---Se sentir laide.
Laide puisque l'on vous contourne.
----------laide de tous les côtés.
Il n'y a que des droites bien tracées.
Des gestes ordinaires qui n'appellent aucun frôlement.
Rien que de très commun.
Rien que de très banal.
L'âme noire d'avoir songé qu'il pourrait en être autrement.
Laide, même en dedans...
Se perdre dans les mots.
Ne pas laisser sa main reposer.
Ne pas même les lire.
Sans cesse les aligner,
S'en défaire
Comme s'ils me brûlaient
Comme si je les avais trop longtemps tenus
Écrire ceux qui s'entrechoquent au présent.
Coucher ceux qui se son répandus dans un coin trop reclus,
ceux qui ont traversé le passé serrés dans un carnet corseté.
Métro,
doigts maculés d'encre. Depuis toujours.
Je devine à certain regard que j'ai dû m'en barbouiller le museau.
Une fois encore...
Se parer d'encre,
S'en couvrir et disparaître,
S'y noyer...
Perdue
Égarée,
La peur me dicte de fuir.
Et puis la raison me dit que non
A moins que ce ne soit le contraire.
La peur de partir ou celle de poursuivre.
Le cœur à tisser
Ne rien défaire
De l'endroit ou de l'envers.
A moins que ce ne soit le contraire.
Perdue je suis
Que quiconque ne lise ces mots en s'y cherchant.
Je vous le défends.
Ils ont été enfouis dans des années éparpillées.
Leur chronologie est un mensonge.
Leur existence même est douteuse.
Je les ai arrachés d'un néant où je les maintenais.
Ils y retourneront peut-être.
Reprendre les mots. Quelques-uns.
Loin de la presse. Juste là dans le désert.
Quelques mots que l'on griffonne sans bruit.
Des mots simples.
De ceux qui se couchent sans encombre et s'endorment aussitôt.
Se terrer encore un peu.
Ils ont déjà décroché mes photos.
Pourtant le bail en était acquitté.
Ils ont pris un lance-flamme et ils ont tout incendié. "Oh pardon Madame, on avait pas vu... Oh pardon Madame, on a rien pu sauver..."
Alors soit, s'isoler.
C'est ce que je fais de mieux.
Mieux que les mots,
Mieux que l'amitié,
Mieux que l'amour aussi.
Se tenir loin. Se tenir coite.
Ne vous dérangez pas pour moi, je ne fais que passer.
Bientôt je ne serais plus que fumée.
Atterrissage - Secousses
Je ne sais plus écrire.
Je quête chaque mot.
Et chacun d'eux est un rêve d'équilibre.
Face au vide qu'ils laissent en moi, je ne me rabats sur rien.
Que le néant.
Jamais je n'aurais dû donner la clef pour ouvrir ces pages.
A quiconque.
Il n'y a désormais plus moyen de la jeter au fond d'un puis.
Alors je n'écris plus.
attendre la rage et la colère.
Attendre le rouge et la misère.
Le premier cache si bien la seconde...
Vêtue des deux, je n'aurais plus guère de pudeur
Je sais que les démons me guettent
Pas ceux qui me rongent quand l'amour est trop pâle
Pas ceux-là, les autres... les pires.
Les premiers ne se repaissent que des restes.
Ils ne sortent des ténèbres que pour mieux dévorer ceux qui ne sont plus que des morts-vivants à mes yeux.
Ils me brûlent, ils me tordent mais leurs souffles lancinants n'ont d'autres effets que d'enterrer des corps exsangues de vie.
Les autres, les pires, ne mangent que les vifs.
Se défendre d'eux.
Ne pas les laisser emporter l'avenir.
Les premiers sont noirs mais les seconds sont rouges.
Rouge comme le sang.
Ils chantent une âcre mélopée pour mieux m'isoler.
Ils tendent un voile de haine.
En trame, il y a le passé.
En fil, il y a ma souffrance.
Un fin linon d'escroquerie.
Une délicate draperie en promesse de chaleur.
Écarlate.
Trop marché ce matin.
Avec de trop mauvaises chaussures
Une heure vingt en escarpin.
Voir courir les bambins avec la cloche de l'école, les parisiens se déverser dans le métropolitain.
Accrochage de poissardes aux vélib'. Juste pour s'arroger le dernier...
Jardins du Luxembourg.
Sous une stèle je me suis arrêtée. "si vous ne respectez pas une reine proscrite,
Respectez une mère malheureuse
Marguerite d'Anjou - Reine d'Angleterre 1429-1482"
C'est étrange de lire cela ce matin.
En face d'elle une jeune femme pleurait...
Les enfants sont partis.
Un train pour faire le chemin qui séparent leur baisers de leur chambre désormais vides.
Un train et quelques heures où je n'existe plus pour personne.
Point de calins mais point de requêtes non plus.
Ne m'oubliez pas trop mais pour quelques heures, laissez-moi ne pas être forte.
laissez moi pleurer un peu.
Quelques heures d'illusion où nul n'attend de moi que d'être absente.
Rester là, les yeux fermés.
Ballotée par les cahots du train.
Enivrée de fatigue entre un passé trop brûlant et un avenir mordant.
Chape de plomb et larmes d'airain.
Je fais le vœux de ne jamais arriver.
Rester là.
Faire comme si le passé n'existait pas.
Faire comme si le futur n'existait plus.
Fermer les yeux et pour quelques instants cesser d'exister.
Mots trop lourd, phrases trop raides, idées trop faites...
Les biffer et les rebiffer...
Rebelles.
Ils sont comme des cris qui ne se satisfont pas d'un coin de page racornie...
Difficile ascension, vertigineuse descente.
Pourquoi me faire venir si ce n'est pour mieux me haïr.
Périmètre de sécurité. Ce sera mon mètre étalon.
Celui qui me ceint et amortit les chocs.
Boudins rond pour élimer les angles.
Se terrer dans le ventre mou...
Un train...
Quelques larmes qui s'écrasent sur un dossier.
Qu'elles coulent maintenant et non demain quand les regards seront braqués sur moi.
Que ma voix ne tremblent pas, que nul n'en devine les fissures.
Je sais la douleur, je la sens là tout près sur le banc.
Si proche de la mienne.
Je sais ce qu'ils endurent et il me faut m'en défendre.
La laisser leur. Les laisser là.
Ne donner que ma voix...
Faire un siège pour défaire des piles.
Les aborder par la bande
Là où la chemise cartonnée se flétrit et le papier sourd.
Là où les feuilles s'effeuillent un peu.
En tirer une.
Point d'enluminures.
Pont d'onction.
Point de runes sacrées.
Rien que des mots qui sonnent si beaux d'être banaux.
Un château fort qui s'écroule.
Des démons qui s'enfuient.
Faire tomber des piles et se promettre de ne plus les laisser se dresser contre moi.
Trouver d'autres appuis...
Le gouffre c'est dix minutes de plongée en apnée dans un monde où le plus terrifiant n'est pas l'inconnu mais le temps irrémédiablement révolu. C'est le saut brutal dans une ravine de souffrance par une fissure que l'on croyait peu ou prou obturée — et dont en tout cas on se garde bien de passer trop près ! Alors les années se cachent, les joies s'effacent. Il n'y a plus que le vide qui vous aspire. Un néant d'une telle vacuité qu'il vous obstrue la vue, emplit vos poumons et broie votre gorge. Dix minutes où plus rien d'autre n'existe que ce mal dont on croyait pourtant être défaite. Dix minutes à être dans un temps qui n'est plus le mien mais que je croyais alors immuable. Dix minutes pour y trébucher, s'y écorcher, s'y meurtrir. Et puis en revenir. Parce que dix minutes seulement.
