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mardi 23 février 2010


L'infidélité que l'on consomme dans les "toilettes-dames"

L'honnêteté m'oblige à vous le dire, je déverse — du moins s'agissant de mes cavalcades — mes circonlocutions sur d'autres terres...
Les gens qui me font le plaisir de passer par ces pages n'étant pas forcément friands de connaître le régime des inscriptions en ligne des courses à pied, ou des afféteries du logiciel SportTracks, cela ne m'a pas sembler constituer la moindre infidélité à ces carnets auxquels je suis tout particulièrement attachée.

En revanche, il est un billet, un billet qui à mon sens aurait pu aussi être écrit autant par la plume de Tarquine que de celle d'Aurélie. C'est donc sans vergogne et sous cette excuse absolutoire que je m'en vais m'autociter :

Qu’on se le dise, les toilettes, et davantage encore les toilettes-dames sont à l’organisation des courses pédestres ce que la numérotation est au Code civil, la pâte à choux à une pièce montée et la rime au poète : sans elles l’œuvre est gâchée !

Eu égard au peu de considération qui semble animer nos gentils organisateurs à prévoir des lieux d’aisance en nombre suffisant, il m’apparaît tout à fait indispensable de rappeler à ceux-là, les constantes physiologiques supportées par le genre humain :

* Contrairement à une idée communément reçue de nos édiles municipaux et d’une majorité d’argentiers chargés des questions d’hygiène, les Français — et a fortiori les Françaises — ont des besoins naturels ! Oui, oui, vous lisez bien ! En dépit de ce que pourrait faire accroire l’absence de toilettes dans nombre de lieux publics (mais non chez nos voisins européens ou d’outre-atlantique) les citoyens Français ont une diurèse totale quotidienne moyenne de 0,8 à 1,5 litres ainsi que des selles dont le poids moyen est de 150 g. qu’ils évacuent en se rendant 3 à 5 fois aux toilettes par jour.


(...)

L’indice “toilettes-dames”, l’éloquent révélateur de l’organisation des courses pédestres…





lundi 26 octobre 2009


le rêve de l'une...

Rêve soyeux...
Caresser les 48 minutes... Quelques 20 secondes de mieux qu'aujourd'hui. Si peu. Effilocher le temps, le réduire à sa plus petite expression " Par les temps qui courent, je vous en compte du 4'50'' au kilo. Et vous en voulez deux secondes de moins ? Les temps sont durs cependant".
Pas de rêve de grandeur... mais des rêves d'épicière donc...
Découper le temps.
En prélever une pincée, une larme, un soupir...
Rêve secret...
Tendre le pas, un peu plus vite. Encore une fois. Évidemment.
Mais ne plus s'enfuir. Arriver... Surtout arriver.
Alors respirer à grandes goulées. Oui... souffler un peu... Et puis se désaltérer, se restaurer. Simplement ? Simplement... Et goûter sa joie. Une joie brutale et dense. Être contente de soi. Sans détour ni circonvolution... Moment précieux donc... Si précieux que l'on conserve des jours durant des filaments d'étoile devant les yeux...



Rue Pierre Picard, 14 heures 30, une vitre de plain-pied qui éclaire la rue où j'accours rejoindre le Sacré-Cœur, haut-lieu de mes cavalcades. A travers celle-ci, une femme, du haut de son fauteuil tout en roues et en métal, m'a tendu un grand sourire auquel j'ai répondu avec la même couleur. Signes de la main, fugitifs mouvement de tête. Salutations aussi chaleureuses que silencieuses. Nous ne nous connaissions pourtant pas. J'ai poursuivi la route de mon rêve. De le savoir dérisoire, ne m'a pas coupé les ailes. Et c'est en pensant aussi à elle que j'ai avalé et remâché ces volées d'escalier dont je connais désormais chaque degré.






