, les sourires de connivence qu'on échange et le butin malicieux et sucré qu'on réunit à deux, se cacherait une poterne.
Une petite porte qui ne serait visible que lorsque s'éteignent les lampions et s'arrêtent les flon-flons. Un battant que seuls peuvent franchir ceux qui, se tenant par la main, en ont mesuré le poids et sont parfaitement conscients de leur choix. Nul ne sait si cette petite croisée là s'ouvrira devant moi mais le fait de savoir qu'elle existe me convainc que je ne vais pas faire semblant de l'ignorer et que plutôt que de lui tourner le dos, je vais d'abord soupeser l'idée de la pousser : on ne fuit pas la vie quand celle-ci vous sourit, pas plus qu'on ne contourne les projets qui vous mettent des étoiles dans les yeux...




jeudi 8 juin 2006


Mes mots à moi

J'ai trop biffé de mots, trop déchiré de feuillets, trop tu en son temps ce qui me sortait par tous les pores de la peau au prétexte de ne pas gâcher ce qui était déjà mort-né. Alors les mots qu'on écrit dans la nuit et qu'on fait disparaître le matin venu, même s'ils ne sont plus nécessairement pertinents le soir suivant, qu'ils soient prémonitoires ou qu'ils deviennent furtifs et caducs, je ne les renie plus. J'ai attrapé la soif d'écrire comme j'avais celle de fumer. Sauf  que la clope que l'on calcine entre ses doigts jaunis ne réclame pas de temps, elle n'exige pas de vous d'addition dans l'instant, ce n'est qu'après qu'elle vous vole votre vie. Les mots, si eux vous préservent, ils sont plus gourmands du présent. Plus essentiels aussi. Alors quand la vie vous prend, on oublie de faire appel à eux, pas par infidélité mais parce qu'ils souffrent mal de l'indolence. Et puis les mots ne se laissent pas niveler sans regimber. Alors puisque l'on est tant lu que l'on a désormais des cachotteries, les mots se sauvent si l'on ne prend pas suffisamment de temps pour les polir, les faire reluire et les disposer de façon à finalement voiler l'essentiel.
Mais les mots me manquent par trop. Et puis taire ce qui vous consume c'est un peu les trahir, alors on est pas tout à fait fière et s'il on sait bien que sa vie est ailleurs et qu'elle n'a pas à être déroulée ici pour être dégustée, il n'en demeure pas moins que quand vos tripes se serrent et que vous arrivez devant la croisée des chemins, on aime aussi retrouver la quiétude des mots tout chauds qui vous font mettre le doigt sur ce qui fait vibrer votre vie. Je ne sais pas ce qui m'attend maintenant. Si les vies se ruinent dans un claquement de doigt, elles recèlent aussi des joies que je ne croyais plus devoir connaître. Alors nolens volens je sais bien que les mots sont la seule chose qu'il me reste pour me donner l'illusion que ma propre vie m'appartient.