Lors, depuis la rive enfin rejointe, de plombé, le ciel devient azuré. Un beau ciel de juillet dont la lumière est vive. Les projets s'y forment plus distinctement que jamais. Ceux où l'on est deux.
Deux pages arrachées d'un carnet.
Entre des notes sur l'acqua alta et la joie d'être deux.
Sidération et débandade
Interdite. Ce que je suis.
A peine apaisée et trop épuisée pour être venimeuse.
Interdite de ce que je suis. Interdite de ce que je vis.
Le venin s'est tari. Ou bien s'est noyé dans le sang.
Celui trop rouge qui coule dans les courses.
A peine apaisée et trop épuisée par mes débandades. Non, pas celles des foulées dominicales.
Lesquelles aujourd'hui, Ô comble de l'ironie, m'ont valu une coupe.
Clinquant et plastique bleu pour y boire toute ma peine d'être nulle.
La dérision est si belle !
Harassée plus que tout par ces murs que je dresse et contre lesquels je décharne ma vie.
Des murs pour mieux dresser le poing et l'abattre.
Un coup sur eux. un coup sur moi.
L'ire masque si bien l'horizon...
Interdite de...
Ce matin j'étais dans le métro.
La sangle de l'une de mes sandales s'était rompue.
J'avais aussi un genou qui protestait vigoureusement contre le poids de ma valoche...
Il y avait trop de monde, il faisait chaud et je ne déteste rien que d'emprunter le métropolitain au mois de juillet.
Et pourtant.
La seule chose qui venait à l'esprit c'était de réaliser combien j'étais heureuse.
Ce soir, je dors à Lisbonne.
Pas seule...
Pas de course demain matin... A dessein. Je pensais me reposer en faisant mes valoches. Et puis subrepticement et presque en cachette j'ai quand même été vérifier s'il ne s'en courrait pas une près de chez moi...
Non, rien de rien. Je sais bien que cela prend trop de place.
Mais au moins j'ai le cœur qui bat fort... Et puis je suis en paix avec ce corps qui m'a toujours embarrassé (il n'est pas ici question de raison, simplement de sentiment que je ne m'explique pas bien)
Je n'ai jamais eu autant envie de fuir.
Envie de prendre mes jambes à mon coup.
Au moins je fais des projets d'avenir ! ... Et puis une route qui se déroule devant moi... Peste ! cela ne se refuse pas !
Précieuse ironie.
Elle est ma dernière cartouche.
Le reste n'est que débris.
Ma patience s'est enfuie.
J'assiste atterrée à mes propres déflagrations. Planquez les allumettes... à la première étincelle je crache du feu...
Je m'en veux de n'avoir su faire mieux. Je leur en veux de leurs exigences.
Je ne négocierais rien. C'est ma vie.
Et si un fragment d'elle se passe loin d'eux c'est juste qu'il est beaucoup trop maigre pour être partagé... Et non je n'ai aucun regret de ne leur avoir pas présenté mes penailles amoureuses. Si mornes lambeaux que seul le secret les rend excusables...
Je n'ai pas d'autre dessein de vite les laisser derrière moi.
Ceux de quelques mois, ceux de quelques nuits, leur vide est toujours nauséeux.
Courir vite — et vite les laisser derrière moi...
Oui cela je m'y emploie, parfois même au milieu de la nuit...
J'ai un don rare pour dénicher la vacuité. La vraie.
Celle que j'honnis au plus profond de moi. Celle qui me ravage.
Evidemment... l'issue est toujours écrite. Et moi je m'en fous maintenant de pleurer ou non. Cela ne me fait plus peur.
Je connais toutes les combines pour me requinquer en quelques secondes.
Et je ne mens même pas. Une machine à recomposition... Une machine bien trop précise.
Elle ne s'est pas encore déréglée...
C'est l'avantage d'évoluer dans le vide : les rouages s'y usent moins qu'ailleurs...
Pas de course demain matin...
Et merde !
J'avais envie d'émotions...
Ne le dites à personne mais parfois je m'ensauve dans la nuit. Je cours vers mon biclou comme on se jette dans les bras d'un ami. Il me tient plus chaud que le corps que je viens de quitter.
Alors immanquablement c'est le Requiem de Mozart que je verse dans mes oreilles.
Sur l'Agnus dei, j'enfile des perles de rire pour mieux cacher ma peine.
Le confutatis me bouleverse. Plus maudite que jamais je traverse la nuit, je traverse ma vie, sans rien y comprendre. En emportant avec moi ce corps trop ardent. Si ardent que je cavale dans les ténèbres, je l'essouffle dans l'ombre, je voltige sous la lune.
Dies irae. Je n'ai plus de colère, juste une grande détresse. Leurs yeux ne me voient pas ; ils ne sont que les sentinelles de leurs mains, celles que je quête aussi. On ne m'aimera plus jamais. J'ai fait un rempart de mon corps. Kilomètre après kilomètre, il est plus endurci que jamais. Il est ma force, mon pavois. Ils ne voient que lui.
A quatre heures tout est noir.
Il ne reste sous mes yeux que ce gadget à deux balles qui clignote dans la nuit.
Une chandelle dont la flamme aussi électrique que pitoyable tremblote sur une tombe dévorée de bondieuseries criardes. On entend presque glapir une prière.
Sa tombe est noire.
Les fleurs ont crevé.
Et moi kilomètres après kilomètres je continue, j'allonge les foulées, je fais plier ce corps qui a l'affront de lui survivre, qui a l'affront d'avoir faim. Et surtout de s'abreuver avec autant de facilité.
Lacrimosa. Rentrer chez soi. Rentrer se terrer.
Faire des projets.
Repartir, kilomètres après kilomètres.
demain ce sera 5 à petits pas.
Et bientôt tant leur succéderont.
Ils sont la seule route que je parviens à tracer...
Ils sont aussi les seuls à savoir me consoler. Mon corps est bien trop dur désormais pour attirer la tendresse. Je ne l'ai jamais beaucoup aimé, ça tombe bien...
J'ai plus de tendresse pour les défauts d'une armure que de respect pour l'acier qui la compose.
De place en place, par eux on y apprend l'autre.
De loin en loin, je préfère toujours l'humain à l'airain.
De temps en temps, on se surprend à s'y attacher.
Mais parfois il se trouve une craquelure qui vous glace.
Une écornure qui suinte l'indigne.
Une éraflure qui devient blessure.
Une éraflure qui devient fêlure.
A moins qu'elle ne soit tout aussi banale que celles qui la précèdent.
Si ce n'est qu'elle laisse simplement entrer le jour, et permet désormais d'y voir plus clair.
Ils se font parfois si taiseux que j'en viens à les croire
vaincus.
Je m'autorise alors un ersatz de confiance, un
succédané d'espérance, de celle qui
vous permettre de goûter à peu près
l'instant.
Et comme je souffre d'enthousiasme chronique — non, ce n'est
pas contradictoire, vous pouvez me croire — je trouve que la
vie est jolie, même ainsi...