dimanche 18 octobre 2009


Vent debout




samedi 17 octobre 2009


Vers le départ, en autocar

derrière la vitre du bus



Photographie de Tarquinet







samedi 26 septembre 2009


Du saucissonnage et de l'assemblage, petit traité de taxonomie fâcheuse

D'une course mémorable que nous avions concouru en équipe, j'ai gardé un goût immodéré pour les relais et pour une attachante vidéo qu'au lendemain de l'épreuve, notre seul équipier — ses compères étant toutes féminines—  nous avait adressée. La vidéo reflétait un peu l'état dans lequel nous étions après deux jours de course et nous nous en amusions. J'ai compris après avoir cavalé 42 bornes et quelques mètres que ce n'était vraiment qu'un tout petit peu... et comment quelques banales marches d'escalier deviennent, pendant deux jours, aussi engageantes que la face sud du K2.

Qu'à cela ne tienne, il ne me faudrait pas perdre mes acquis au prétexte de pantoufler au coin du feu : dans quinze jours je parcourerai la moitié de la distance, avant de passer le relais pour une distance identique à ma zomozygote de triathlète — et ci devant championne de Champagne Ardennes, je vous prie !

A former un duo avec une frangine de cet acabit, je redoute de lui faire monter le rouge au front ! Bref, point de salut pour mes quadriceps encore tout souffreteux (je ne me méfierais jamais assez de ces descentes qui réduisent les fibres musculaires en confettis !) fractionné court, sortie longue, j'ai repris sans patience les grandes heures des préparatifs pré-compétitifs... pour bientôt geindre piètrement. Fi des belles foulées me voilà bientôt claudiquant façon "zozozygote pygopage"... Acharnée d'entre toutes, je croyais avoir trouver l'esquive en l'usage du génialissime collant skin dont je confirme la redoutable efficacité ! Certes, boudinée façon jambon dans son filet, mes cuissots ont non seulement pu continuer à sautiller sans être assaillis de cuisantes douleurs, mais au lendemain de mes stakhanovistes séances, ils se sentaient plus fringants que la veille les bougres ! Résultat des courses, même saucissonnée de mailles techniques, et sous peine de me voir infligée un bref mais impératif élancement, ma gambette gauche refuse désormais d'enchaîner la moindre foulée...

Je vois bien le coup venir... Réunies en duo dans à peine une petite quinzaine, nous allons donc former, en quelque sorte, une espèce rare d'iléadelphe... Elle va être fière la zomozygote, tiens !




dimanche 20 septembre 2009


Semelles et cloques

Pieds enrubannés



quelques pas plus tard...
(photographie de mon amoureux)




Deux ans et demi à glisser des semelles au fond de mes runnings, cela me fait la plus belle collection d'ampoules dont on puisse rêver... Des petites cruelles, des grosses lancinantes, et même des sournoises qui s'insinuent jusque sous leurs consœurs déjà cuisantes. Mais attention ! Elles sont pudiques ces cloquinettes et jamais elles ne dévoileront à l'entraînement... non elles attendent le jour J pour fleurir brusquement comme ces coquettes qui ont besoin d'un public pour s'épanouir...

Je me souviens d'un retour de course où Tarquinette n'en revenait pas de me voir rentrer chez nous en chaussettes sous la pluie, ma paire de chaussures à la main.

La plus belle performance que j'ai réalisée dans ce marathon, c'est de le terminer en ne présentant qu'une petite ampoule sous chacune de mes plantes de pied. Haut fait qui m'a demandé une préparation quasiment aussi minutieuse que celle qui m'a dictée allures et kilomètres durant dix semaines.

Je vous livre le truc. On se sait jamais après tout, peut-être qu'un jour il vous prendra brusquement l'idée de cavaler comme un dératé pour annoncer qu'Athènes à vaincu les perses !