samedi 3 juin 2006


Quand la maîtrise et la colère se conjuguent

D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours entretenu l'illusion de maîtriser ma vie mais dans le même temps de faire les choix importants qui pouvaient présider à celle-ci sans la moindre parcelle de réflexion ! Les choses s'imposent à moi. Et cela me semble d'une telle évidence que je ne parviens pas même à trouver les mots pour décrire ce curieux mécanisme où l'idée et son adoption vous viennent si intimement mélées que vous ne savez plus si elles vous prennent de front ou si elles se succèdent.
Deux sentiments qui en ce qui me concerne ne sont en rien contradictoire : maîtriser n'a jamais signifier calculer, diriger ou dominer ; maîtriser c'est simplement être capable de foncer quand la vie vous sourit et faire face sans perdre pied quand elle vous oppresse.
D'aussi loin que je me souvienne, on m'a toujours vanté les mérites du cartésianisme.
Et d'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours eu une attirance immodérée pour tout ce qui pouvait ressembler à un raisonnement logique, qu'il s'agisse de mathématique, de chimie, de droit ou de jeux d'esprit.
Pourtant sincèrement dans ma vie à moi, celle qui me tient chaud depuis presque 40 ans, je n'ai pas l'impression que cela m'ait servi à quoi que soit ! Les connaissances que j'ai acquises évidemment que j'en use mais de leurs recettes, que nenni !
Non, je crois moi que la seule chose qui m'a vraiment guidée dans ma vie ce n'est pas la méthode, la réflexion et les raisonnements : ce sont mes tripes. Ce sont mes émotions et mes sentiments, ces espèces de vagues impressions qui, à l'échelle des valeurs où l'on vous apprend à vous repérer, tout seul sans papa et maman, n'ont pourtant pas grand crédit.
Qu'on se le dise : la colère est mauvaise conseillère !
Mais si ma colère à moi c'était ma panoplie de survie ? Si c'était elle qui m'avait permis de tenir, elle qui m'avait permis de me défaire de ceux qui étaient alors pour moi une menace ? La colère ce n'est pas quelques mots plus hauts que les autres, la colère c'est une force que l'on abrite presque malgré soi. Et le simple fait de savoir qu'elle est là contre moi, sage et taiseuse au quotidien mais prête à surgir, féroce et impérieuse quand je suis en danger, est sans doute la meilleure explication au fait que je connaisse si peu la peur.
Elle n'a pas besoin de montrer les dents, elle n'a pas même besoin de sortir le bout de son nez, simplement elle existe et elle constitue ma meilleure conseillère. Elle me protège d'autrui et a su me montrer encore il y a peu combien elle était précieuse cette rage qu'on oppose inexorablement à ceux qui n'ont pas suffisamment de forces vives et qui viennent manger celles des autres pour gagner le sentiment d'exister.
Mais le plus surprenant est qu'elle me protège de moi-même aussi. Elle a su m'obscurcir la vue tant et si bien qu'à certains moments de ma vie elle en a masqué la ruine.
Elle m'épuise parfois et me jette dans un sommeil si profond qu'il constitue la plus belle des fuites.
Elle se rappelle à moi quand j'oublie ce que je suis, elle est mon garde-fou et aussi ma mémoire.
Je sais que sur moi elle veille et pour moi cela n'est pas rien... Ma colère et ma soeur, sont les deux seuls éléments de qui je tolère une chose pareille.




lundi 22 mai 2006


Les souvenirs ou le bastinguage qui court le long du calvaire.

Fatigue et crobes. J'oscille entre le DVD qui m'abrutira du fond de mon lit et la plume qu'on trempe dans les souvenirs trop brillants, ceux qui vous interrogent sur ce qu'on l'est en train de foutre de sa vie ; ceux qui vous rappellent qu'un jour on tenait le bonheur entre ses doigts et qu'on en doutait pas.
Fatigue et crobes, d'humeur mi-maussade, mi-déterminée, de celle qui vous font faire le ménage dans votre vie.
Entre fatigue et crobes, on se rassure comme on peut d'avoir su écarter certain vénéneux, piètre victoire quand on connaît le degré de leur toxicité, par nature incompatible avec toute forme de vie humaine.
Entre fatigue et crobes, on a beau avoir perdu ses proches, on a pas encore oublié leur fierté et leur amour. Alors on s'appuie encore un peu sur eux pour se réchauffer et aussi se consolider. Ce n'est pas parce que je navigue à vue que je dois oublier la confiance qu'ils avaient en moi. C'est ma rampe à moi. Mon bastingage, mon droit-fil.
Entre fatigue et crobes je sais pourtant bien que jamais je ne me satisferai d'être simplement là, à regarder passer ma vie comme une mauvaise dramatique qui fait chialer la télé. Entre fatigue et crobes, je la regrette pourtant ma vie d'avant, celle où c'était simple d'aimer, où la vie était si droite que j'y avançais sans me poser de questions. Bien sûr que je ne suis pas foutue de faire autrement que de continuer à avancer et que ce n'est pas maintenant que je vais cesser de croquer la vie à pleines dents mais putain, cela n'empêche pas de se demander si l'on est sur la bonne route...




