samedi 3 février 2007
Le vent dans la pente
Je le sens depuis un moment. Le coeur en pente, le moral en
débandade. Un mois que je sais que cela me pend au nez. Un
mois de ruses pour ne pas me confronter à cette amertume en
embuscade.
Le creux... Je savais bien qu'il me rattraperait. Il me rattrape
toujours. En dépit de mes rognes qui me
caparaçonnent si bien. En dépit de mes feintes,
de mes stratagèmes, de mes intrigues pour ne pas
céder. Car le moral ne peut être qu'en pente
douce, quand un jour la terre ferme s'est dérobée
sous vos pieds, quand un jour la vie s'est faite falaise.
D'abord la falaise depuis laquelle on l'on bascule. Inexorablement.
Sans même penser à amortir la chute. Sans avoir
d'autre conscience que de celle tomber.
Et puis bientôt la falaise qui se dresse et qu'on le veuille
ou non, il faudra bien escalader.
L'honnêteté me force quand même
à avouer que les deuils sont à l'inverse du
vélo : la douleur de la descente est sans commune mesure
avec celle de l'ascension. Et c'est un cynisme que je prise
particulièrement quand je joue d'évitement et de
faux-fuyants avec ma mélancolie. C'est que j'essaye de le
domestiquer comme je peux ce cafard ! Dérision. Sarcasmes.
Tout est bon.
J'ai mis Montand dans mes oreilles et puis j'ai
pédalé comme une dératée.
Je me suis couverte de sueur ; de la tête au pied. J'ai
crevé mes poumons dans des cotes providentielles ; et dans
les pots d'échappement, j'ai éreinté
mon haleine. Je ne sais pas si cela suffira. En tout cas j'ai
pleuré. Je m'y suis autorisée. Moi, la Madeleine.
Qu'un rien émeut... mais qui n'accepte plus
dorénavant que de pleurer son bonhomme, voire ses parents.
Se laisser aller... j'essaye de me persuader que c'est plutôt
bien. Des larmes, je n'en ai pas versé beaucoup, pourtant. Cela
me semblait trop futile. Trop insignifiant. Alors j'ai
appuyé encore plus fort sur mes pédales. J'ai
senti le vent sécher mon visage. Et j'ai songé
que je n'ai aucune envie de m'arrêter. Pas maintenant. J'ai
pris trop d'élan, j'ai fait trop de chemin.
Et j'ai semé mon bourdon...
Une fois encore. Un instant ou plus longtemps je ne sais.
Non, je ne veux pas pleurer, je ne veux pas chialer ma vie. A aucun
prix. Je ne veux pas de ces larmes qui m'obscurcissent la vue encore
plus densément que le vent du mouvement. Quant à
se savoir aveugle, autant en choisir la manière et conserver
l'illusion d'être maître de quelque chose dans ce
relief qui, et c'est ma seule certitude, m'échappe
parfaitement.
Par Veuve Tarquine
samedi 3 février 2007 à 00:53
Chagrine Tarquine
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