Il y a des gens qui crient dehors.
Je ne sais même pas si c'est de dépit ou
de joie.
Et moi, je sens la terre qui s'ouvre sous mes pieds.
Je ne sais plus quoi croire.
Je ne sais plus qui croire.
J'ai l'impression que la vie n'est qu'un attrape-nigaud.
Si elle se met à briller c'est donc pour mieux me broyer ?
Jamais donc je ne pourrais croire en elle ?
Quel invraisemblable prix faut-il donc payer pour pouvoir avoir
confiance ?
Juste confiance, juste une fois, pour une fois...
Il y a des gens qui crient dehors.
Qu'ils crient de dépit ou qu'ils crient de joie n'y changera
rien.
Moi j'ai mal à hurler.
Ce billet mis hors ligne peu après avoir été posté, est finalement réhabilité, non en raison de l'actualité mais de sa présence et de son référencement dans moults agrégateurs...
A défaut d'avoir en main la baguette magique qui me fait
tant défaut aujourd'hui, j'ai fait la folie
d'acquérir ce qui me permet de capturer celle tenue par mes
enfants.
Et à l'heure où les nuages sont si bas je sais combien il m'est important cet écran que je tends devant
moi.
Moi qui ne déteste rien au monde que de rester les bras
ballants, le cœur en écharpe et le silence pour
seule attitude décente, qu'il va m'être
précieux ce prisme électronique...
Au début je pensais que c'était son
immensité qui me dérangeait.
Et puis j'ai découvert que c'était sa
vacuité.
C'était ma viduité.
Celle qu'on ne peut pas tromper.
Celle qui vous tient éveillée quand la ville dort.
Alors j'ai réalisé d'aussi loin que je me
souvienne j'ai toujours recherché, à la nuit
tombée, un souffle chaud contre lequel je pourrais fermer
les yeux.
Je me suis souvenue des expéditions folles avec Zomozygote
où chaque nuit, quasiment sans exception, nos oreillers
respectifs sous le bras, nous partions investir le grand lit des
parents tellement épuisés par nos
réveils nocturnes qu'ils n'avaient plus la force d'affronter
nos pleurs si par malheur ils nous en chassaient.
Je me suis souvenue que plus tard, au prétexte de partager
nos lectures et leurs fous rire, nous nous endormions quasiment le nez
dans le bouquin de l'autre posés si prêts l'un de
l'autre que leurs couvertures s'enchâssaient.
Je me suis souvenue que jamais je ne me suis endormie contre Tarquin
sans venir me coller à son corps tout rond, venant lui
soutirer la chaleur et la tendresse dont il était si
généreux à mon égard.
Et puis, confrontée brutalement au silence de ce grand lit
glacial, de frileuse patentée, je me suis soudain
congelée, autant de froid que d'effroi.
Alors a commencé la longue suite des stratégies
pour ne pas m'abrutir de cachets.
Au début il était si grand, ce lit, que je
refusais d'y dormir.
Durant des mois, j'ai baissé l'inconfortable
canapé devant la télé et je me suis
noyée de tout ce que mon appartement comportait de cassettes
vidéos. Quand j'avais de la chance je n'en voyais pas la fin
: Morphée m'avait cueilli avant.
Et puis, un jour enfin, j'ai affronté la vacuité de mon
propre lit, le second oreiller surnuméraire et la couleur
des draps qu'il avait choisis.
Mais seule, je ne pouvais pas.
Comme je ne voulais pas m'emparer du sommeil de mes Tarquinets pour m'y
aspirer et m'y consoler, j'ai fait une place à mon Tarquari
qui rappliquait ventre à terre dès la
première larme perlée.
Et comme cela ne suffisait pas encore, j'ai rempli mon PDA de tout ce
que j'ai pu trouver de comiques français.
Alors les écouteurs sur les oreilles, j'ai passé
en boucle tous les disques de Desproges, des Sketch de Muriel Robin ou
des extrait de Luis Rego ; jusqu'à épuisement,
jusqu'à ce que mes paupières soient du plomb que
mon esprit soit du coton et mon corps un espèce de bout de
chiffon ou ne persistait plus la moindre parcelle de
volonté. Il me fallait sombrer comme on saborde le navire.
Cependant, ce moyen là fût par trop vite
élimé : pour parvenir, dans la
journée, à mettre un pied devant de l'autre sans
ouvrir les yeux, je répétais, dès le
lendemain matin, la même opération en marchant
dans la rue, écouteurs aussi assourdissants qu'aveuglant
vissés sur les oreilles.
Alors j'ai connu bientôt chaque respiration, chaque
applaudissement, chaque hésitation et il m'a
fallût songer à de nouvelles dérobades.
Un VAIO tout chaud à la place où dormait Tarquin
fût le remède onéreux mais
définitif à mes courses poursuites.
S'y déverse DVD, stations de radio ou articles de presse qui
viendront me procurer l'illusion d'une présence, d'une
chaleur, d'une raison de ne pas fuir cet immense lit vide.
Plus tard, j'ai même réussi à y
écouter quelques morceaux de musique et
nouveauté, à me caler contre lui tout en lisant
les pages de quelques romans où je m'endormais
impérieusement entre deux phrases. Ce n'était
certes pas la panacée mais je pouvais clamer haut et fort
que j'avais vaincu la guerre des cachets et quand on sait la
facilité avec laquelle on vous les dispense ces pilules, ma
victoire ne m'en paraissait que plus belle !
Sauf que lorsqu'un soir de juin dont la température est
pourtant plutôt sereine, on se retrouve soudain
recroquevillée dans le coin le plus reculé de son
lit à grelotter de froid enfouie sous une couette,
étouffant ses frissons dans son oreiller sans rechigner
à retrouver même la douceur d'un pouce poli par
des années de suçotements, sans parvenir
à se contenter du ronronnement qui du chat, qui du VAIO, il
est vain de se voiler la face.
Elle est parfois diablement lourde cette vacuité...
Et quand on ne parvient plus à l'ignorer le mieux est encore
de se l'avouer et de l'affronter.
Alors je n'ai pas éteint mon VAIO mais plutôt que
de meubler encore une fois la place de celui avec lequel j'aimerai
aujourd'hui passer mes nuits, j'ai laissé James Bawman me
torde les tripes et me tétaniser d'envie.
Je n'ai pas de remède mais je n'ai pas envie, cette fois-ci,
d'inventer de nouvelles ruses pour y échapper.
C'est toute la différence entre sa vie qu'on construit et la
mort qu'on subit.
Antonion Vivaldi — Stabat
Mater — Academy of Ancient Music Christopher
Hogwood— James Bawman — Stabat Mater Dolorosa -
Cuius animan gementem - Oquam tristis et afflicta.
Antonion Vivaldi — Concerto
in sol mineur Nisi Dominus — Academy of
Ancient Music Christopher Hogwood— James Bawman —
Cum dederit dilectis suis somnum.
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