jeudi 17 novembre 2005
Liquide vélocypédie
Certains parlent de blues ou de spleen. Moi j'ai la chiale comme
d'autres auraient la haine.
Cela commence par un froid glacial ; de ceux qui vous terrassent de
frissons au chevet même d'un radiateur. Et puis
bêtement, au décours d'un coup de fil ou d'une
lettre de transmission, cela commence à crouler,
à s'écrouler puis à couler. Les yeux
liquides et la voix sourde on s'aperçoit alors de
l'étendue des dégâts : "non, le moral,
c'est pas folichon". Alors il faut tenir, fermer les
écoutilles, tenir son rang et faire semblant. Moi, c'est sur
mon vélo que je baisse ma garde, trajet volé
à ma vie trop remplie durant lequel je suis scrupuleusement
seule. Moi c'est sur mon vélo que je chiale mes maux. J'ai
la chiale comme d'autres auraient la haine alors j'y pleure comme une
Madeleine. Je chiale ce que je ne confie plus à quiconque et
puis tout ce que j'ai voulu dire sans y parvenir. Je chiale
aussi le plaisir de ceux qui prennent tant de soin à vouloir
faire du mal. Je chiale aussi ma vie et ce qu'elle est devenue, cet
immense champs de ruine dont je m'interdis dorénavant de
parler. Je chiale mes parents et mon mari, je leur en veux aussi
d'avoir été les seuls à qui j'aurais
peut-être dit combien j'ai mal. Je chiale comme un
môme, comme un ouragan, comme une folle à lier. Je
chiale tout ce que je ne peux plus confier à ces feuillets,
tous ces silences dans lesquels je me suis claquemurée,
toutes ces tristesses bien ensevelies. Quelle est lourde cette solitude
sans laquelle je ne sais plus vivre.
Par Veuve Tarquine
jeudi 17 novembre 2005 à 22:22
Chagrine Tarquine
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