  • Chaque soir durant trois semaines, se badigeonner la plante des pieds de jus de citron mélangé à quelques gouttes de d'huile essentielle de camphrier.
  • Hydrater au matin si  besoin est.
  • Quatre jours avant l'épreuve déposer sur chacune des plantes une épaisse couche de henné. Enrouler vos pied dans du film transparent puis un sac plastique pour préserver la couleur de vos draps : il faut passer la nuit avec cet onguent. Je ne saurais trop vous conseiller de ne pas inviter, pour cette nuit-ci,  votre amoureux à partager votre couche... déjà usé par vos discours mono-maniaques et la longueur de vos entraînements, il risque de vous surprendre en adoptant une allure de sprinteur pour prendre la poudre d'escampette !
  • Continuer avec le jus de citron jusqu'à la veille de l'épreuve,

Et juste avant d'enfiler ses chaussures :
  • Nettoyage minutieux au savon.
  • Passer un coton imbibé d'éther sur chaque plante de pied (pour enlever le film d'hydrolipidique afin que les pansements adhèrent mieux)
  • Faire chauffer au sèche-cheveux un pansement anti-ampoules (oubliez les compeed et les urgo de tout poil, en prévention épitact est d'une qualité cent fois supérieure)
  • Une fois ledit pansement posé, frotter sa face extérieure avec du talc (afin de réussir à le décoller ensuite : il est réutilisable et je ne m'en prive pas)
  • Recouvrir ensuite la plante de ses pieds d'une bande élastoplaste de grande largeur. En en découpant deux tronçons d'une quinzaine de centimètre pour ne pas recouvrir le dessus du pied et être trop à l'étroit dans ses chaussures.
  • Enfin, badigeonner ses orteils avec de la vaseline (je refuse de mettre de la nok chantée sur tous les tons dans les forums mais dont la composition me convainc de la tenir loin de mon épiderme)

Voilà, le plus surprenant reste qu'en dépit de ce pointilleux protocole, elles sont parvenues, certes non sous le pansement anti-ampoules qui protège le point névralgiques de leur terrassantes attaques, à éclore une fois encore. Si vous détenez un moyen plus efficace encore pour les éradiquer, je suis toute ouïe...




mercredi 16 septembre 2009


Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage *

Quand le bang a claqué, j'étais, insouciante, penchée sur un lacet multirécidiviste du filage à l'anglaise. 400 mètres plus loin, décidément gauche, j'ai décroché par mégarde celui que j'appelle — ensuite d'une défaillance coupable dans un dix bornes caniculaire — " Crashipode " lequel dans un poignant vol plané s'est retrouvé projeté exactement sous ma semelle droite qui, en ce départ endiablé, frappait l'asphalte à toute volée...

Crashipode, quolibet Ô combien immérité si l'on sait qu'il a, malgré ce traitement imposé, jusqu'au bout de ces quarante deux mille cent quatre vingt quinze mètres, battu en mesure le martèlement sur le sol de son bourreau de semelle...

dans ces vallons qu'on trouve encore charmants, bientôt dans ces descentes où l'on se lance éperdue pour "refaire" son temps perdu, dans les moments d'allégresse qui précèdent ceux où le doute s'installe ;

au moment où, en franchissant la ligne du semi j'ai exactement lu un "deux" et deux "zéro",
à ce moment précis où je me suis dit que je changeais de monde en m'étonnant d'avoir si bien réglé mon allure,

dans les moments où l'on pense aux siens, ceux qui sont là et les autres ; ceux qui ne sont plus.

Aucun d'entre eux ne le savaient mais dans Crashipode le mal nommé, il y avait une plage pour chacun. Un air où l'émotion m'étreignait. Le rire d'un petit dernier, une chanson partagée en 1992, une comptine ... Quelques minutes près d'eux, quelques minutes loin de ce temps que je me faisais défense d'égrainer. Un espace où se rencogner, chauffer son âme à leur amour. Un air pour reprendre son souffle. Quelques notes qui font monter les larmes aux yeux et puis reprendre courage et bientôt allonger le pas.