Ils ouvrent un œil de temps en temps. Sachant combien il est
dangereux de les nourrir, alors je me détourne d'eux.
Ce que j'aime moi ce sont les rires ! Pas le feu...
C'est souvent quand je m'y attend le moins, quand je m'installe avec
une certaine mollesse dans un relatif et incertain confort qu'ils se
soulèvent comme on se révolte : avec
brutalité et démesure.
Les doutes se font alors tortures, les détails deviennent
infâmies, la lumière devient nuit.
Il me faudra des jours pour les faire taire.
Mais se feront alors si taiseux que j'en viendrais à les
croire vaincus...
Ma vie suggère le contraire, mais j'ai horreur des drames,
des larmes, et même des conflits.
J'ai juste ma colère et mes dragons.
Si la première m'ôte toute perception de douleur,
les seconds me transportent en enfer.
Sauf que j'ai compris désormais qu'ils sont mes sentinelles.
Et lorsqu'ils tonnent, ils sont avant tout semonce.
Je les crains plus que tout.
Mais il est peut-être temps de savoir les entendre pour enfin
les dompter...
- Non ma cocotte ! je n'ai rien d'une maman géniale, j'ai
simplement une petite fille exceptionnelle. Et tu sais le propre des
gens exceptionnels c'est de rayonner, de briller comme des
soleils. En réalité je n'ai absolument rien d'une
maman géniale, non mais tu es si merveilleuse que tu
éclabousses tous ceux que tu aimes de ton génie.
Tu donnes tout simplement envie aux gens d'être meilleurs
qu'ils ne sont !
- Maman, tu crois qu'un jour tu te remarieras ?
- Je ne sais pas ma cocotte, je ne crois pas, non. Je n'en ai aucune
envie. Mais je sais aussi que dans la vie l'on est jamais certain de
rien et surtout pas de ce qu'elle nous réserve. En mal. Mais
aussi en bien. Ce que je sais pourtant c'est que ton Papa,
c'était lui l'homme de ma vie. Je le sais du plus
profond de mon être. Ce n'est pas même une
certitude. C'est une évidence. (...)
- La preuve c'est que j'ai
trois enfants géniaux !
Une évidence... Et puis, en écrivant ces mots,
toute seule devant mon VAIO, sans ma fille devant laquelle je fais
bonne figure, j'éclate soudain en sanglots. Parce qu'on a
beau faire la faraude ça fait encore un putain mal de chien.
Et j'aimerai parfois croire que dieu existe pour lui vomir ma peine et
ma colère. Encore une fois...
Il faut que je trouve une vis qui tienne... C'est la plaie des vélos la visserie... On se casse la tête pour trouver LE siège enfant haute sécurité mais ce n'est jamais le harnais qui vous fait défaut... c'est la petite vis du porte bagage sur lequel il est fixé qui se fait la malle... Elle en a eu marre des pavés. Et aussi des insultes. J'en ai marre de me faire insulter par des piétons mécontents des aménagements cyclables... Aujourd'hui j'ai craqué. Je suis devenue comme eux. Je ne suis pas très fière. Mais Tarquinet a tant pleuré ce weekend. C'est désarmant un enfant qui pleure "pour rien". C'est terrifiant un enfant qui pleure "pour rien". Et c'est très culpabilisant... Alors ce soir, j'étais pressé de le voir. Et il était déjà trop tard. Evidemment. Trop tard pour lui montrer que ce soir, précisément ce soir, précisément pour lui, j'allais rentrer plus tôt. Et puis vérifier ses devoirs, et puis m'enquérir de lui. Le temps qu'il faut. Lui consacrer quelques instants de plus que les quotidiennes millisecondes qu'il dispute à ses frère et soeur. Sauf que j'avais raté mon coup... Encore une belle résolution qui passe à trépas. Je suis pétrie de belles résolutions. Ma vie est tapissée de belles résolutions qui ne font que mourir les unes après les autres. Certaines dans des grands splaoutch. Mais la plupart s'éteignent en silence moisi, dans l'odeur douceâtre des purulences furtives. Une collection qui s'anime la nuit. Bref, je me serais foutue des baffes... Appuyer sur ses pédales avec obstination me semblait être la seule fuite admissible. Alors je m'y employais quand j'ai avisé trois personnes qui marchait sur cette piste hasardeuse. Je me signale d'un ding. Coup d'oeil en arrière de l'une d'elle qui se déporte en signalant aux deux autres ce surprenant aménagement urbain : Mazette ! Une piste ici ! De dos, je lui fait le crédit d'une vingtaine d'année. Sans se retourner celle-ci s'est carrée dans sa paire de fessiers bien décidée à occuper le terrain... à jouir du sentiment d'exister aussi... dans son jean et sa démarche empruntés d'une Roselyne Groseille... Alors je n'ai eu d'autre choix que de la doubler en la bousculant. Avant de me retourner et de lui lancer un méprisant "gros tas". J'ai décoché aux abîmes qui me surplombaient une silencieuse excuse vers mon feu mari, homme confortable s'il en était et désormais douillet devant l'éternel... avant de me réjouir d'avoir entraperçu combien l'outrage était cuisant. Pas très glorieux, je le concède. Et éminemment facile. Sauf que l'on ne m'ôtera pas de l'idée qu'avant d'emmerder volontairement de paisibles mères de famille qui n'ont pour l'heure d'autre préoccupations que de consoler leurs moutards, il faut peut-être en mesurer les risques... Et que nous ne sommes pas toutes des Marielle Le Quesnoy... Bon, il faut que je répare mon vélo... Trouver la vis... C'est forcé ! Tarquinou doit pouvoir s'y asseoir en toute sécurité demain à la première heure. Et.. et... et...
Autosuffisance
— Un vélo pour détaler à
tout heure du jour ou de la nuit. Des sacs— profonds et lourds
— dont on ne laisse à quiconque le soin de
porter— évidemment. Dont on se recouvre comme pour
se protéger. Des sacs pour n'avoir besoin de rien. Surtout
ne rien demander ! Prête à s'abreuver de poudre d'escampette. Illusion peut-être. J'ai parfaitement conscience d'avoir
raté la marche d'un train de la dernière heure
quand l'alerte était tonitruante. Je sais
désormais que se tenir prête à la fuite ne
signifie pas qu'on s'avise correctement du danger... Et puis il y a les
coups qu'on ne peut esquiver, ceux qui vous arrivent en pleine poire,
foudroyants et imparables... Pas envie de m'y frotter ce soir. Fi du passé. J'ai
déjà trop à faire pour parquer ma
mélancolie.
Amoralité — Caractère de ce
qui est amoral, au-delà de toute distinction entre le bien
et le mal — Moral en maraude. Pour rien. Pour ce taxi. Pour
les siens aussi. Et puis elle me taraude cette envie de m'ensauver, de
me dérater, de détaler à toutes jambes
! Six semaines d'arrêt... que c'est long. Moi j'ai envie de
m'oublier, de m'abîmer, de me brûler les ailes en
brûlant le pavé. Moral en fraude, en
contrefaçon. Envie de me débiner. Et un peu de
respirer la vie à plein poumons. Parce qu'elle
recèle encore quelques butins. J'en suis certaine. Et si ce
soir j'ai friponné quelques pleurs, ce n'était
qu'une oscillation. Pas une récidive des peines
écoulées. Non... J'ai les yeux trop
braqués sur la proue pour les tourner vers la poupe.
