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samedi 29 mai 2004


Douceur et peur d'une demeure

Une maison au crayon

Je ne sais si les maisons ont une âme. Je ne sais si les lieux dispensent à leur tour l’amour que leurs hôtes leur ont donné.

Je ne sais si les endroits qui ont touché du doigt le bonheur, transmettent la joie de ces années-là.

Durant ces trois jours, je vais retrouver la maison qu’aimait mon père, la maison où j'ai vu ma mère heureuse, la maison où les tarquinets riaient avec leur papa, celle où Tarquinou a fait ses premiers pas.

Je me souviens du temps où Tarquin y a connu mes parents, celui où vous étiez là, tous les trois. Le temps béni où Tarquin faisait tant rire Papa et Maman.

Comme il est loin ce temps là… et la maison est toujours là.

Papa est parti le premier, dans un gémissement d’acier, un hurlement de tôle qui ne sont rien à côté du tumulte de l’effroi et de l’iniquité. Tué par un gardien de la paix imbibé qui était censé travailler -et non picoler- la nuit durant. Peut-on rêver de pire ironie ?

Dix ans plus tard, Tarquin partait. Trois semaines après Maman s’endormait à jamais.

Et cette maison quant à elle, est toujours là, ce n’est pas vingt siècles qui me contemplent mais une infinité de souvenirs qui auraient dû rester heureux et non pas désespérés par leur brièveté…



Je vais la retrouver.
Je vais m’y affronter.
Elle m’attire et me fait peur.
Je dois dompter mes frayeurs.





mardi 11 mai 2004


Métro parisien (2) - Créteil/ Paris

deux alliances sur une chaîne

AVANCER
NE PAS PENSER
NE PAS PLEURER



TENIR
NE PAS CHERCHER A FUIR
Essayer de ne pas subir
S'accrocher
Ne pas courber l'échine
Mais ne pas jouer les héroïnes.


Ne pas sentir cette sourde détresse
Ou ne pas s'y arrêter
Penser à quelconque allégresse
Mais ne pas trop s'y absorber

Ne pas se jeter éperdue - à corps perdu
dans le lointain
pour échapper à son quotidien.



Et surtout regretter d'avoir omis de se munir de mouchoirs en papier...






Métro parisien (1) - Paris / Créteil

un oeil=

Mais qu'ont-ils donc ces nigauds à m'appeler « Mademoiselle »?. Il paraît que c'est flatteur.. peut-être avant, mais maintenant...

Maintenant quand j'entends « Mademoiselle »? hop, me voilà célibataire !

Mais moi je ne veux pas être célibataire !

Regardez mieux enfin ! je porte une alliance !

De surcroît, vous semblez l'oublier mais me voilà bientôt quarantenaire !

Ne haussez donc pas les sourcils ! Si je veux bien accroire que l'absence de maquillage me donne un air juvénile, le nombre de cheveux blanc qui orne dorénavant ma chevelure ne peut faire ignorer le nombre de mes années !

Et jouez pas avec moi à ces échanges très métropolitains de regards aussi furtifs qu'entendus !

Je ne veux pas que l'on me regarde, je ne veux pas de vos invites fugitives et éphémères à vous rendre ce regard.

Je ne suis plus capable d'une chose pareille.

Auparavant, je lancais des regards francs que rien n'intimidaient. Forte de la certitude d'aimer et d'être aimée. Vos regards m'amusaient car ils me restaient étrangers. Ils étaient destinés à une autre femme que moi.

Dorénavant, je n'ai plus la force tranquille d'être immensément aimée mais je refuse d'être CELIBATAIRE ! Je suis Veuve et j'entends bien le rester !




lundi 3 mai 2004


Sasser-doce

un bus

Il y a des jours où rien ne va plus, des jours qui succèdent à des nuits d'involontaires insomnies.

Tarquinette la pauvrette a commencé la sérénade avec des terreurs nocturnes dont elle est malheureusement coutumière puis deux heures plus tard, Tarquinou le petit bout, atteint d'une bronchite -et d'une fièvre équine- lui a succédé pour me rappeler de bénir les nuits où nous étions deux à nous relayer auprès d'eux !

Ce matin, le reveil a sonné une heure entière avant que je ne l'entende. Cela ne m'était pas arrivé depuis mes jeunes années.

Ce soir, sans être parvenue à récupérer mon retard accumulé, je vais chercher ma marmaille.

Tarquinet l'aîné à main droite, Tarquinette la minette à main gauche, Tarquinou le petit chou calé dans son porte bébé.

Nous patientons 20 minutes avant de voir deux bus à la queue leu leu se profiler au loin. L'arrêt est sur un décroché du boulevard que les autobus doivent donc emprunter pour s'arrêter et charger leurs passagers.

Mais ce soir les deux conducteurs (pourtant en service régulier) doivent être très pressés, alors l'air de rien ils poursuivent leur route sans se détourner pour honorer leur arrêt !

Parfois, dans la vie, on a des envies de RATPcide !

15 minutes plus tard enfin un bus condescend à prendre son chargement, évidemment, il est complet ! Un homme bien urbain me voyant suer sous mon fardeau se lève et m'offre son siège qu'un malotru s'attribue illico ! A la personne civile qui lui fait remarquer que j'étais destinataire de cette place, il répond un loquace "Et alors ?".

Parfois on rêve de génocide...

Hum... ce qu'il me faudrait à moi, c'est le ver sasser !

S'endormir puis se réveiller et répéter la procédure plusieurs fois. Cela ne ferait que rétablir la vérité : des journées comme celle-là seraient trois en réalité !!!




dimanche 2 mai 2004


Vieille bique par trop précoce

dates gravées dans du marbre

Je suis l'"heureuse" concessionnaire d'un caveau funéraire. J'imagine que c'est en raison de la mention de mon nom sur ces listes municipales que je reçois régulièrement du courrier non sollicité.

Dorénavant, ce n'est plus de la publicité des crèmes amincissantes pour femmes élégantes ou des laits infantiles pour bébés fragiles dont se nourrit ma boîte aux lettres.

Non, mon courrier s'agrémente maintenant des magazines à destination des castors-seniors !

On m'y parle de bénévolat, de thermalisme et de golf !

On me vante d'honéreux séjours hôtelliers dans une campagne verdoyante et bien évidemment débarassée des hordes de vacanciers qui la polluent durant les vacances scolaires.

Et -comble de l'ironie !- j'apprends même la méthode pour devenir une excellente mère-grand...

Moi j'aurais préféré la recette de la purée Mousseline pas ratée (un must, selon mes gosses mais la mienne est toujours foirée!), le nom du jeu Play Station 2 intelligent (encore plus rare qu'une de mes purées comestibles), voire la méthode raisonnée pour apprendre à mes bambins à ne pas transformer instantanément l'appartement en un méli-mélo de bordel en vrac ...

Résultat des courses, ces lectures ne me sont pas salutaires ! Non seulement je suis une grand-mère atrabilaire mais également une mère sans savoir-faire ! Décidémment être veuve en étant trentenaire est par trop précaire !