Trentième kilomètre, le mur se dresse brutalement. J'étais prévenue et je fais le dos rond en attendant que cela passe. — troisième mouvement d'un concerto pour violon de Vivaldi ; mesure à trois temps ? fichtre je ne saurais le dire... — Cinq cent mètre plus loin, la muraille est franchie, c'était donc un muret. Tant mieux.

Crashipode, bruyant pourtant lorsqu'il couvrait par trop les réconfortants encouragements que me dispensait sans compter mon amoureux en me tendant une gourde préalablement remplie de grenadine — douceur héritée de l'enfance qui me fait, dans l'adversité, office de "doudou". Peu m'importe Crashipode, j'ai lu les mots sur ses lèvres. Et ce n'est pas le breuvage qui m'est allé le plus droit au cœur...

Les mots, des mots qu'on annone à soi-même quand le mal s'installe. Kilomètre 35, une putain de côte. La énième mais la première que je doute d'achever en courant ; et puis la descente où l'on comprend que l'on ne se refera plus, la descente où chaque pas devient souffrance, où la violence des impacts contre le sol vous plante une volée d'aiguilles dans les cuisses. Le temps où l'on ne sait plus du tout s'il est ternaire ou binaire. Le temps où l'on serre les dents. Le temps que l'on décide d'ignorer. Le temps où plus comptable de ses forces que du chrono on choisit délibérément de monter celle-là en marchant et en se restaurant. Et puis où l'on recommence un peu plus loin parce que la douleur est trop forte, parce que chaque foulée est une souffrance. Et puis l'instant où l'on décide que l'on finira — et pas en marchant— et où la seule chose que l'on se répète c'est "Tu lâches rien. Tu lâches rien . Tu lâches rien" en se foutant bien de courir en mesure. Jusqu'à la fin. Plus que 800 mètres ; lui qui m'attend et bientôt partage mes foulées, alors talonnée par deux compagnons d'infortune qui m'alignaient dans le viseur, trouver, quand nous étions tous les trois sur la même ligne, les pattes pour faire grimper la cadence et ne rien lâcher de mon temps...

Quatre heures et neuf minutes, huitième des dames par la grâce de son relief qui décourage les performances et l'absence de primes qui en détourne les plus empressés à les chasser. Je sais bien que ce n'est pas une prouesse. Mais c'était le premier, je l'ai arpenté sur la terre de mes ancêtres et j'ai le sentiment que ce faisant, je ne les ai pas trahis...

Merci à Antonio Vivaldi (57 mouvements issus principalement de ses concertos pour violon) à Jean Sébastien Bach (et ses divines passions) à Mozart (et son requiem), à Telemann (concertos pour hautbois), à tous les autres qu'il serait trop long de citer mais qui se reconnaîtront peut-être depuis l'endroit où ils reposent désormais.

Enfin, pour sa patience qui a accompagné la longue préparation précédant ces quelques heures, pour son constant soutien, son endurance à supporter mes monomaniaques jacassements, son inconditionnelle confiance au cours de cette épreuve, je remercie plus que jamais mon amoureux.



*Ce billet est dédié à Ulysse, chien épris de liberté et de pérambulation et qui dans le silence des chemins de Haute-Loire a, maintes et maintes fois, partagé avec moi l'incomparable plaisir de cavaler à corps perdu.




jeudi 2 juillet 2009


Trophées et postérité

Des prises de mes cavalcades, je faisais des piles turbulentes et colorées au fond d'un placard trop étroit pour elles : "Non Madame, pas de small, il n'y a que du large !" Mais moi, avec un mari grand format, j'avais déjà tout ce qu'il fallait pour jouer à cache-cache dans un tee-shirt ! Alors, j'empilais soigneusement en prévision des prochains grands travaux de peinture que requiert — urgemment ! — mon appartement...