Verve
— Vx. ,,Caprice, bizarrerie, fantaisie —
Inspiration vive et chaleureuse, imagination créatrice.
— Poser mes sacs ... je ne sais pas... Un instant seulement,
un instant peut-être. Et si ce n'est pas voguer c'est
toujours tourner les yeux vers l'horizon. Tant que mon vélo
n'est pas loin... pourquoi pas ?
Refuge d'insomnie : Erik Satie — Œuvres pour piano
— Gnossienne n°1.
Le nez dans le guidon. Pour ne pas s'arrêter, pour
ne pas
lever le nez et surtout ne pas se retourner.
Le rythme est quasiment constant et si rassurant...
Pour une raison que je ne comprends pas bien, hier matin j'ai mis les
freins. J'ai ralenti et même posé un pied
à terre. Pas longtemps mais suffisamment pour jeter les yeux
derrière moi.
Peut-être pour mesurer la distance parcourue
Peut-être que je me croyais suffisamment loin pour
être hors de danger.
Peut-être aussi que j'étais fatiguée et
que j'ai eu envie de me reposer quelques instants.
Alors j'ai tourné la tête.
Mais ce n'est pas le chemin écoulé que j'ai
contemplé. Non, soudainement c'est sur la ligne de
départ que je me suis retrouvée, envahie par les
émotions qui vous vrillent les tripes quand vous n'avez
d'autre choix de vous aligner et de tenter de combattre.
Elle m'a pris à la gorge encore une fois.
La peur.
La peur qui me dévorait.
La peur qui hantait mes nuits et mes journées.
La peur qui me tordait aussi sourde que puissante, aussi coite que
vorace.
La peur qui fait vomir
La peur qu'on tait à tout prix parce qu'il n'y a pas d'autre
choix que de la subir, pas d'autre choix que de serrer les dents et
d'avancer, même dans le plus sombre des cauchemars.
La peur qu'on nie mais qui vous ravage silencieusement.
Jamais je ne l'aurais avouée.
Je ne pouvais pas perdre.
La peur de plomb, la peur qui plombe.
Moi l'expansive, moi l'ostensible, je ne me souviens pas avoir jamais
dit la terreur qui me tenaillait.
Et puis hier en tournant innocemment les yeux, je me suis
retrouvée face à elle. Elle que j'avais mis tant
d'obstination à nier, elle si forte quand je croyais l'avoir
oubliée.
Je me suis recroquevillée sous la couette,
estomaquée, assommée. J'ai replié mon
corps pour offrir le moins d'aspérités.
Car on ne combat pas cette peur là, on fuit en priant pour
qu'elle vous laisse en paix.
Impuissante ironie, hier tu n'as pas suffit.
Oui, je crois que l'innommable, l'abject c'était la peur
avec laquelle je vivais.
La peur de comprendre, la peur des cris qui résonnent dans
la nuit, la peur des sirènes, la peur... , la peur de leur
pleurs... , la peur ... Et faire face et tenir. Et... et... et la peur qui ne vous lâche plus, même quand tout a disparu, la peur de sa vie... Et puis la peur pour seul avenir, celle-là elle vous cueille quand vous êtes déjà à terre et elle vous lamine au plus profond...
Et quand on a repris quelques souffles remonter sur sa selle. Et filer
loin. Histoire de s'en moquer. Bravades, peut-être. Mais il
est des temps dans la vie où les bravades sont la seule
chose qui vous restent. Et dans ces moments-là les bravades
sont précieuses...
Les clichés ont ceci de particulier qu'ils
trimballent des
évidences qui n'en sont que pour celui qui en est convaincu
mais que l'on est bien impuissant à combattre, faute de les
partager... Peste que cela est confus ! Il faut dire que j'ai parfois
du mal à y voir clair moi-même. Parfois j'en viens
à me demander si je ne devrais pas laisser la Tarquine
être un personnage de roman. Lui dresser une autre vie, une
dont je serais bien certaine qu'elle n'est pas moi. La faire entrer
dans la fiction pour laisser l'autre exister.
Mais je sais trop bien que cela n'y changerait rien.
C'est bien trop humain.
On s'avise de l'autre en le mettant dans des cases. En lui imputant ce
que sa condition démontre.
Et je suis sans doute comme les autres.
Mais qu'est-ce que j'en ai soupé de ces
vérités implacables qu'on vous plaque au
prétexte de votre propre histoire !
Qu'est-ce qu'ils me fatiguent ces postulats dont on brosse
hâtivement ma vie sans se soucier un seul instant de leur
réalité.
Car par principe une évidence ne se met pas en doute, elle
est acquise avant même que vous ne puissiez la combattre.
Que ressentaient-ces femmes qui prêtaient serment et
administraient en toute liberté, toute
indépendance
les affaires de leurs clients mais qui, parallèlement
étaient considérées de par la loi
comme des incapables ne pouvant agir pour les biens de leur propre
ménage que sous la tutelle de leur mari ?
J'ai souvent pensé à elles quand du jour
où je l'ai perdu, certains doutaient même du fait
que je sache remplir par moi-même un formulaire. Proposer son
aide à tout prix pour trouver un remède au vide
que l'on ne sait combattre, pour être gentil, parce que l'on
ne sait pas quoi faire, alors on propose n'importe quoi. Je disais non
gentiment. Je disais non tout le temps. Je ne voulais pas que l'on me
dépossède de ma vie. Non j'étais
toujours la même éprise d'indépendance.
Non je n'avais besoin de personne pour élever mes enfants.
Non il n'était pas question que quiconque
déménage. Non je ne revendrais pas cette
énorme bagnole que je n'avais jamais conduite et que
j'étais même infoutue de sortir du parking.
J'apprendrais. Non je n'arrêterai pas de faire de la
bicyclette au prétexte que maintenant c'est trop dangereux.
Ce n'est pas parce que mon quartier compte dorénavant un
conducteur de moins que le danger est plus grand... Et tu ne
vas pas
arrêter de fumer maintenant ? Tu vas te démolir,
il vient juste de mourir. Et puis tu ne pourras jamais tenir : ta
mère est en train de mourir ! Mais avoir envie
d'une clope,
envie à en pleurer, cela ne pourra que me changer les
idées ! Cela me divertira de cet endroit où je ne
veux pas me noyer ! Et puis si je ne n'y parviens pas, nul ne s'en
souciera. Et même aujourd'hui quand j'ai encore envie de
cloper, je sais que c'est la meilleure chose qui peut m'arriver : c'est
que la mélancolie n'est pas très loin. Penser
à combattre me convient mieux que de me laisser y glisser. Et puis, arrêter de travailler.
Et puis j'aurais de nouveaux parents puisque les miens
n'étaient plus.
Et puis ma famille m'entourerait de son affection.
Et puis je n'aimerai plus jamais.
Et puis je vois un père dans tous ceux qui pourraient entrer
dans mes draps. Histoire de caser mes trois marmots et de leur offrir
un substitut à ce qu'ils ont perdu.