dimanche 14 mai 2006


Censure et vérité

On a beau se jurer du contraire, se savoir lu, change la façon dont on traite ses sujets. La routine de l'écriture, celle qu'on pratique depuis longtemps adoucit quelque peu ce penchant mais il n'en demeure qu'en certaines circonstances on a la pénible impression d'être entre le marteau et l'enclume.
J'ai parfois tant mordillé ma plume que je l'en ai maltraitée, tellement torturé mes mots que je les ai mutilés.
Jusqu'où peut-on aller dans sa soif de franchise, dans son souci d'exactitude ? Que peut-on dire, que doit-on taire quand le quotidien qu'on honnit parfois, se partage ? C'est bien joli de n'en garder que les joies mais quelles valeurs ont-elles quand on les ampute non seulement de leur doute mais également de leur laideur ?
J'ai sans doute préservé l'essentiel, celle de n'avoir rien dévoilé de ce qui n'appartenait pas qu'à moi seule. J'ai tu les doutes puis les certitudes et bientôt les dégoûts. La rançon en est aujourd'hui une joyeuse amertume, non pas celle qui vous fait regretter les billets mesquins et vengeurs mais celle qui vous a ouvert les yeux sur ce que l'on ne veut se voir imposer à aucun prix et surtout pas celui de la liberté d'être soi. Puis, en définitive, on s'aperçoit qu'il suffit de peser la souffrance ressentie à façonner ses silences pour tenir en ses mains un précieux baromètre de ce que l'on ne peut tolérer faire de sa vie. Écrire, ce n'est pas seulement se donner à lire, c'est aussi déterminer l'épicentre de ses aspirations et de ses renoncements. Et la censure ouvre parfois les yeux... jusqu'au jour où enfin on les jette en pâture ces mots ravalés avant de se réjouir de s'en défaire ainsi à tout jamais.




mardi 9 mai 2006


Se tenir enragée

Des motifs belliqueux sur le murs d'une chambre
Les motifs de ma chambre dans la demeure

Il est des images de film qui des années plus tard vous sautent au visage, soudain criants de vérité. Il est une scène d'un vieux film culte à laquelle je pense souvent parce qu'elle résume parfaitement des sentiments confus, des mécanismes complexes auxquels on fait appel quand le bonheur n'a plus d'importance, quand on ne voit même plus le soleil briller, quand la vie devient survie et que sans cesse on se répète qu'il faut juste tenir, juste tenir, juste tenir.
Il est un film que j'ai vu de nombreuses fois et un livre que j'ai lu plus encore. Sans doute parce que c'était le préféré de mon père et qu'il n'avait pas peur de le clamer quand les esprits chagrins (et incultes) y voyaient un ouvrage de midinette. Je ne savais alors certes pas ce que ma vie deviendrait. Et pour être honnête j'ai le sentiment que si je l'avais su je n'aurais pas deviné comment moi j'aurais fait pour juste tenir, juste tenir, juste tenir.
Parce que ceux qui vous disent que le jour où il leur arrivera ceci ou cela, eux seront comme ceci ou comme cela sont peut-être de bonne foi mais ils restent des bonimenteurs. On ne sait jamais comment on encaisse les saloperies de la vie ni même la recette pour juste tenir, juste tenir, juste tenir.
J'adorais le personnage de Scarlett O'Hara parce qu'elle était peut-être belle mais qu'elle était en même temps formidablement antipathique. Son anticonformisme m'emballait tout autant que son matérialisme me rebutait. Roublarde, égoïste et bornée, je pensais que jamais je n'aurais mené ma vie comme elle, et je dois dire que par certain côté je la trouvais diablement primaire.
Sauf que maintenant il est une scène qui me revient souvent, qui me saute au visage, parce qu'elle me paraît soudain criante de vérité.
Le plus difficile c'est moins d'avoir mal — parce que le mal rien ne vous l'enlève — que d'avoir peur du lendemain, du moment qui vient.
C'est la sourde peur qui vous ronge, celle de ne pas savoir faire face, la peur qui vous dicte qu'il ne faut que juste tenir juste tenir juste tenir.
Ne pas chercher plus loin, sous aucun prétexte, se contenter de faire les choses à la queue leu leu, se persuader de juste tenir, juste tenir, juste tenir.
Et puis surtout c'est la rage qui vous prend quand tout s'écroule et qu'il faut juste tenir, juste tenir, juste tenir.
La rage qui vous dévore et qui vous fait serrer les dents, les poings et les paupières mais qui vous dicte qu'il ne faut pas penser, qu'il ne faut surtout pas s'arrêter, qu'il ne faut pas réfléchir et encore moins se souvenir. Il faut bouger, sans cesse agir pour juste tenir, juste tenir, juste tenir.
La colère m'a tenu compagnie pendant deux ans, elle m'a tordu les tripes et fait mordre les lèvres, J'ai tenu comme j'ai pu et je sais que c'est en grande partie grâce à elle. Je sais aussi combien de dégâts collatéraux il y a eu, la rage ne se partage pas, elle vous consume et vous isole. Je n'en suis pas spécialement fière mais je sais que j'ai réussi à juste tenir, juste tenir, juste tenir. Pas forcément très bien mais le plus dur est passé et c'est déjà énorme. Simplement quand parfois le soir j'appuie sur les pédales de mon vélo comme si de mon ardeur ma vie dépendait, je mesure combien elle ne m'a pas tout à fait quitté. Alors parfois je me souviens de Scarlett O'Hara en rage qui lève un poing vers le ciel et qui répète volontiers que "demain est un autre jour". Désormais je ne me dis plus qu'il faut juste tenir juste tenir juste tenir mais souvent je lève encore le poing au ciel et il n'est pas rare que je serre les dents en me disant que "demain est un autre jour".