Et puis, avec l'accroissement du nombre de femmes dans ces dominicales suées, la taille des tricots a fini par prendre la mesure d'icelles. Alors, chez moi j'ai ramené du "S", des "S" en mauvais coton chamarrés du patronyme du boucher et du logo tape-à-l'oeil de la concession KROSS TOTO, des "S" bleu canard ou vert olive, des "S" façon "XL" et le plus rare : le "S" de récup ! : celui d'un semi-marathon prestigieux distribué généreusement par les organisateurs d'une course miteuse !

Et puis sont venues les mailles techniques, celles qui vous mettent à sec sans, pour le coup, vous ruiner et que j'avais des remords à enterrer après leur tour réglementaire sur le dessus de la pile.

Un jour de septembre où l'on m'avait remis, avec un record fraîchement éclos, un beau chandail d'une qualité irréprochable, je l'ai lancé à mon aîné persuadée que le vêtement me reviendrait dans la minute par le même chemin.

Que neni. C'était juste le premier d'une longue série qui ne s'entasse plus dans mon armoire mais dans ses placards ! Désormais il arbore toute l'année et par quasiment tous les temps le nom d'une course qu'il n'a pas courue ; foulées parisiennes, boucles faubouriennes, qu'elles qu'en soient la distance, rien ne lui fait peur ! Il m'a même raconté, très fier de lui, avoir croisé à Maroilles, un "faux" frère de suée...

L'affaire est devenue un rituel. Lui... lui à qui je n'ose acheter le moindre vêtement trop certaine de ne pas comprendre les subtilités d'une mode ado que je ne suis pas même capable de déceler dans sa mise ! Lui s'enquiert dés mon retour du tribut que je rapporte et s'en revêt incontinent sans barguigner ! C'est donc avec un brin de tendresse que je m'apprête à devoir bientôt changer la taille de mes prises... La prochaine fois, je crois que c'est un médium que je demanderai... "un médium, Madame ?" "Que voulez-vous mon cher monsieur... avec l'âge on s'étoffe !"




dimanche 19 octobre 2008


Un semi, deux plombes et trois athlètes.

C'était le premier alors je n'avais aucune idée de ce que j'y trouverai. Des culottes courtes, il y en avait beaucoup ; mais de cela je me doutais... Il y avait un grand soleil aussi. Alors j'ai un peu regretté qu'un numerus clausus régente les éponges. Tant pis, pour me consoler, j'ai tapé dans toutes les mains qui se tendaient ! Certaines étaient si petites que j'avais peur de les chiffonner ! Comme dans le doux souvenir que j'ai de San Francisco où je voyais ces enfants d'un autre continent encourager les fuyards d'Alcatraz... Et puis je dois concéder qu'un curieux sentiment m'a envahie en traversant le stade de France, une vraie tendresse... en avisant ces immenses gradins vides d'où s'échappaient des hourras déversés d'une sono bienveillante ! En septembre j'avais pour dessein de finir la saison en mettant deux plombes au semi. Il va me falloir modifier mes objectifs... les deux plombes je les ai prises aujourd'hui ! Deux plombes et 50 secondes ! Il y a des milliards de gens qui courent plus vite que moi mais cela ne gâche rien à mon bonheur ! Heureuse j'étais. Heureuse je suis. Heureuse d'avoir convaincu, une borne avant l'arrivée, un original bavard et pour l'heure au point mort d'embrayer de nouveau et de reprendre sa course. Je ne comprenais pas bien son accent mais on s'est encouragé mutuellement. Et puis au finish il a accéléré avec moi et on a cavalé comme des dératés ! Je n'ai pas mis deux plombes et une minute. Non deux plombes et cinquante secondes. Et d'être restée sous la minute surnuméraire, je crois que je le dois à celui-ci, celui-ci à qui je n'avais jamais parlé et à qui je ne reparlerai sans doute jamais plus...