J'ai rayé ma bagnole (pas trop) et je ne la gare pas
toujours très bien mais j'aime y chanter à
tue-tête avec mes enfant sans même plus penser au
fait que je n'en avais jamais tenu le volant. Mon travail m'a
apporté la plus belle chose qui me soit arrivée
depuis la mort de mon mari. Un truc qui me fait battre le coeur plus
que je ne l'aurais jamais imaginé. Je fuis
dorénavant comme la peste tout ce qui ressemble de
près de loin à une famille. Aimez-vous entre
vous. J'en suis profondément admirative. Je vous envie
même un peu. Mais ne me demandez jamais d'être
ailleurs qu'à son aphélie. Là
où plus jamais on ne me fera du mal. Bien trop loin pour que
je sois blessée par ses impérities. Et puis il se
trouve aussi que sans doute terriblement abusive je n'ai pas du tout
envie de partager mes enfants. J'en ai soupé trois mois.
Cela m'est insupportable. Je ne comprends pas bien pourquoi. Je devine
confusément que cela m'est aussi intolérable que
lorsque quelqu'un s'est avisé de prendre la place de mon
propre père. J'ai rué. De toute mes forces. Et
puis j'ai même aimé de nouveau. Un sale con. Pas
un con de dépit. Non, un vrai de vrai, un à la
bêtise plus épaisse que la couche de nutella que
Tarquinou étale sur ses pains au lait ! Mais je
l'ai aimé quand même... Même que j'en
suis pas fière... Qu'ils me dégoûtent
ces regards qui ne voient que le vide. Un grand vide dans leur
schéma bien étriqué. Le vide de ma vie
et la place de leur nombril. Et moi je tombe toujours des nues. Je ne
vois rien. J'apprendrais peut-être un jour à
comprendre que ce qui est évident pour moi, ne l'est pas
pour les autres. Regarder le monde à travers mon appareil
photo n'est pas un mauvais choix. Quand j'enlève le prisme,
j'ai l'impression d'être une martienne : je ne suis pas la
somme des clichés dont on m'a tiré le portrait !
Las, on ne soulignera jamais assez l'extrême
solitude du dragon pusillanime...
Je n'ai foutrement aucune idée de savoir si ce
billet sera encore en ligne demain...
Ces scribouillages sont librement
inspirés des suites pour violoncelle de Bach dont il faut
bien admettre qu'elles constituent l'une des merveilles que nous offre
la vie terrestre (moi je ne crois pas au Paradis). Tous mes
remerciements à Monsieur Anner
Byslma qui s'en est fait le talentueux truchement.
Et je rajoute en toute illégalité, à
la demande de Vroumette à qui je ne
sais rien refuser, un extrait de cette divine ambroisie :
Johann Sebastian Bach — Suite
for solo cello No. 5 in C minor, BWV 1011: Prelude — Anner
Byslma
Dernier étage et la pluie qui s'abat sur le toit,
tapageuse,
venteuse et impérieuse. Depuis la chaleur de mon lit je me
réjouis d'être plus plus frileuse que jamais.
Je ne parviens pourtant pas à déterminer
si cette pluie ne serait pas encore plus jubilatoire en
pédalant sous ses traits ! Se couvrir d'eau et noyer sa
sueur. Comme au temps des dimanche matin lorsque l'on allait
détaler en forêt.
Et puis l'odeur de mon oreiller.
L'arôme sucré des mouillés.
Celui-là même que Philomène m'enviait
tant ; tant et si bien qu'elle me les dérobait
effrontément !
Inavouable péché de ceux qui savent encore
apprécier le parfum organique d'un doudou, d'un nin-nin ou
d'un cou, je ne vois pas bien au nom de quoi je cesserai d'y
goûter.
Moulin à café. Grains noirs et luisants.
Grains moulus dont la poussière s'accrochent au bout des
doigts.
Mes enfants sont là et je suis là pour eux.
Et confusément, il y a une petite voix qui me chantonne que
non, décidément, je n'ai besoin de personne.
Suave mari magno,
loc. subst. [P. allus. à
LUCRÈCE, De natura rerum, livre II, 1] Très
doux
sentiment de quiétude, de délectation que l'on
éprouve lorsqu'on se sent à l'abri de
l'agitation, d'un ennui, d'un danger. Tous les dimanches
soirs nous
entendions, à peu de distance, le bruit (...) du bal des
Marronniers. J'aimais assez cela; c'était un plaisir dans le
genre du Suave mari magno (MICHELET, Memor., 1822, p. 208). Le suave
mari magno que nous éprouvons, au milieu d'un bon
dîner, à nous souvenir d'aussi terribles
soirées (PROUST, Guermantes 1, 1920, p. 490).
Si j'ai l'écriture vive et rageuse, ceux-là je
les trace toujours lentement, pour une fois
généreuse avec le temps que je leur consacre.
Ceux-là je ne les crache pas, je ne les griffe pas d'une
plume aussi encolérée que crissante. Ces
mots-là je les couche méthodiquement sur le
papier, je les aligne l'un après l'autre d'un trait toujours
manuscrit que je m'applique à rendre le plus
épais possible. Crayon gras, encre fluide ou stylet large,
quelque soit le support et l'instrument que j'use, chaque mot sera
dessiné plus que jeté, qui sur la feuille, qui
sur l'écran. Comme ces phrases d'une heure au relief
creusé dans le sable et offertes à la mer qui
viendra les engloutir.
Car qu'ils soient timides et chuchotés, qu'ils soient pleins
ou déliés, dès lors qu'ils
sont, ils seront irrémédiablement
biffés de rayures fines, méthodiques et fatales.
Chaque lettre deviendra secrète
Chaque mot sera anéanti
Chaque phrase rejoindra le néant.
Je ne les lisse que pour mieux les dévaster.
Mots en l'air, sans queue ni tête. Parfois paradigme, souvent
rengaine.
Ils ne seront livrés qu'un instant avant d'être
sabrés, minutieusement, sans parvenir à
déterminer si je prends plus de plaisir à les
écrire qu'à les détruire.
Ils sont l'évidence dont on va se persuader, le
désir qu'on ose enfin confesser ou la crainte que l'on
voudrait juguler à tout jamais.
Ils sont les mots que l'on ne prononce jamais mais que dans le silence,
on aime à tracer avant de les réduire en cendre.
Peut-être pour se persuader qu'on existe, ou pour tuer le
temps, ou pour rien.
Juste pour rien — Pour une fois, juste pour rien
précisément ...
Morphée flirte et puis s'esquive. Alors je reste
là avec mon chat.
Fantômes et squelettes tels patrouille et sentinelle.
Ils guettent et protègent ce délicieux silence.
Ce merveilleux néant où les questions
s'éparpillent pour mieux mourir en paix.
Cet éther où faute de proies les
démons calanchent sans éclat.
Crépuscule.
Entre la furie des journées et le coma de mes nuits. Il y a
parfois cet instant-là.
Celui où je cesse de me battre , de redouter ou de pleurer.
Encore que la vie m'a tant repris que ces trois verbes-là
perdent leur éclat. De superbes, ils deviennent
excessifs.
Je ne conserve même plus qu'une colère ou deux
pour me tenir chaud cet hiver. J'ai connu des arsenaux mieux garnis !
Quoi qu'il en soit à cette heure le guichet des ires est
fermé !
Le silence est trop quiet pour tolérer désormais
le moindre cahot.
Il se goûte et s'écoute... Encore un peu.
Encore un instant avant de sombrer...
