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lundi 27 mars 2006


Plus Ultra

Drapeau espagnol claquant dans le vent

Ce jour, face au Pont Alexandre III, vent debout et debout sur mes pédales pour encaisser des risées, je regrettais de ne pas sentir sous mes pieds feue ma planche à voile.
Et puis le bruit m'a emporté près des ports de plaisance. C'était celui des étais et des voiles qui claquent les soirs où le ciel est en colère.
Quand je me suis arrêtée, le soleil brillait dans les toiles aussi bigarrées que tendues, fenêtres de lumière dans la grisaille d'un Paris venteux.
Alors avisant la devise et les couleurs de l'oriflamme, j'ai évidemment pensé à elle.
Ce billet est dédié à Blanche dont je ne sais si elle est de Castille mais dont je sais qu'elle est bien née et dont j'imagine qu'un jour, elle aussi goûtera les joies de dévaler Paris en pédale, ineffable plaisir qu'elle héritera sans doute de son blogueur de papa !




dimanche 26 mars 2006


"Girl in bed looks up from book"

Photographie de Percy Loomis Sperr - Post Graduate Hospital : girl in bed looks up from book, 1923.

C'était en 1923.
Qu'elle âge pouvait-elle donc avoir ? Celui des regards francs de la beauté qui s'ignore et vous défie ouvertement.
Une vie sous nos yeux.
Pourquoi ce bras droit enrubanné ?
Une vie dans ses yeux.
Un regard cerné empli de la patience d'attendre la fin du cliché ou de l'impatience de retomber dans son livre ?
Qu'est-elle devenue, la jeune fille magnifique et souffrante ?
Est-elle encore de ce monde celle dont je peine à quitter la photographie des yeux ?
On aimerait un destin à la hauteur de la magie qu'elle dispense.
Du mystère, mais surtout du bonheur.
Quelle gageure que la photographie, me voilà à lui souhaiter un avenir qui est déjà un passé révolu.
J'aurais pourtant aimé connaître au moins son nom...





Mon 9-3 à moi (1 bis)

De ma vie entière, je n'ai jamais présenté mes papiers autrement qu'à l'occasion d'un moyen de paiement, de menues démarches administrative ou en passant une frontière.
De contrôle de police je n'en ai jamais vécu. Pas plus au volant de mon véhicule (je roule prudemment) que dans les transports en commun où j'ai usé pourtant mes fonds de pantalon avant d'enfourcher une selle de vélo.
Jamais agent ou officier de police ne m'a jamais demandé mes papiers.
De ma vie.
J'habite pourtant dans le 9-3 depuis plus d'une décennie.
J'ai vu pourtant des dizaines et des dizaines d'opération de contrôle...
J'ai vu des voitures de police dont les pneux crissaient à la Starky & Hutch. J'ai vu des portières s'ouvrir, des mains en sortir et agripper des enfants pré-pubères qu'on arrache à la rue et aux yeux de leur mère penchées au balcon. J'ai vu des rues sourdre de peur et de colère, des parents enragés, des quartiers enflammés.
J'ai vu des jeunes blanc bec avec trois poils au menton invectiver des grands-pères en les tutoyant devant leurs fils s'adressant à eux comme on parlerait à des êtres inférieurs. La dignité est une valeur que certains n'ignorent que pour mieux la fouler aux pieds. Certaines blessures d'amour propre sont si aisées à infliger....
J'ai vu un enfant de cinq ans retenu six heures dans un commissariat en dépit de toutes les lois de France et de Navarre.
Quand Mohamed a voulu s'engager à lui on a dit qu'il était trop basané.
C'est sans doute pour cela qu'il s'est fait si souvent contrôlé, lui n'a pas mon teint de navet et mes yeux bleux.
Je n'ai pourtant nul envie de souffler sur la braise pas plus que de déprécier un métier qui me semble par chez moi singulièrement difficile.
Cependant quand une immense championne pleure, moi je crois ses dires.
Et je pense que ce serait peut-être bien de rappeler de temps en temps que respecter la personne humaine est un principe qui s'applique aussi dans certains quartiers.
Et ce serait bien de voir un peu moins de poursuites pour des outrages auxquels plus personne ne croit et qui viennent instrumentaliser et ternir une justice dont le blason est bien fané.
Ce serait bien que les ministres de l'intérieur qui se succèdent ainsi que les éminents membres du Parquet cessent un instant d'avoir des oeillères. C'est vrai que flic c'est un métier difficile et qu'il convient de protéger l'autorité. Mais certains exès et leur impunité leur nuisent bien plus sûrement que des discours officiels qui n'abusent plus personne...