Un seul regret et un grand : que sur le tee-shirt de la compétition, sur les trois coureurs qui y sont représentés il n'y a pas l'ombre d'une femme... Nous étions pourtant nombreuses. Rien qui ne justifie qu'on oublie ainsi celles qui payent pourtant leur droit d'engagement comme les autres...




lundi 15 septembre 2008


L'hirondelle et le limaçon (et vice versa)

Pendant que je tressaute en culottes courtes parvenant à courir six bornes plus lentement que lorsque j'en couvre le double, la frangine elle bondit, elle vole et bientôt elle plane...
Première la belle !
Première de sa catégorie !!
Je vous préviens : si vous passez à moins d'un mètre de moi, vous saurez tout de sa course, et puis de sa première trottinette — laquelle était rouge et augurait bien des victoires... — de sa première dent — qu'elle avait mauvaise, preuve s'il en est de son esprit combattif... Bientôt je vous ferais accroire que sa victoire est la mienne ! Moi, moi qui le même jour, gros limaçon empesé, découvrais l'insigne épreuve de courir sans plaisir...





Les "parisiennes" de France Choroïdérémie

La fine équipe de France Choroïdérémie pour la Parisienne

Parisiennes, certaines ne le sont que pour un jour.
Mais depuis des années !
La cause aux modifications de programmes, la cause à la vie, la cause à... nous étions moins nombreuses qu'il y a un an. Mais pas moins motivées !
Et toujours en vert les donzelles !
Un beau vert turbulent sur lequel s'assied un nounours devenu aveugle.
"Rien que pour voir"
Et elles ont bien couru les gazelles ! (heu... sauf moi : pour l'occasion j'avais chaussé mes jolies semelles de plomb !)
Toutes leurs photographies sont ici.

France Choroïdérémie dont nous portions haut les couleurs a pour but de faire connaître cette maladie, de rapprocher les personnes malades et de réunir des fonds pour mener des programmes de recherches.

Il n'est donc pas interdit de parler d'elle...

Et ce n'est pas sans une certaine ironie que je tiens à remercier les magasins DÉCATHLON grâce auxquels nous cavalons désormais équipées de tee-shirt techniques ! ... Preuve s'il en est que toutes les enseignes de sports ne soigne pas leurs clients d'une façon identique...




samedi 21 juin 2008


Le très very good job de nineteen fifteen

départ à 5 heures du matin

A 5 heures, lorsque je l'ai vue partir dans la nuit, un numéro sur son cadre de vélo, l'air inquiet et résolu à la fois, j'étais déjà convaincue qu'elle ferait bien mieux que de se mettre à l'abri du ridicule.
Sur le site, après l'avoir rejointe "pedibus jambis que" c'est de loin que je l'ai vue préparer son barda.

ligne de vélo sur le site du triathlon

A sa place il y avait écrit le même numéro que celui qu'arborait son cadre. Quelques numéros plus loin un athlète futé avait accroché un ballon gonflé à l'hélium. Lorsqu'au sortir du Pacifique, elle reviendrait chercher son vélo au milieu des 1.999 autres, j'espérais qu'elle se souviendrait de cette sphère argentée qui flottait joyeusement dans le ciel.
Elle est montée dans un car avec Xavier, sa cagoule sur sa tête, sa combine sur le corps et son numéro à peine visible.
Je l'ai alors attendue longtemps. Le temps de voir celle qui sera la première de l'épreuve accrocher son tube de ventoline sur son cadre, le temps de voir le champs se vider des humains aux bonnets de bains aux couleurs vives (une par tranche d'âge). Un café, un banc où l'on papote, la tension qui monte, et puis on en revient toujours à ce champs plein de numéros, encore de vélos et de chaussures prêtes à être enfilées. J'ai bientôt perdu ceux avec lesquels j'attendais. J'ai alors rencontré d'autres Français que je me suis dépêchée de fuir (il faudra que je vous raconte un jour ma sainte détestation des parents idolâtres et qui n'ont de cesse de vous assommer des exploits de leur progéniture !) Mon précieux et fidèle Canon me tenait suffisamment compagnie. La lumière était belle. Je rêvais que ce pâle soleil naissant réchaufferait peut-être cette mer encore grise et dont je savais la température glaciale. J'ai su plus tard qu'elle était à 13 degrés. Et aussi que sur le bateau à aube que je voyais voguer au loin la prière avait été faite à voix haute. Et puis aussi que l'hymne américain avait retenti.
C'est encore loin l'Amérique...
Deux lignes de petits bateaux, c'est cela que j'ai vu en premier. Deux lignes de bateaux qui avançaient lentement. Et puis comme des dauphins que l'on voit au loin, des gerbes sont venues griffer la surface de la mer. Des milliers d'éclaboussures et tout autant de têtes, de bras ou de pieds qui nageaient à quelques kilomètres de nous.