Vx ou littér. Caractère
de ce qui est vaste, de
ce qui présente de l'ampleur, de la grandeur, de
l'élévation. Synon. grandeur,
ampleur, immensité. Cette
vastité générale due à la
fois au silence et au petit nombre de gens qui sont dehors
(DU BOS,
Journal, 1928, p. 184). L'immensité
de cette musique, sa vastitude et sa puissance
élémentaire (ROLLAND,
Beethoven, t. 1, 1937, p. 282). Prononc.: [vastite], [vastityd]. Étymol.
et Hist. A. Vastitude. 1546 (JEH. DE
GAIGNY,
Sermons de Guerricus, 219 vo
ds DELB. Notes mss:
la grande vastitude et largeur des terres), absent
des dict. jusqu'au XIXe
s.
B. Vastité. 1.
1549 « dévastation, ravage » (DU BELLAY,
La Deffence et illustration de la Langue Francoyse, p. 19);
2. 1552 « désert; solitude »
(G. PARADIN, Cron.
de Savoie, p. 233 ds GDF. Compl.);
3. 1580 « caractère de ce qui
est vaste » (MONTAIGNE,
Essais, II, 12, éd. P. Villey et V.-L.
Saulnier, p. 593). A empr. au lat. vastitudo
« dévastation, ravage »; «
proportions énormes », dér. de vastus
(v. vaste). B empr. au lat. vastitas
« désert, solitude », «
dévastation, ravage », « grandeur
démesurée », dér. de vastus
(v. vaste). Fréq. abs.
littér.: 16. Bbg. GOHIN 1903,
p. 273.
C'était les prémisses de dotclear. On
épiait dans une liste de discussion les modifs qu'il fallait
faire pour amadouer free. Il n'y a avait que des geeks, des vrais, des
poilus, des tatoués, et des très gentils. J'avais
bidouillé mes fichiers tout étonnée
que cela fonctionne et puis j'ai décidé qu'il me
fallait avant même d'écrire un habit à
mes couleurs. Il n'y avait qu'un thème. Celui qu'on appelle
old maintenant. J'ai bricolé un truc pas très
joli. Et j'ai guetté ce qu'ils se disaient entre eux les
geeks, parce que moi je n'y connaissais strictement rien aux CSS, aux
div et aux span de tout poil. Je modifiais juste quelques couleurs et
tapissais d'un dessin ou deux.
Et puis elle est venue.
Au début je ne savais pas s'il s'agissait d'un homme ou
d'une femme (ce qui n'avait d'ailleurs à mes yeux aucun
espèce d'importance !)
Mais je savais que ses messages avaient cette concision, cette
vivacité et ce piquant qui vous font lever l'oeil en vous
disant "Mâtin ! quelle adresse ! Mâtin ! quelle
plume !"
Mais au delà de ces mots il y avait surtout ce ton.
Une gentillesse qu'on ne feint pas.
Une intelligence qu'on affiche pas mais qu'on partage.
Un regard qui se pose et qui lit tout, qui vous discerne et vous
écoute.
La réponse fusera en un trait. Pas un trait belliqueux.
Un trait comme une corde qu'on vous tend et aussi un rire qu'on vous
offre.
Un rire généreux et grave, profond et contagieux.
Et puis j'ai vu Platée. Et j'ai cru mourir de jalousie !!
- Quel est son billet qui t'as fait le plus rire ou pleurer ?
Beaucoup.
Trop pour répondre honnêtement !
De façon amputée je dirais que les bas de Kozlika
sont devenus une expression à part entière ! Les histoires de la tante barrée m'ont transportée
Et puis j'ai aussi le souvenir d'un billet ancien dont la
simplicité m'avait beaucoup touché.
Je ne le retrouve plus mais c'était un soir où en
revenant d'un Paris Carnet Kozlika rencontrait une jeune fille
à un arrêt de bus. Le billet était
constitué de cette conversation piquante sur les blogs, ce
qu'on y disait et le titre du billet était « #####
n'a pas de blog ! » enfin je crois.
- Et tu l'as rencontrée ?
Oh que oui ! C'est ma copine et je l'aime vraiment ! Et je dois dire
aussi que je suis très fière d'avoir l'honneur de
son amitié !
- Elle est comment en vrai ?
Elle est belle !
- Qu'est-ce que tu ne pourrais pas faire sans elle ?
. Deviser sur les marches au soleil au lieu d'aller étaler
de l'enduit.
. Passer une soirée entre copines sans presque dire un mot !
Toutes perdues dans nos ordinateurs portables respectif,
goûtant les joies du wifi et sans avoir aucune gêne
à ne pas se faire la conversation !
- Et si la fée était un logiciel, lequel serait-ce ?
Elle est bien trop humaine celle-là pour ressembler
à un logiciel !!
Même en y mettant du sien elle ne parviendrait jamais
à la planquer son humanité qui s'exhale de tout
son être ! Un peu comme un parfum de bergamote...
Et puis les fées reste toujours des fées !
D'ailleurs mon tarquinet ne s'y est pas trompé, sans rien
savoir de sa magie il a su la dépeindre :
Photographie prise et "mise en scène"
spontanément par Tarquinet le 1er
novembre 2006
Ce soir, ils ont refait une cabane, un havre d'édicule, un
refuge à câlins.
A trois, cette fois.
Tarquinet dort à gauche, dans mon vieux duvet orange, sous
le côté du toit constitué d'une couette
Pikatchou.
Tarquinou dort au milieu. Le doudou en bataille et les bras en croix.
Tarquinette ne dort toujours pas.
Elle est à droite là où le toit est
bas, n'arrivant pas à quitter un livre où il est
question de princesses dégourdies et qui n'ont peur de rien,
évidemment !
Pour faire taire leur rire et gagner leur sommeil, je les guette dans
le couloir.
Je les envie aussi.
Ils n'avaient pas fait cela depuis des années.
Mais quand ils me l'ont demandé j'ai acquiescé
sans délai. Oui mes amours. Réfugiez-vous. Agrégez-vous. Retranchez-vous.
Je les regarde et je me sens comme eux.
Ailleurs.
J'ai l'impression de nager dans une ouate trop blanche, trop molle
— assourdissante.
Comme si je n'étais plus capable de rien d'autre que
d'espionner mes mômes.
De sentir leur besoin.
Et de ne pas savoir nécessairement y répondre.
Comme si j'étais là mais que c'était
une autre.
Et comme si cette autre ferait forcément mieux.
Perdue dans un océan d'irréalité.
Épuisée, je crois.
J'ai aussi envie d'une cabane là.
Pour moi c'est un mystère.
Je ne sais pas bien d'où je tiens cela.
Je veux croire dorénavant que cela me vient de cette demeure
mais je sais que je ne l'accrois que parce elle est
l'héritage de mes parents.
Subtile parade pour nommer la force qu'ils ont su me léguer.
Papa n'esquivait jamais aucun combat, même les plus fous, les
plus difficiles et les plus dérisoires.
Maman n'a jamais eu peur de la mort, même dans le plus
étroit des face-à-face.
Alors je suis allée chez eux.
Dans la maison qu'ils aimaient et dans laquelle je les retrouve.
Et me retrouve surtout.
J'ai vu le soleil briller.
Haut dans le ciel.
Et puis j'ai respiré les dernières fleurs.
J'ai vu mes enfants jouer.
Alors j'ai joué avec eux.
