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vendredi 25 mars 2005


Quand le passé est présent, le "je" devient "on"

Tarquin et Tarquinou

Je les regarde grandir en pensant à lui.

Curieuse sensation où je les vois perdre leur traits enfantins pour prendre qui les yeux, qui le nez, qui le rire de leur papa.

Je reconnais la courbe d'une joue, le dessin d'une oreille et même la forme d'un crâne.

Et moi, je ne sais toujours pas dire « je », j'use du « on » à foison, pronom indéfini qui me permet d'associer indéfiniment "Papa" aux prises de décisions et aux félicitations. En revanche, toute forme de réprimande ne s'articule qu'exclusivement à la première personne du singulier. « Je ne suis pas contente ».

Je leur raconte ses histoires, ses bêtises, ses drôleries, et surtout l'immense amour qu'il leur portait.

Ils rient, pleurent parfois, mais en redemandent toujours.

Le temps s'est arrêté un après-midi de septembre avec son cœur dans une chambre d'hôpital. Il reste ses histoires, ses bêtises, ses drôleries et son amour.

Il ne reste plus que cela.




jeudi 3 mars 2005


Père et fils



Ils ne se connaissent quasiment pas.
L'un a disparu,
L'autre l'a oublié.

Il ne se souvient pas de lui
ou si peu.
Et puis quoiqu'il en soit, il oubliera.

Il grandira sans lui,
alors qu'ils s'aimaient tant.

Il appelle tous les hommes « papa »
quand le sien était vraiment unique...

Ils ne le savent pas mais moi je vois.
Je vois bien qu'ils ont le même sourire
qu'ils ont le même rire,
qu'ils savent les mots pour me faire rire,
et les mots pour me séduire.

Je sais bien qu'ils ont tous deux compris que je résiste moins aux sourires coquins qu'aux déclarations de guerre.

Ils ont la même joie, et ce même génie de la bêtise.

Ils savent quérir un regard complice au lieu de récolter un éclat de colère.

Ils ont le même goût de la comédie et la même malice.

Ils ne connaissent plus mais moi je sais bien qu'ils sont père et fils.