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jeudi 17 novembre 2005


Liquide vélocypédie

Certains parlent de blues ou de spleen. Moi j'ai la chiale comme d'autres auraient la haine.
Cela commence par un froid glacial ; de ceux qui vous terrassent de frissons au chevet même d'un radiateur. Et puis bêtement, au décours d'un coup de fil ou d'une lettre de transmission, cela commence à crouler, à s'écrouler puis à couler. Les yeux liquides et la voix sourde on s'aperçoit alors de l'étendue des dégâts : "non, le moral, c'est pas folichon". Alors il faut tenir, fermer les écoutilles, tenir son rang et faire semblant. Moi, c'est sur mon vélo que je baisse ma garde, trajet volé à ma vie trop remplie durant lequel je suis scrupuleusement seule. Moi c'est sur mon vélo que je chiale mes maux. J'ai la chiale comme d'autres auraient la haine alors j'y pleure comme une Madeleine. Je chiale ce que je ne confie plus à quiconque et puis tout ce que j'ai voulu dire sans y parvenir. Je chiale aussi le plaisir de ceux qui prennent tant de soin à vouloir faire du mal. Je chiale aussi ma vie et ce qu'elle est devenue, cet immense champs de ruine dont je m'interdis dorénavant de parler. Je chiale mes parents et mon mari, je leur en veux aussi d'avoir été les seuls à qui j'aurais peut-être dit combien j'ai mal. Je chiale comme un môme, comme un ouragan, comme une folle à lier. Je chiale tout ce que je ne peux plus confier à ces feuillets, tous ces silences dans lesquels je me suis claquemurée, toutes ces tristesses bien ensevelies. Quelle est lourde cette solitude sans laquelle je ne sais plus vivre.




mercredi 16 novembre 2005


Il paraît que 7 ans c'est l'âge de raison.

Ce soir, j'ai appris que nous étions le 16.
Moi, je croyais que nous étions le 15.
Le 15 c'était l'anniversaire de ma maman.
Donc hier, je n'ai pas pensé à elle puisque je pensais que nous étions le 14.
En revanche et parce que j'ai appris que nous étions le 16, je n'ai pas eu le temps d'ignorer l'anniversaire de ma fille.
Elle était à table, éperdue de paroles et perdue dans ses cheveux et moi, je la trouvais belle.
Pas raisonnable du tout mais belle !
Aussi belle que le bébé potelé qu'elle était au point de sa vie.
Et comme les souvenirs ne restent pas sagement à la place qu'on leur assigne, certains d'entre eux sont sortis du bois.
Qu'ils étaient fameux ces éclats d'hilarité qui ont présidé sa naissance.
Une puéricultrice collante et nunuche qui s'obstinait à penser que nous allions prénommer notre Tarquinette Germaine, se faisait la conservation à elle-même. A telle enseigne qu'elle ne nous permettait, pour toute intimité, que de se contenter d'échanger des regards aussi complices qu'amusés.
Les yeux vissés l'un à l'autre mon Tarquin devinait au battement de mes cils mes premières contractions. Navré d'impuissance dans cette vaste entreprise, mon mari s'emparait alors  du seul instrument qui lui soit autorisé : une vulgaire bouteille d'eau pressurisée que j'avais apportée en prévision d'une hypothétique canicule !
Émue par sa sollicitude je n'osais refuser son aide de sorte qu'à chaque froncement de sourcils je hochais vigoureusement du chef quand fusait son « un petit coup de pschiitt - pschiitt ? ».
En l'an de grâce 1998, le mois de novembre était de saison de telle façon que la température du 16 courant était, comme aujourd'hui, plutôt fraîche.
Étant par nature singulièrement frileuse, je me retrouvais après quelques aspersions frissonnante sous un mince drap d'hôpital, les lèvres bleuies de froid mais forte d'une irrépressible envie de rire.
Tarquin qui lisait en moi comme dans un livre pour enfant découvrit et partagea immédiatement le comique de la situation.
C'est ainsi qu'en attendant Germaine, bercés par un soliloque haut-perché, nous partageâmes la plus mémorable de nos crises d'hilarité : l'anesthésie à coup de pschiitt - pschiitt.
C'est peut-être pour cela qu'elle aime tant rire ma Tarquinette.
Pour tous ces rires partagés dont le souvenirs me fait encore pleurer aujourd'hui.
Bonne anniversaire ma Tarquinette adorée (je ne lui dis pas trop fort car la fête est pour samedi !)