Et puis j'ai vu mes enfants rire.
Alors j'ai ri avec eux.
Du fond du coeur.
Un rire de soulagement et de délivrance.
Une joie d'enfant.
La joie de mes enfants.
Et puis une joie de petite fille.
Celle de leur maman.
Oui, décidément, ils ont bien fait les choses,
mes parents.
Je ne sais pas bien d'où je tiens cela.
Peut-être de l'air que là-bas j'y respire.
A moins que cela vienne de ces pierres.
Ou de leur simple souvenir...
Mais putain que cela fait du bien d'avoir envie de vivre !
Et ce n'est pas aujourd'hui que je vais cesser d'y goûter !
Et que c'est bon de le sentir au plus profond de soi !
Ce soir, j'avais très froid.
De ces froids salutaires qui vous prennent pour mieux vous
anesthésier.
De ces froideurs qui vous envahissent pour mieux vous enraidir.
De ces gelées qui vous glace le cœur pour le faire
plus impassible et partant plus léger.
J'en étais à me féliciter de la bonne
santé de mes réflexes salvateurs, devisant par
devers moi quant à savoir si ceux-ci étaient innés ou
acquis quand ma Tarquinette — qui se régalait
d'une part de pizza— s'est mise à pleurer ! « Mais pourquoi pleures-tu mon amour ? » me
suis-alors empressée de lui demander, avec une force
d'autant plus vive que rien ne laissait présager ce brusque
changement d'humeur.
Elle m'a alors expliqué qu'elle était
très triste à cause d'hier ! - Hier ? - Oui ! Hier quand tu as dit qu'on ne te donnerait plus la main !
Je dois vous dire qu'hier en allant au marché je savourais
à pleines mains les
deux menottes qui s'y étaient étroitement
réfugiées dont je me régalais
de leur
chaleur.
Tarquinette à main droite.
Tarquinou à main gauche.
J'avais la particulière conscience de ces instants que l'on
sait précieux.
Je goûtais la confiance de mes petits, leur
appétit et leur amour aussi.
Alors je leur ai dit combien j'aimais sentir leurs mains dans les
miennes.
Et j'ai rajouté avec bonhomie qu'un jour prochain ils
seraient plus grands que moi.
Et qu'avant cela, ils n'auraient plus du tout envie
de donner la main à leur mère dans la rue !
Moi je pensais que c'était une réaction assez
normale.
Je comprenais parfaitement qu'à un certain
âge, on considère que donner
la main à Maman devant les copains c'est nul !
Mais Tarquinette, elle, elle ne le considérait pas du tout
ainsi !
Tarquinette elle s'est mise à pleurer à grosses
larmes pour me dire que elle, elle aimerait toujours me donner la main
dans la rue, même quand elle, elle serait vieille et que
même moi aussi !
Alors j'ai pris ma Minette dans les bras, je l'ai embrassé
très fort et puis je l'ai rassurée.
Je lui ai dit que toute ma vie je voudrais qu'elle me donne la main
dans la rue.
Et qu'on s'en moquait bien des copains de tous poils !
De tous ! Sans exception !
Nous, on s'aimait bien plus fort que ça !
Elle m'a lancé un grand sourire.
De ces sourires salutaires qui vous envahissent le corps pour mieux
vous ranimer.
De ces rires chaleureux qui vous irradient le cœur pour mieux
vous enflammer.
De ces gaietés d'enfant qui vous rappellent que c'est cela
qui est important.
De savoir les aimer et d'être vivant.
Et puis depuis tout ce temps je devrais le savoir : Accessorium sequitur principale !
Nécessairement !
J'en ai l'absolue certitude... sans savoir si je tiens celle-ci de
façon innée ou si je l'ai acquise...
Les dates sont insidieuses.
Moi je les oublie tout le temps.
Elles pourtant ne m'oublient pas.
Cela fait deux jours que je me surprends à farfouiller dans
les archives de mes photos.
Je contemple le temps d'avant.
Je ne sais lequel échappe le plus à l'autre.
Je sais qu'il s'enfuit.
Je sais que je le fuis aussi.
Échange de bons procédés : au
trébuchet du temps passé je prends les
années, je laisse les regrets.
Enfin j'essaie.
Ce n'est peut-être pas la panacée mais je ne peux
ignorer la force de mes projets.
Et ils échappent au passé.
Et ils m'échappent du passé.
Je feuillette mes vieilles photos comme les pages d'un roman dont
j'aurais subrepticement lu la dernière page.
Je sais bien qu'à un moment, la digue va céder,
que le temps ne m'offrira plus son rempart.
Que de lectrice je vais passer protagoniste.
Mais pas sans combattre.
Pas sans m'abrutir de projets pour repousser cet instant.
Bientôt trois ans.
Dans quelques jours, dans quelques heures.
Les dates sont insidieuses mais surtout terriblement
opiniâtres.
Les mots me fuient.
Et moi je fuis mes démons.
Je fuis dans une vieille maison.
Retrouver l'enduit et la pluie.
La pluie des souvenirs qui panse l'âme.
L'enduit avec lequel on imagine son avenir.
Les mois s'écoulent.
Les années aussi.
Ce mois-ci restera, je crois, celui de l'espoir.
Cette année-là, je l'espère, ne me
décevra pas.
Et si ce n'est pas vrai, et bien tant pis.
Il y aura toujours ma vieille maison pour y retrouver de plus vieux
démons.
Ceux qui consolent et qui cajolent.
Juste le temps d'ouvrir les yeux et de partir vers d'autres cieux.
Mes morts à moi, ils me dictent qu'il faut vivre...
Et la cruche, c'est moi ! Un rien potiche, l'anse
échancrée à souhait, la
courbe gracieuse. Bref, une véritable cruche de foire
agricole, de celles dont
on décore le bord de la margelle du faux puits en plastoc
trônant au milieu du
stand des picrates aigres aux noms ronflants !
Bref en matière de béguins, de transports
amoureux ou de tocades sentimentales,
je suis une véritable cruche de compète !
Ah ah ! Mais c'est que j'ai de bien belles conquêtes !
A moi le manipulateur au petit pied (mais à l'ego
hypertrophié) dont le seul
but dans la vie c'est d'être l'homme, le vrai ! Celui qui
conduit la bagnole et
vous éclaire de sa substantifique pré science sur
la température de l'eau et la
date de vos vacances !
A moi le bellâtre qui vous débite dans le blanc
des yeux les plus brûlants
serments tout en oubliant la présence de
l'inopiné miroir. Celui qui bêtement
vous offre le reflet de ses doigts qu'il croise dans son dos
simultanément à
ses tirades !
Avis aux amateurs de buse, de terre cuite, de vaisselle, il manque
encore
quelques spécimens pour parfaire ma collection !
Au stand des picrates au goût aigrelet, on attend encore le
vigoureux et
juvénile godelureau qui, une main dans le soutien gorge de
la cruche, louche
sur les couverts en argent.
Quant au vieil aigri aussi avaricieux que libidineux sera-il me
séduire ?
Et le matois atteint de manie processive ? Celui qui cherche
à s'attacher aussi
efficacement que gracieusement les services d'une professionnelle de la
chicane, il sera pour moi aussi ?
Un cruchon ce n'est pas très difficile à
enjôler voyons !
Voilà voilà...
