Si je le tenais cet impudent qui s'est mis en tête de se
griller une tige sous mes fenêtres et qui distille
insidieusement jusque sous mes narines ce nectar pour lequel je me
damnerais ce soir... du tabac blond, du doux, du bon que j'aimerai
respirer à pleins poumons...
Si les tenais ces directrices d'écoles (absolument
charmantes au demeurant !) qui vont contraindre, le lendemain, à
découper par le mitan le corps des mères
esseulées dont les enfants se répartissent qui
à la primaire, qui à la maternelle afin de
pouvoir battre des mains aux kermesses respectives de leurs rejetons.
Si je le tenais cet appareil qui vient de défaillir entre
mes mains exactement au moment où je n'ai plus que pour seul
désir de mettre un objectif entre le monde et moi, de me
caparaçonner derrière mon viseur et à
m'abrutir du bruit du déclencheur. Se cacher
derrière son Canon ce n'est pas seulement mettre un
écran autour de soi, c'est surtout s'obliger à se
concentrer sur ses sujets, c'est ne plus voir que ses enfants
plutôt que de penser à ce qui vous
entête douloureusement.
Si je la tenais cette certitude que j'ai acquise je ne sais comment de
savoir précisément ce que je ne veux pas vivre,
si je savais la contourner ou au moins l'apprivoiser... Quelle
prétention ai-je donc pour refuser la tiédeur de
la pénombre au motif de n'aimer que l'éclat des
fleurs ensoleillées ? Pourquoi faut-il donc que je ne sache
pas faire autrement que de refuser de vivre les choses à
moitié, presque à mon corps défendant,
pourquoi faut-il que je préfère avoir mal que de
me contenter de la fadeur tépide des rencontres
souterraines.
Mais je ne vais rien tenir du tout parce que tout cela n'est qu'illusion,
c'est la vie qui nous tient et non moi qui la contient.
Je ne vais rien tenir du tout, si ce n'est l'enfant qui geint de
douleur dans mon lit et contre le souffle duquel cette nuit je vais
abreuver mon sommeil.
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