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mardi 28 mars 2006


Secrets de livre

Ce soir, je cherchais à livre à raconter, à rire et à caliner.
Au milieu des ouvrages en tas et en amas, j'ai ressorti l'album photo de Papa que mes Tarquinets ont annexé avec raison.
Je l'ai ouvert et son magnifique sourire m'a sauté au visage, comme s'il était toujours là avec son humour à vous dérider une veuve et une gentillesse à vous dégoupiller n'importe quel dragon digne de ce nom.
Tarquinette, sise par terre à côté de moi s'est soudainement mise alors à balbutier qu'elle ne voulait pas croire que son papa était mort.
C'est comme s'il était là. Comme s'il allait venir.
Non ma chérie, il ne viendra plus.
Mais il t'aimait si fort qu'il t'aimera toute ta vie.
Et c'est bien normal qu'on ait l'impression qu'il n'est pas parti.
Parce qu'il nous aimait tant qu'il ne nous quittera jamais complétement.

On a regardé toutes les photographies.
Une à une.
On a raconté les blagues qu'il faisait.
On a raconté ses facéties et celles que ses Tarquinets lui faisaient.
Et puis, quand plus personne ne pleurait on a fermé l'album et il a fallut enfin choisir un livre.
Alors Tarquinou a voulu "Mille secrets de poussins" de Claude Ponti.
Tarquinet invité à choisir le passage du soir a immédiatement porté son choix sur la page 632.
Dans "Mille secrets de poussins", la page 632 est juste après la page 126 et juste avant la page 364.
A la page 632, il y a le chapitre : « Est-ce que les poussins meurent ? »
« Les poussins sont des poussins de livres, ils ne meurent jamais. C'est impossible. [...] Les poussins n'ont pas peur de la Mort, d'ailleurs, ils lui font plein de grimasques »

Milles mercis à Vroumette à qui les Tarquinets doivent ce magnifique ouvrage qui nous a fait hurler de rire ce soir  selon une méthode "brise cafard" spécial Claude Ponti :
Lire à toute vitesse en articulant parfaitement d'une voix haute, claire et sonore  une phrase longue aux noms invraissemblables.
Ponctuer chacune d'elle en exigeant que vos enfants s'écrient en choeur "oui mon colonel".
Puis les sommer de déclamer immédiatement ladite phrase sous peine des pires tortures chatouillesques.
Les fous rire sont garantis mais pas l'endormissement qui s'ensuit.

Maintenant qu'ils ont rejoint Morphée, je crois que je vais moi aussi aller retrouver le monde merveilleux de Claude Ponti.
Qui sait ? Peut-être que quelque part dans ce monde il existe un Tarquin de livres...




mardi 7 mars 2006


Ligne numéro quatre

Rentrer à point d'heure car ceux qui ont la moitié de mon âge et leur propre cheval de bataille se sont mis en travers de mon train.
Traverser une gare déserte où les lumières crues n'attirent plus l'œil sur des clinquantes richesses mais sur des rideaux de fer rouillés et des chochards transis.
Reprendre sa ligne de métro, celle qu'on a arpenté quand on avait 20 ans, le soir, la nuit,  le matin, celle qu'on connaissait si bien que selon ma destination, pour n'importe laquelle de ses stations et sans jamais me tromper je ne levais les yeux de mon livre qu'une fois la rame arrêtée.
Se souvenir que certains soirs de solitude je m'y jettais comme on prend la fuite pour aller rejoindre une librairie à l'autre bout de la ville qui m'offrirait de quoi tromper mon ennui.
Voir sa station à soi, celle des premiers amours, celle où l'on rejoignait l'appartement de l'un de ses premiers amants ; celle où plus tard et parfaitement fortuitement je louais au pied d'elle un minuscule appartement.
Y passer ses années d'étude et puis aussi l'année où l'on se décide à le partager avec celui dont on sait qu'il est l'homme de sa vie. Se souvenir des baisers qu'on échangeait sur le quai, des rires qu'on y a partaé, des regards où se lisait qu'on s'aimait.
Au terminus, songeuse et triste, la quitter à regret pour attraper son bus.
Découvrir que les chevaux de bataille se partagent à tout âge et que cet autobus ne partira point. Alors maugréant d'avoir troqué ce jour-là sa bicyclette pour un TGV, cheminer à pied mélangeant ses larmes à la pluie qui n'en finit plus de tomber.