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lundi 27 décembre 2004


Cadavres d'information

Si sous couvert d'information, vous aimez observer des cadavres d'enfants, allez donc faire un petit tour récréatif sur la page d'accueil du Monde.

Il ne vous reste plus qu'à cliquer votre gentil mulot dans la photo du Portfolio sur les ravages du tsunami et sur 15 photographies vous aurez l'immense plaisir d'en voir deux où un père tient un enfant mort dans ses bras !

Merci Le Monde pour cette agréable visite vespérale.

J'ai vraiment appris plein de choses ce soir...

Mais je me pose quand même une question... Mesdames et Messieurs du Monde, si ces photos n'avaient pas été prises à l'autre bout du monde, auriez-vous de la même façon exposé à la vue de tous, les cadavres de ces enfants ?

Je me suis bien amusée, vraiment, mais tout au fond de ma conscience, je finis par me demander si j'aurais aimé que l'on placarde ainsi le corps de mes marmots sans vie.

Et puis tiens ! j'ai une autre question : Est-ce que la dignité humaine s'entend différemment selon que l'on meurt en Asie ou en France ?

Sans doute que non, pour la première région, on ne "fait" que de l'information voyons !



Rajout de 20 heures 30 :

Je dois remercier ici Parisian Smile dont le billet donnez m'a permis de mettre à profit ma colère pour aller m'alléger de quelques petites dizaines d'euros (moi j'ai choisi MSF mais peu importe l'ONG...)






mercredi 15 décembre 2004


7 heures 02

Un quai de la gare de Lyon au tout petit matin


J'avais presque oublié que les quais de la Gare de Lyon étaient aussi beaux dans le petit matin.
J'avais oublié combien il est dur de s'ensauver de chez soi dans le froid nocturne.
J'avais oublié comme ces voyages sont des parenthèses intemporelles.
En compagnie d'un dossier ou d'un bouquin, on regarde passer la vie.
On est ailleurs. On est nulle part.
On est loin de tout mais à côté.
Je vous ai déjà dit que j'aimais voyager en train ?
Le train, c'est un univers clos qui respire l'espace.
On y noue des amitiés aussi vives qu'éphémères.
et aussi des conversations délétères.
On peut se recroqueviller sous un manteau et piquer un roupillon.
Ou observer les engueulades d'une famille.
On peut y parler boulot ou découvrir d'autre profession.
J'y ai fait des rencontres surprenantes.
Et lu des pages par milliers.
On s'y fait aussi draguer avec une rare fulgurance.
Le temps y est différent.
Il s'arrête et s'accélère.
Il est ailleurs, il est loin.
Et puis, on revient.
Et puis, c'est fini.
Et c'est bien.



mardi 7 décembre 2004


Vu ce jour dans les faubourgs de Paris

A Noël, offrez un tensiomètre - Interdit aux vélos et poussettes
Vive le naturel



Si une âme généreuse se mettait en tête de m'offrir un présent pour Noël, je vous le dis tout de go, un tensiomètre constituerait le plus désastreux des cadeaux !

Et puis n'insistez pas non ! Même le plus somptueux des palais n'emporterait pas mon déménagement, si sur sa porte d'entrée figurait pareil panonceau.

Tiens, le naturel est rudement artificiel cette année ! Je me vois bien aller plaider le cheveux frisé et méché (voire éméché) en clamant, j'ai le même poil que mon bichon ! Bah oui quoi, vous ne teignez pas votre chien, vous ?




Les dessous de Paris

Aujourd'hui, plus renfrognée que le Schtroumpf grognon lui-même, j'ai été contrainte d'abandonner ma bicyclette pour m'enfoncer dans le ventre de Paris, dans sa chaleur et dans ses rames, pour aller plaider en ses faubourgs.

Las ! Je suis ainsi descendue au pays des fous, sur une sorte de lune dont je serais l'extra-terrestre...

D'abord ligne 13, j'apprends qu'il me faut manger des "oméga 3", des "oméga 3" ? Ah ! oui ! Cela me revient ! Lors du dernier Paris-Carnet, Laurent et Eolas avaient dissipé la béante ignorance où j'étais à ce sujet. Celle de ne pas savoir au 21ème siècle ce qu'était ce nectar indispensable, source de santé, de félicité et peut-être même de bonheur !

