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mercredi 27 décembre 2006


Ecran de fumier

Il me faudrait le talent d'un Desproges. Alors je saurais dire de quoi mes tripes se tordent. Et puis je parlerai du relent des ordures qui vous habite pour les avoir respirées de trop près.
A moins que ce ne soit celui d'un Jean Genet ; et je décrirais par le menu de quoi est faite la gerbe que vomissent mes boyaux. Je ne me lamenterais pas trop. Je ne dirais pas l'impression que cela fait d'être prise pour du fumier. Je me draperais dans ma colère, ma haine et mon venin.
Sauf qu'il me faudrait combattre encore une fois. Combattre les mots pour les dompter, parvenir à les élever à la mesure de l'abjection. Combattre ma mémoire qui me dicte que pour une fois il faut fuir. Combattre l'impérieux désir de me tenir le plus éloignée possible de ces latrines où se noie la confiance, précisément celle que certains ne savent obtenir qu'à grands coups de leurre, à grand coup d'imposture.
Et puis viennent se plaindre d'avoir été tenté.
Et puis gémissent.
Visqueuses roulures de la persécution... aussi prompts à faire le mal qu'à se vautrer dans leurs bruyantes lamentations.
Vains et vilains mots.
Mais je suis tombée de haut.
Je ne savais pas que l'on pouvait accepter de vivre dans de tels immondices.
J'ai peur de ne plus jamais savoir faire confiance.
Pour l'heure, je veux juste croire encore que le monde n'est pas seulement peuplé de blattes.




samedi 23 décembre 2006


La reine et le cloporte insane

Il était une fois une reine d'une grande bonté et un cloporte qui grouillait à ses pieds. Dépourvu d'intelligence mais non de malice et d'avidité, il s'imagina qu'en la détrônant il gagnerait respect et autorité. Trop médiocre pour y parvenir seul, il endossa l'habit du martyr qu'il s'empressa de lustrer de fables poisseuses et de hâbleries hardies. Qui n'entend qu'un son n'entend qu'une cloche. J'ai prêté mon ministère à cette comédie, permettant ainsi qu'elle se tienne. Un cloporte même déguisé en souverain reste un cloporte. A la fin de l'histoire, il rampe encore plus profondément dans les excréments dont il aime à faire des festins. La reine et le truchement ont démêlé les mots dont elles étaient les jouets. Et la vérité est sale. D'une crasse noire et grasse qui vous colle à la peau, à l'âme et gâte ce que l'on croyait savoir de l'humanité. La farce est terminée. Maintenant, je ne sais combien d'eau je vais devoir faire couler sur mon corps pour parvenir à effacer ces souillures...




dimanche 10 décembre 2006


L'insecte et le myocarde

Je les fais défiler une à une d'un quart de scroll de souris. Précis et sec mouvement de l'index sur lequel se cale l'œil censeur.
Je les jauge et je me juge aussi : pas une seule ne me plaît. Toutes bonnes à jeter.
Et je ne verse même pas dans le simulacre d'en accuser mon Canon...

Je les couche une à une. Et elles me donnent la nausée, ces phrases alambiquées.
Trop mièvres, trop chialeux ces mots que je déguise en boniment.

Je me déteste d'être la proie de démons que je nourris grassement.
Je me déteste d'être à la merci d'un cœur aussi obtus qu'ahuri.
Il faudra donc qu'il saigne tellement pour qu'elle se réveille ma hargne salutaire et qu'elle ouvre enfin les yeux de cet abruti d'organe amputé de toute sagacité ?

Je me déteste de n'être plus que mon seul sujet.
L'insecte est insigne sous un microscope...

Je vais regarder grouiller les pages des livres. Si mes démons m'en laissent l'esprit.
Parce que le drame de ces états-là c'est que surtout pour soi, qu'on devient son seul sujet...
Et je ne connais rien de plus pitoyable...