vendredi 9 septembre 2005
Cafard

Par Veuve Tarquine
vendredi 9 septembre 2005 à 21:43
Chagrine Tarquine
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vendredi 9 septembre 2005

Par Veuve Tarquine
vendredi 9 septembre 2005 à 21:43
Chagrine Tarquine
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jeudi 8 septembre 2005
Ce chauffeur ignorera à jamais qu'il a
frôlé la mort. Étranglé de
mes blanches mains sans faillir ni faiblir, sans aucune autre
pensée que celle de l'achever. Anéanti pour avoir
haussé le son d'une radio parisienne qui gueule et qui vomit
de mauvais airs dans le vent. Cochonnerie de sono qui me
déverse dans les oreilles une pauvre chansonnette
feulée par un mec qui fait rimer "histoire" et
"désespoir" sur un piano gluant façon Richard
Clayderman. De ces chansons maudites où grincent des "Je
t'aime" dans un refrain convenu.
Et moi je suis comme une conne, pétrifiée
d'émotions, la gorge trop serrée pour lui
demander de se taire, ramassée sur moi-même pour
empêcher mes yeux de se noyer, mon nez de
dégouliner et ma bouche de trembler. Échec. Je me
liquéfie.
Naufrage puis l'escalade. Celle des jours où l'on croit
qu'on va mieux et où l'on en paye le prix : Pas l'ombre d'un
mouchoir en papier dans mes innombrables besaces. Pas plus que de
lunettes de soleil pour planquer mes yeux rougis. Je n'ai pas
même l'excuse du pollen judicieusement allergène.
septembre est définitivement une saison de merde.
Je ne l'ai pas occis ce chauffeur de taxi, j'ai juste regardé
défiler Paris derrière un écran
liquide en pleurant mon mari et puis un peu ma vie. J'ai
payé l'air de rien, comme si je n'avais pas le visage
ravagé, et puis je me suis enfuie loin de ses chansons
pourries.

Toute la journée elles m'auront hantée. Ce soir
c'est jusque dans le fond d'un train corail que je planque mes pleurs,
un grand bouquet de fleurs en équilibre près de
moi, touchante attention de clients au sortir d'une cour de
province. Je surprends le regard d'un voisin de train. Je
comprends de la conjonction de mes larmes et de cette jolie
gerbe, qu'il devine une solennelle rupture, de celles dont on vous
aménage le souvenir en les agrémentant de fleurs
pour les rendre plus supportables. J'essaye de m'en amuser. Mais
ça ne m'amuse pas. J'aimerai tenir mes souvenirs au loin.
Mais je n'y parviens pas et je me fais terrasser encore une fois.
J'aurais dû l'étrangler. Encore qu'aujourd'hui,
sans mouchoir en papier, sans lunettes de soleil et sans pollen, je suis
devenue experte pour défaire ma barrette et faire un
écran de mes cheveux.
Par Veuve Tarquine
jeudi 8 septembre 2005 à 22:42
Chagrine Tarquine
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