Heu... J'ai réfléchi à nouveau et in petto je n'ai pu que faire cet affreux constat : Adieu santé, adieu félicité car je n'ai plus la moindre idée de l'endroit où se trouve cette essentielle ambroisie !

Tant pis... j'ai bien réussi à vivre sans jusqu'à présent. Je chasse mon abattement en voyageant le long des couloirs du métro qui me vantent les délices des lointaines latitudes, celles où il fait chaud, où il fait beau et où les gens sont beaux.

+videmment mon esprit rationnel s'interroge quant à savoir quels nouveaux principes de la génétique -issus d'un Mendel qui se serait pris les pieds dans cet épais tapis publicitaire- président à la règle selon laquelle un même individu est moins beau devant la basilique de Fourvière que dans la baie de Rio !

Arf ! je me résous donc à demeurer moche cet hiver, ne projetant pas de déplacer mes 46 chromosomes dans l'hémisphère sud, lequel est désormais une sorte de couscoussière géante qui transformerait mes gênes sous l'action conjuguée de l'eau, de la chaleur, voire même de la douceur de vivre, en ceux d'un véritable top model de compète!

Je me résous, je me résous...

Alors que je me résolvais, je surprends une jeune fille en robe rouge -une robe si rouge, si belle et si seyante que j'en fus à minute jaune de jalousie ! Adoncques, je surprends les joues de la pimpante parisienne qui rosissent d'envie devant la publicité d'un grand bijoutier de la Place Vendôme. Ah ? Cette année le diamant est encore à la mode ? Mais enfin, cela ne cessera donc jamais cette pénible suprématie de ce qui brille... L'éclat, toujours l'éclat... Bah ! En un sens, cela tombe bien :
  1. Personne ne peut décemment m'offrir un diamant
  2. C'est parfait, je n'aime pas les diamants

Comment ? Je joue les Calimero parce qu'en réalité je suis pétrie de jalousie à l'encontre de celles dont le mari, l'amant ou l'ami les couvre de brillants ?

Meuh non ! c'est parfaitement inexact ! Et puis réfléchissez : rouler en vélo avec un diamant à l'annulaire c'est un coup à finir sous les roues d'une BMW -enfin, d'une BMW de mon quartier.

Bon, c'est pas tout ça mais toutes ces considérations me rendent mélancolique... je veux bien faire preuve d'entêtement et refuser de me laisser abattre par ma putain de déveine mais parfois je me sens seule quand-même...

Noël, ce n'est pas un cadeau pour celles qui portent la double casquette, celle de la veuve et de l'orpheline.

Allez ouste ! secoue-toi les puces ! Demain sera un autre jour !



Ce billet constitue ma contribution au dis-moi dix mots de Kozlika, vous pouvez par vous-même vérifier qu'il contient donc les éléments suivants :

  1. quelqu'un : le Schtroumpf grognon
  2. un lieu : la basilique de Fourvière, à Lyon
  3. un repère temporel : demain
  4. un autre quelqu'un : une jeune fille en robe rouge
  5. un nombre : 13
  6. une couleur : jaune
  7. une caractéristique personnelle : l'entêtement
  8. une humeur : mélancolique
  9. un objet : un tapis
  10. un truc quelconque : une couscoussière





vendredi 3 décembre 2004


La lumière de l'hiver

Je l'ai vu poindre mardi dernier mais je m'étais trompée. Je pensais que c'était elle parce que je l'attendais, mais il faisait trop chaud et son voile était trop coloré.

Hier, je l'ai devinée qui se cachait tout prêt, heureuse de se laisser soupçonner en se faisant désirer.

Ce matin, enfin, elle s'est livrée dans toute sa beauté.

Amis parisiens l'avez-vous vu cette lumière poudreuse des hivers naissants ?

Avez-vous remarqué le drap tendu devant vos yeux, un drap de fine étamine chatoyant et limpide.

Ouvrez les yeux et regardez les rouges. On ne voit qu'eux ! Ils nous crèvent les yeux ! Les bleus sont mats, les verts polis, les jaunes trop blancs et les rouges resplendissants, flamboyants.

