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vendredi 24 novembre 2006


Quand les ombres n'encombrent plus

Non mes ombres ne m'encombrent pas.
Elles sont là, tout près mais je les appelle quand même.
Je les sens mais de si loin.
Elles ne m'encombrent pas. J'aimerai pourtant qu'elles m'envahissent et m'ensevelissent.
Qu'elles me permettent d'oublier mes éternels combats.

J'aimerai me résigner. Laisser pisser.
Certains semblent savoir le faire. Moi je les envie.
Pourquoi faut-il que je sois toujours en train de me battre ?
Contre moi, contre le temps, contre les évidences, contre ce que je crois savoir, contre ce que je devine, contre ce que je m'imagine.
Accepter.
C'est peut-être cela le traître mot.

Mes ombres sont là. Tout près. Mais elles ne protègent plus.
Elles sont dorénavant trop loin.
Maintenant je suis seule.
Et je sens ma vie qui m'échappe.
Sans bien comprendre pourquoi.

Les mots me fuient aussi.
Je ne sais pas décrire ces larmes qui  coulent et qui me laissent pourtant de marbre.
La douleur est toujours là mais je ne la ressens pas.
Pleurer n'a jamais empêché de vivre, ni même d'en rire.
On pleure sur soi, un peu. Mais pas trop.
On pleure l'amour et la confiance, tous deux envolés. On pleure beaucoup cela.
On pleure son passé.

Mais le pire c'est quand on pleure déjà son avenir.
Avenir.
C'est ce mot là qui me terrifie je crois.
Mes ombres ne suffisent plus à le masquer.
Elles ne m'encombrent pas assez.
J'aimerai pourtant beaucoup qu'elles m'obstruent la vue.
Peut-être alors que j'accepterai.
Que je laisserai tomber mes combats stupides.
Contre moi, contre le temps, contre les évidences, contre ce que je crois savoir, contre ce que je devine, contre ce que je m'imagine.

Mais si c'était enfin d'accepter qu'ils soient morts qui me jettent dans cet avenir si ténébreux ?
Rendez-moi mes morts.
Rendez-moi mes mots.
Pleurer son passé c'est beaucoup moins compliqué que de redouter son avenir.




lundi 20 novembre 2006


Le cœur, la raison et tout plein de fatras dont je me passerai bien !

Il n'y aura pas de papa pour Tarquinou.
Je ne sais pas bien pourquoi.
Sans doute parce que je ne veux pas.
Ou parce que je ne sais pas faire les bons choix.
Sauf que les choix j'ai l'impression que je n'en ai pas.

J'aimerai pourtant planifier ma vie comme un épicier soucieux de sa comptabilité.
Je ferais des additions.
J'en tirerais un résultat.
Je n'oublierais pas de compter les intérêts.
Et de tout cela j'obtiendrais un nombre parfait !

Mais calculer ma vie, je ne sais pas.
Comme s'il fallait que je me résigne à en être l'objet plutôt que le sujet.
Il n'y aura pas de papa pour Tarquinou malgré le désir qu'il en ait.

Et quant à moi je me résous à prendre la vie en pleine poire, à me faire ballotter par elle, beaucoup trop loin de la raison.
Je ne sais pas trop où le courant me mène.
En eaux troubles, j'en suis certaine.
Ma seule boussole c'est de croire qu'un jour elle se réveillera.
C'est de penser qu'elle veille sur moi, ma colère légendaire.
Et qu'un jour, elle sera là, ma rage, pour me tirer de ce mauvais pas.
Qu'elle me sortira de cette glauque résignation où je ne me reconnais pas.
Je l'espère tapie près de moi.
On a les vœux qu'on peut, à défaut d'avoir le nez creux...