jeudi 20 avril 2006


Bonheur

Vue depuis mon lit



jeudi 13 avril 2006


Musique intime

Il suffit de savoir que je n'ai pas été capable d'en écouter durant presque deux ans pour mesurer l'ambiguïté de ma relation avec elle.

Je n'ai pourtant jamais été ni une forcenée, ni une éclairée. Après avoir rangé, presque sans regret, dès ma première année d'exercice professionnel, l'instrument que je pratiquais, je n'ai collectionné ni les disques, ni les nouveautés, pas même les tendances !

Je ne fais preuve d'aucune curiosité et affiche quasiment les même goûts qu'au jour de mes 17 ans : musique baroque indéfectiblement à laquelle je ne déroge — rarement — que pour des vieux standards de la chanson à peu près française. Et je n'ai même pas la prétention de reconnaître dès les premières mesures telle ou telle oeuvre maîtresse, au jeu de la reconnaissance vocale, je suis souvent très piètre !

Sauf que, quand au milieu d'une rame de TGV bondé, entre un bébé qui pleure et la paire de ski qui s'entrechoque, mes écouteurs me dispensent cet air-là, j'en ai les yeux qui s'embuent et les tripes qui se serrent.

Henry Purcell — King Arthur — Acte III, Scène 2 — Maurice Bevan, baryton — Deller Consorts / The king's Musick, direction Alfred Deller (enregistrement 1978).

Il arrive même que je perçoive l'inquiétude de mes voisins qui, l'oeil attiré par mon regard hagard, ma soudaine immobilité et mes mains qui se crispent en mesure, craignent parfois pour le repos de leur trajet, me jaugeant comme si j'étais un rien secouée du ciboulot !

Ce qu'ils ne savent pas c'est que moi j'ai l'impression d'être, sans qu'ils ne me voient, soudainement nue devant eux, sentiment assez semblable à celui que l'on ressent parfois lorsque se font entendre parfaitement inopinément des émois qui ne concernent personne d'autre que vous-même. Émotions fugitives et intimes qui ne se partagent, pas plus qu'elles ne se dévoilent et où croiser un regard vous ferait presque rougir ou pour le moins considérer la distance qui vous sépare du reste du monde...




dimanche 9 avril 2006


Eveil dominical

Choper au loin le chant d'un merle et croire un instant que l'on est enfoui là-bas au fond de son lit de campagne.

Se surprendre à aligner des mots, à les ranger, les égrener, les réciter et se résoudre à les coucher sur le papier pour ne pas les oublier.

Décrire les banalités des bruits qu'on aime attraper dans le silence dominical : toussotements attendrissants d'un enfant chéri, grincements du lit de ma princesse endormie.

A défaut d'une nouvelle quintissection, sentir contre sa hanche le poids discret d'un Tarquari roulé en boule, venu chercher son lot de tendresse, d'autant plus gourmand qu'insatisfait de ma vie de vitesse et d'ordinateur où il n'y a plus de place pour les ronds de chat contre moi blottis tous deux dans un lit ou un sofa.

Se surprendre à rêvasser puis à écrire des choses inavouables qu'on publiera peut-être ailleurs, dans un endroit où nul me connaîtra.

Aviser que dans ce weekend bien entamé, il m'en reste à savourer la moitié et s'imaginer qu'on peut profiter de cette matinée pour filer au ciné où ira pour la première fois son petit dernier !