lundi 20 mars 2006


Paris et Arsenal

détails de l'Arsenal

Nouveau quartier, nouveaux émois.
Je pars mon Canon sous le bras me perdre au prétexte d'aller au Prisu.
Bruine et grisaille où, un rien chafouine, je déambule et je mitraille.
Entre vieilles pierres et printanières vitrines, j'oublie la pluie.
C'est bien ainsi.
Car en ce moment c'est moins la plume que l'image qui me chatouille et me taquine.
Je n'ai pas très envie de mettre en mots ce qui, bon gré mal gré, s'enfuit, avec le temps, avec regret ou parfois même soulagement.
J'ai bien plutôt envie d'écarquiller les yeux et de voir venir.




vendredi 3 mars 2006


Cujas, Café Delmas et grimaces

Ce n'est qu'à la nuit bien tombée que mercredi j'ai enfourché ma bicyclette pour me rendre au Bombardier, de sorte qu'avant même d'être arrivée à destination et par la grâce de mon téléphone portable, celle-ci avait changé. J'avoue qu'émue de retrouver le quartier où j'avais noué une intense et fidèle histoire d'amour avec le droit, je n'ai pas modifié ma route trop émue de tournicoter autour du Panthéon. D'abord la rue Soufflot où j'allais faire l'emplette de mes codes, avant de la contourner pour chercher mes polys (cela existe encore les polys dans les fac de droit ?). Ensuite la Bibliothèque Cujas où je n'allais que lorsque j'avais épuisé toutes les autres bibliothèques de droit. Je me demandais alors comment avait-on pu la concevoir si laide alors qu'elle était dédiée à une si noble matière... Moi j'allais en catimini bosser à celle qui lui est presque juxtaposée et dont la stupéfiante beauté me faisait oublier le reste du monde, la somptueuse bibliothèque Sainte-Geneviève dont le fond documentaire m'était étranger mais dont la lumière, la chaleur et la solennité m'enseignait l'humilité. Morbleu qu'il est loin le temps où je terminais l'année transie de trouille, de révision, d'examens et de l'indéfectible certitude que j'allais échouer ! Et puis j'ai quitté le Panthéon comme j'en ai terminé avec mes études : à regret mais consciente qu'il me faut continuer ma route.

Quelques coups de pédales plus loin me voilà Place de la Contrescarpe ! Café Delmas m'ont-ils dit. J'y suis ! Des bises, des bonjours, des sourires. On n'est pas très bien installé mais tant pis ! Je suis contente de revoir tant de personnes (et ce d'autant plus que j'avais séché la dernière édition !), des têtes connues, d'autres inconnues, des inconnus dont le nom m'est connu et des connus dont j'ai oublié le blog ! Peut importe c'est bien ! Sauf qu'il fait froid. Vraiment froid sur cette terrasse où j'ai le sentiment qu'on nous parque. J'essaye de commander un chocolat chaud. Une fois. Deux fois. Trois fois. Rien à faire ces gens débarrassent mais ne veulent pas prendre ma commande. J'ai trop froid, il me faut ce chocolat chaud ! Je file au bar tenter d'obtenir le remède à mon refroidissement. Un homme tronc sans sourire m'apprend que de bar il n'y en a point mais consent à prendre ma commande que je paye incontinent avant de retourner à ma place par le chemin des écoliers papotant passionnément. L'ère glacière qui règne sur cette terrasse prétendument chauffée a raison de mes rencontres et je file à ma place avant que mon chocolat ne refroidisse. Las! J'avais tout le temps ! Je ne peux que contempler la totalité de mon chocolat chaud répandu sur la veste de Brol et le serveur qui sans désemparer, sans humour, sans excuse et sans gêne lui explique que "cela ne tâche pas" ! Je l'avais payé ce breuvage de la discorde et à tort ou à raison je m'en sentais propriétaire ! Et de voir cet énergumène mal dégrossi faire semblant d'éponger ma boisson à coup de sopalin sur la veste de Brol — quand, vu la quantité répandue, c'était la tordre qu'il fallait — tout en nous abreuvant de sa mauvaise foi et de sa mauvaise humeur j'avoue que la mienne était déjà moins paisible ! Un saut plus loin auprès du bar qui n'en était pas un, il me fût assuré, non pas spontanément mais à ma requête, que les frais de teinturerie seraient remboursés.  Tout pétri de générosité, il ne nous fût pas non plus épargner, non pas des excuses mais un discours bien senti où nous étions coupables d'être nombreux et de consommer... Peste quel subtil raisonnement que celui-là : n'est-il pas vrai que dans un estaminet sans client on ne sert pas de chocolat chaud ! Je vais cesser là mes récriminations car j'ai la liste est longue de l'accueil que l'on nous a réservé dans ce café-là, souhaitons seulement que leur parole ne soit pas en l'air et qu'ils s'acquitteront de la note du teinturier.

Pour le reste, et bien c'était très bien :  c'était frustrant d'avoir trop peu devisé avec certains, c'était chic de voir des têtes nouvelles, c'était drôle d'en voir certain échanger leur rôle, c'était un chouette Paris-Carnet mais ce n'était pas grâce au Café Delmas !