Et puisque j'y suis je peux dire aussi que maintenant je lui en veux.
Je lui en veux de m'avoir laisser comme ça.
Le coeur en vrac.
Par trop fragile.
Qu'il m'a tant aimé que je suis mal armée.
Que je l'ai tant aimé que je me sens estropiée.
Moi je ne comprends rien à ces histoires de cœur.
Avec lui c'était tellement facile.
Avec lui j'étais tellement heureuse, tellement confiante et tellement sereine.
Je ne sais pas ce que le temps nous aurait réservé.
Nul ne le sait.
Mais rien ni personne ne pourra m'enlever tout ce bonheur partagé.
Putain, pourquoi faut-il que ce soit si compliqué maintenant ?




dimanche 19 novembre 2006


Cafard replet

Un cafard

Un si dodu qu'on en mangerait !



vendredi 3 novembre 2006


Crépuscule et lassitude

crépuscule

Mon Tarquari, chat revêche de son état, se blottit contre moi avant même que je n'ai le temps de me tapir sous ma couette.
Fi de chaleur, croisées ouvertes, moi je cultive les frimas, les froidures qui justifient qu'on multiplie les épaisseurs et qu'on se rencogne au plus profond du lit.
J'attends le matin.
Un autre jour déjà.
Alors j'attends leur éveil.
Je guette le souffle de leur sommeil, les mouvements de leur paupières, les froissements de leur peau.
Je devine qui sera debout le premier.
Son pied n'aura à peine le temps de se poser à terre qu'il est question de livres qu'on raconterait pelotonnés contre Maman, d'oreiller qui ne serait plus surnuméraire et de grabat trop large qu'on occuperait enfin.
Je ne sais plus me réchauffer qu'à la lumière de mes enfants.
Et je me connais assez pour savoir que me concentrer sur l'essentiel n'est jamais anodin.
Je suis trop lasse pour me bercer d'illusions.
D'une lassitude qui m'étreint au plus profond, au plus étroit et au plus fort.
Je sais très bien ce dont j'ai besoin.
C'est plutôt humain, c'est plutôt commun.
Je crois même que c'est assez banal.
Enfin ça l'était pour moi jusqu'à ce que je mesure le poids de son absence.
Parfois j'aimerai imaginer qu'il reste sur terre une personne qui sache prendre soin de moi et qui ne soit pas mort...
Il va peut-être être temps de revoir mes choix...
La lassitude qui m'enserre est de celle qui me rende lotophage, implacablement liquide ou bien Blanquette, celle qui voulait tant faire comme la Renaude.
Pour l'heure elle m'épuise tant qu'elle me protège : point de démons, point de questions.
Je ne le sais que trop bien, le pilote automatique — premier choix du menu déroulant "mode survie" — se déclenche sans même qu'il soit besoin d'effleurer la moindre touche.
Mais en dépit de tout cela, je sais surtout qu'il est temps pour moi d'accepter que se serait pas nécessairement indécent s'il se trouvait quelqu'un qui penserait parfois à prendre soin de moi.
Pas beaucoup... juste un peu...





Marée basse

Marée basse

Je n'y pensais pas.
Moi je m'en foutais un peu d'avoir quarante ans.
Prendre un an, la belle affaire !
Vieillir c'est simplement la preuve que l'on ne meurt pas.

L'âge ne se fige que dans la mort.

Alors soudainement ce n'est plus à mon âge que j'ai pensé mais au sien.
Et à sa mort à lui.

Parce que ce jour-là c'est précisément le jour où je suis devenue plus vieille que mon époux.

Alors j'ai eu le sentiment que je le quittais.
Que je l'abandonnais.

Plus âgée que mon mari...
Il y a des vérités qui vous cueillent comme un fruit trop mûr, des vérités qui vous abîment en tombant.

Je n'ai jamais imaginé très longtemps devoir lui être fidèle.
Je n'ai pas trop souffert de culpabilité en réussissant à ne pas l'être.

Sauf que lui il n'est plus là pour me protéger.
Et c'était le seul dont je savais accepter cela.

Et il y a des jours où j'aimerai tant avoir un refuge.
Ou même l'illusion d'un refuge.
Celui de deux bras où je pourrais verser quelques larmes.
Celles qui connaissent dorénavant trop bien le chemin de mon clavier.
Juste quelques larmes.