Ah oui, je précise aussi que si d'aucuns
s'étonnent de ces propos peu
charitables à l'égard d'amoureux
consommés voire putatifs, je leur refilerais
bien quelques louchées de sens de l'humour dont la nature,
à l'inverse de clairvoyance, m'a fort bien pourvue.
Et puis consentez quand même que ma proverbiale
méchanceté puisse enfin prendre
sa mesure !
Comprenez-moi : dans la banalité de mes crucheries
quotidiennes, c'est qu'elle
est par trop manquante ma férocité de
légende, ergo il faut bien que j'y laisse
cours quelque part...
Je vous laisse, je vais me préparer pour ce soir... un teint
de porcelaine,
j'arborerai ce soir, de porcelaine, je vous dis...
Avis aux amateurs de faïence, je ne promets pas que ce billet
défouloir ne
rejoigne pas tantôt la longue cohorte des chiffres
fantômes qui hantent la
numérotation de mes feuillets...
Bien plus que le tempo des fins d'année civile et ses bilans
que d'aucuns dressent, j'ai conservé de mes
années d'études le rythme scolaire puis
universitaire. Plus que le passage d'une année à
l'autre ce sont les vacances d'été, celles qui
précèdent ce qui restera toujours pour moi "la
rentrée", qui bercent mon temps qui passe.
Je les compare d'une année à l'autre. J'ose
même me souvenir de celles d'antan. Je mesure non seulement
leurs qualités respectives mais je sonde aussi les mois
écoulés avec une distance que j'aimerai savoir
retrouver les onze autre mois de l'année.
Et puis surtout c'est l'heure où je prends mon
élan, où je prends appui sur l'année
écoulée pour aborder la prochaine forte de
convictions dont l'expérience m'apprend qu'elles n'ont rien
d'éphémères. Moi qui ne borne jamais
ma vie de ces promesses faites à soi-même ou de
ces principes qu'on embrasse hâtivement,
considérant qu'en vous obligeant ils vous rendent
surtout aveugle à la fortune et à la chance, il
me faut pourtant bien reconnaître que ce que je retiens de
mes vaticinations estivales sont foutrement sagaces.
Je me souviens m'être convaincue ici même il y a un
an que de mon veuvage, j'abandonnerai déjà un
pan. Que je me frotterai de nouveau au jeu des rencontres et que ce
n'est certes pas sur un bûcher que je me consumerai. Cela me
semblait terriblement ardu et je suis tombée des nues :
c'est simple comme bonjour de mettre fin à une
chasteté de circonstance. Ce qui est éminemment
complexe c'est la consistance de ce qui l'accompagne. Mais cela je le
savais déjà.
Cet été pourtant, avant d'être celui
des bilans, fût surtout celui de la quiétude et de
l'apaisement. Aise de découvrir combien je me sens bien dans
cette baraque devenue mienne, bonheur d'y recevoir ceux que j'aime,
joie de continuer son histoire et avec elle, la mienne. Je me la suis
si bien appropriée que je m'y forge mes souvenirs pour plus
tard ; ceux que l'on amorce par un « cette année
là... ». De vraies vacances parce que vacantes
aussi : j'ai oublié mes dossiers, j'ai oublié de
bloguer, j'ai oublié mes mails, j'ai
délaissé mon VAIO et même mon appareil
photo. Je suis parvenue aussi à éconduire les
démons qui ont plombé mon mois de juillet. De
vraies vacances où plus grand chose n'a d'importance si ce
n'est de profiter des commensaux, de l'odeur de la peinture et
même des feux dans la cheminée consentis par cet
été si vivifiant...
Si la vie m'a trop bousculée pour conserver la moindre
certitude de ce dont elle sera faite désormais, j'ai la
conviction en revanche qu'il y avait tout à gagner
à la bouffer que de se laisser bouffer par elle. Cette
année fût celle des yeux qu'on ouvre, gourmands
et parfois trop crédules, celle des appétits
retrouvés et encore mal rassasiés, celle aussi de
tous les affres qu'on essuie quand on est infoutue de ne pas la saisir
autrement que dans un étroit corps à corps.
Être incompétente à ne pas esquiver les
boniments de la vie je veux donc bien m'y résoudre. Mais ne
pas esquiver ce n'est pas non plus tout encaisser
obtusément. Et s'il y a un augure que je retiens de ce bilan
c'est bien celui de n'avoir aucune envie d'inscrire l'indigeste lotos
dans mon régime alimentaire alors même qu'il
serait accommodé de mets de choix. J'ai trop faim pour cela.
Ce coup-ci, je crois bien que je suis de retour...
Mais comment ai-je pu mettre tant de temps à venir ici ?
Pourquoi donc tant d'atermoiements à foncer chez moi ?
Qu'il me semble pourtant limpide le chemin vu d'ici !
Mais ce soir, même épuisée, je ne
pouvais plus attendre.
Je la sentais qui bouillonnait depuis quelques jours.
Je l'humais, je l'attendais.
Je savais qu'elle viendrait et qu'avec elle la secousse qui me tirerait
d'affaire, qui m'ouvrirait les yeux.
Qu'elle me manquait ma rage sans laquelle je ne sais pas faire face
lorsque ma barque prend de la gîte.
J'ai carré mes mains sur le volant.
J'ai haussé le son et même, Ô fait
singulier, chanté à tue-tête.
Retrouver la fraîcheur.
Retrouver l'odeur des thuyas qui baigne la nuit noire.
Retrouver enfin l'impression d'être soi !
Laisser défiler le long des kilomètres les
évidences qui soudain se rappellent à moi.
Sans queue ni tête elles s'effrangent, mais j'en saisis
parfaitement le sens et l'articulation.
Il est mort ton mari ma cocotte... et personne ne pourra plus jamais
t'offrir ce que lui savait te donner.
Oublie cette quiétude, plus jamais tu ne pourras t'imaginer
que le bonheur est acquis.
Avec lui tu es morte aussi.
Elle n'existe plus celle des certitudes et des douceurs tranquilles.
Alors je vais les enterrer mes vérités.
Peu importe ce en quoi je croyais. Peu importe ce qui m'importait. Peu
importe celle que je pensais être.
Je vais foutre tout cela au panier.
Et dans ta vie entière, ils sont combien ceux que tu croyais
aimer, ceux que tu aimais peut-être et qui t'ont
laissé aujourd'hui un souvenir qui ne soit pas empreint de
leur insignifiance ? Deux... Ton bonhomme et le seul amant avec lequel
je n'ai pas pris une hache pour couper définitivement les
ponts. Deux c'est peu. C'est la faute à la vie, c'est ce
qu'elle m'a laissé de tous les autres après avoir
fait son œuvre de digestion, après avoir
confronté chacun d'eux à ses petites
compromissions qui supportent bien mal l'épreuve du temps.
Je vais retrouver ma maison.
Je vais aller sentir combien ils m'aimaient mes fantômes.
Et forte de leur amour, je vais faire la seule chose pour laquelle il
semble que soit douée, bouffer la vie au lieu de me faire
bouffer par elle...
Je vais laisser tomber mes démons trop bien nourris de mes
certitudes révolues. Je vais laisser tomber mes convictions
et avant d'en adopter de nouvelles je vais déjà
me hasarder à me faire une idée par
moi-même. Moi-même, celle de maintenant. Pas
l'ancienne.
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