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mardi 27 juin 2006


Panique et ouragan

Il y a des gens qui crient dehors.
Je ne sais même pas si c'est de dépit ou de joie.
Et moi, je sens la terre qui s'ouvre sous mes pieds.
Je ne sais plus quoi croire.
Je ne sais plus qui croire.
J'ai l'impression que la vie n'est qu'un attrape-nigaud.
Si elle se met à briller c'est donc pour mieux me broyer ?
Jamais donc je ne pourrais croire en elle ?
Quel invraisemblable prix faut-il donc payer pour pouvoir avoir confiance ?
Juste confiance, juste une fois, pour une fois...
Il y a des gens qui crient dehors.
Qu'ils crient de dépit ou qu'ils crient de joie n'y changera rien.
Moi j'ai mal à hurler.



Ce billet mis hors ligne peu après avoir été posté, est finalement réhabilité, non en raison de l'actualité mais de sa présence et de son référencement dans moults agrégateurs...




dimanche 25 juin 2006


Vie, magie et baguette, par le petit bout de la lorgnette.

Tarquinette où la sorcière tenant une baguette

A défaut d'avoir en main la baguette magique qui me fait tant défaut aujourd'hui, j'ai fait la folie d'acquérir ce qui me permet de capturer celle tenue par mes enfants.
Et à l'heure où les nuages sont si bas je sais combien il m'est important cet écran que je tends devant moi.
Moi qui ne déteste rien au monde que de rester les bras ballants, le cœur en écharpe et le silence pour seule attitude décente, qu'il va m'être précieux ce prisme électronique...




vendredi 23 juin 2006


Stabat Mater Dolorosa

Au début je pensais que c'était son immensité qui me dérangeait.
Et puis j'ai découvert que c'était sa vacuité.
C'était ma viduité.
Celle qu'on ne peut pas tromper.
Celle qui vous tient éveillée quand la ville dort.
Alors j'ai réalisé d'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours recherché, à la nuit tombée, un souffle chaud contre lequel je pourrais fermer les yeux.
Je me suis souvenue des expéditions folles avec Zomozygote où chaque nuit, quasiment sans exception, nos oreillers respectifs sous le bras, nous partions investir le grand lit des parents tellement épuisés par nos réveils nocturnes qu'ils n'avaient plus la force d'affronter nos pleurs si par malheur ils nous en chassaient.
Je me suis souvenue que plus tard, au prétexte de partager nos lectures et leurs fous rire, nous nous endormions quasiment le nez dans le bouquin de l'autre posés si prêts l'un de l'autre que leurs couvertures s'enchâssaient.
Je me suis souvenue que jamais je ne me suis endormie contre Tarquin sans venir me coller à son corps tout rond, venant lui soutirer la chaleur et la tendresse dont il était si généreux à mon égard.
Et puis, confrontée brutalement au silence de ce grand lit glacial, de frileuse patentée, je me suis soudain congelée, autant de froid que d'effroi.

Alors a commencé la longue suite des stratégies pour ne pas m'abrutir de cachets.
Au début il était si grand, ce lit, que je refusais d'y dormir.
Durant des mois, j'ai baissé l'inconfortable canapé devant la télé et je me suis noyée de tout ce que mon appartement comportait de cassettes vidéos. Quand j'avais de la chance je n'en voyais pas la fin : Morphée m'avait cueilli avant.
Et puis, un jour enfin, j'ai affronté la vacuité de mon propre lit, le second oreiller surnuméraire et la couleur des draps qu'il avait choisis.
Mais seule, je ne pouvais pas.
Comme je ne voulais pas m'emparer du sommeil de mes Tarquinets pour m'y aspirer et m'y consoler, j'ai fait une place à mon Tarquari qui rappliquait ventre à terre dès la première larme perlée.
Et comme cela ne suffisait pas encore, j'ai rempli mon PDA de tout ce que j'ai pu trouver de comiques français.
Alors les écouteurs sur les oreilles, j'ai passé en boucle tous les disques de Desproges, des Sketch de Muriel Robin ou des extrait de Luis Rego ; jusqu'à épuisement, jusqu'à ce que mes paupières soient du plomb que mon esprit soit du coton et mon corps un espèce de bout de chiffon ou ne persistait plus la moindre parcelle de volonté. Il me fallait sombrer comme on saborde le navire.
Cependant, ce moyen là fût par trop vite élimé : pour parvenir, dans la journée, à mettre un pied devant de l'autre sans ouvrir les yeux, je répétais, dès le lendemain matin, la même opération en marchant dans la rue, écouteurs aussi assourdissants qu'aveuglant vissés sur les oreilles.
Alors j'ai connu bientôt chaque respiration, chaque applaudissement, chaque hésitation et il m'a fallût songer à de nouvelles dérobades.
Un VAIO tout chaud à la place où dormait Tarquin fût le remède onéreux mais définitif à mes courses poursuites.
S'y déverse DVD, stations de radio ou articles de presse qui viendront me procurer l'illusion d'une présence, d'une chaleur, d'une raison de ne pas fuir cet immense lit vide.
Plus tard, j'ai même réussi à y écouter quelques morceaux de musique et nouveauté, à me caler contre lui tout en lisant les pages de quelques romans où je m'endormais impérieusement entre deux phrases. Ce n'était certes pas la panacée mais je pouvais clamer haut et fort que j'avais vaincu  la guerre des cachets et quand on sait la facilité avec laquelle on vous les dispense ces pilules, ma victoire ne m'en paraissait que plus belle !

Sauf que lorsqu'un soir de juin dont la température est pourtant plutôt sereine, on se retrouve soudain recroquevillée dans le coin le plus reculé de son lit à grelotter de froid enfouie sous une couette, étouffant ses frissons dans son oreiller sans rechigner à retrouver même la douceur d'un pouce poli par des années de suçotements, sans parvenir à se contenter du ronronnement qui du chat, qui du VAIO, il est vain de se voiler la face.

Elle est parfois diablement lourde cette vacuité...

Et quand on ne parvient plus à l'ignorer le mieux est encore de se l'avouer et de l'affronter.
Alors je n'ai pas éteint mon VAIO mais plutôt que de meubler encore une fois la place de celui avec lequel j'aimerai aujourd'hui passer mes nuits, j'ai laissé James Bawman me torde les tripes et me tétaniser d'envie.
Je n'ai pas de remède mais je n'ai pas envie, cette fois-ci, d'inventer de nouvelles ruses pour y échapper.
C'est toute la différence entre sa vie qu'on construit et la mort qu'on subit.


Antonion Vivaldi — Stabat Mater — Academy of Ancient Music Christopher Hogwood— James Bawman — Stabat Mater Dolorosa - Cuius animan gementem - Oquam tristis et afflicta.


Antonion Vivaldi — Concerto in sol mineur Nisi Dominus — Academy of Ancient Music Christopher Hogwood— James Bawman — Cum dederit dilectis suis somnum.