Quand cette lumière arrive c'est qu'il est temps de penser aux cadeaux de Noël. Maintenant qu'elle est là, il est temps que j'y pense à ce nouveau Noël sans lui... et faire plaisir aux enfants.



jeudi 2 décembre 2004


Paris Carnet - Quatrième

Le gorille de l'entrée était absolument charmant ! Il m'a autorisé à parquer ma bicyclette presque sous son nez : pas de doute, c'est un homme du monde !

Bon évidemment quand en traversant la salle pour retrouver mes acolytes maniaco-billetistes, j'ai avisé trois serveurs en train de danser en petites culottes derrière le comptoir se dandinant le popotin façon danse des canards post Lambada, je me suis exclamée in petto que la soirée allait être insolite !

Parvenue au fond du bouge, j'avoue avoir immédiatement enclenché le mode radar eu égard à la conjonction d'une série de facteurs -pour moi- très invalidants.

  1. Je ne voyais quasiment rien ! Imaginez un éclairage type lanterne sourde complété par le rayonnement culturel d'un écran de télévision géant et enrichi en nuages de fumées si tabagiques qu'elles parvenaient même à masquer l'intempérance des explétives volutes artificielles.

  2. Je n'entendais quasiment aucun son intelligible si ce n'est une musique dont la force du volume sonore était inversement proportionnelle à la qualité musicale (n'y voyez aucune critique digne de ce nom, s'agissant de la musique diffusée dans les établissements contemporains, j'ai des goûts de chiottes)

  3. Hors de tout repère visuel et sonore je me suis accrochée à mon panier de vélo comme une palourde un bernique breton à son rocher distribuant sourires bêtes et coup d'oeil hagard et glauque du genre de celle qui garde le sac à sa copine.
Je remercie donc sincèrement tout ceux qui sont venus me saluer car en ce qui me concerne j'étais tellement désarçonnée que je ne savais plus trop qui était "Paris-Carnet" et qui ne l'était pas ! (sans compter que je suis plus timide qu'il n'y paraît).

L'arrivée du bataillon de bidasses à la coupe de cheveux aussi réglementaire que leur tenue en société après deux verres de bière a fini de m'achever, j'ai fui lâchement vers l'air frais...

De cette expérience du sexy bar je peux constater :

  • J'ai toujours aussi horreur des boîtes de nuit, quand bien même seule leur ambiance est empruntée.

  • Les mecs beaux qui se remuent les fesses en petite tenue me laissent parfaitement de marbre. Je ne suis pas encore assez mûre pour aller hurler dans les spectacles de Chippendale !

  • Je deviens sourde (je commençais à m'en douter)

  • Je n'aime plus l'odeur de la fumée de cigarette et ça c'est quand même la plus grande nouvelle de l'année !

Pour être parfaitement honnête, je dois souligner que ce billet n'est en rien un désaveu du choix de Phérine qui a su dégotter au pied levé un endroit où nous rencontrer, étant entendu que la quérimonie d'une vieille bique dans mon genre doit être placée incontinent au rang des gloses insignifiantes.

Par la suite, en compagnie d'Eolas (auprès de qui j'ai pu m'excuser de l'indigence de certains de mes commentaires) Laurent, Olivier et Lolosquared nous avons trouvé refuge au Polly Mangoo Magoo et je suis littéralement tombée sous le charme de cet endroit !

Sans doute inspirée par la sérénité des lieux (où des joueurs d'échec se recueillaient aussi) nous avons évoqué avec force détail et un souci de l'énumération historique que ne démentirait pas un comptable obsédé des allumettes de la feue SEITA, le long calvaire de Damien (non, pas ce Damien_ là mais ce Damien-ci). Nous avons donc devisé gentiment sur le savoir-faire -ou non- des bourreaux du bon vieux temps... Laurent en bon marin a enrichi nos horizons avec l'art du noeud dans la pendaison...

Bref, j'ai encore passé une excellente soirée !

Post Scriptum : GeorgeS, si tu passes par ces pages, saches que je n'ai rien oublié de l'affront que j'entends bien te faire laver !