ligne de nageurs vers Alcatraz

Je ne la lâchais plus des yeux, cette vague écume. Je la fixais intensément me répétant qu'elle était là ma précieuse frangine. Quelques hectomètres. Oui, elle y était maintenant. Et moi au bord je ne savais que répéter in petto "Fonce !" "Fonce ma belle !!", "Vas-y ma cocotte" "Sois fière, fière de toi" Fonce fonce championne !" Un joli temps, un joli temps juste pour avoir des ailes ensuite. Surtout aucune déception qui te gâcherait ton plaisir, qui te plomberait ta course... "Fonce fonce ma jolie". Bientôt quelques décamètres, je ne sais pas si les encouragements et les émotions sont conductibles dans l'eau salée mais si la réponse est positive alors ma ferveur a bien dû lui faire grignoter quelques mètres...
Quand la mer s'est faite plus calme le Canon en proue je me suis postée à la fin de la transition, juste avant qu'elle ne récupère son vélo. Le premier que j'ai vu passer était un Français dont je venais d'apprendre le nom — cocorico ! — et derrière lui beaucoup d'hommes évidemment . Et puis quelques femmes. Je regardais ma montre, je calculais en fonction des tranches d'âges que je voyais défiler sous mes yeux. Encore un coup d'œil au cadran, j'en étais à calculer qu'elle n'arriverait pas avant 5 bonnes minutes lorsque j'ai d'abord aperçu le gris de sa "tri-fonction".

Fin de la transition

Interloquée, sans oser y croire. Quand j'ai réalisé que c'était bien elle je me demande encore comment, submergée par l'émotion comme je l'étais, j'ai réussi à prendre une photo ! J'ai hurlé des encouragements, et surtout, ce qui était vrai, qu'elle était super bien placée! De loin je l'ai vu s'emparer de sa bicyclette, les chaussures coincées sur les cale-pieds prêtes à être chaussées et s'envoler pour 30 kilomètres qui n'avaient rien d'une balade de santé ! Et le cœur battant j'ai foncé au stand du chronométrage baragouiner dans mon charabianglais... oui... je n'avais pas rêvé...elle avait mis plus de 10 minutes de moins que le temps qu'elle m'avait annoncé dans les jours précédents !
Alors j'ai déambulé sur le site en me disant qu'elle était "dingue de chez dingue"... Et en repensant au jour où, il y a très longtemps, j'avais encore un papa et je regardais même la télévision... J'avais vu des images d'un triathlon. Découvrant ces trois disciplines et connaissant les prédilections de mon sportif de père, je lui avais immédiatement demandé pourquoi donc il n'en avait jamais concouru. Sa réponse a fusé : "parce que cela n'existait pas... pourtant qu'est-ce que j'aurais aimé cela..." Et, car l'homme n'était pas modeste, il a ajouté, "j'aurai été bon en plus ! ". C'est à cela que je pensais en déambulant sur le site et à l'immense fierté qu'il aurait ressenti. Je savais ses mimiques, ses silences, ses mains qui se frotteraient, ses yeux qui déborderaient d'émotion (et puis non je ne vous le ferai pas ce billet sur les parents idolâtres...)

Arrivée de l'épreuve de vélo

A l'arrivée de son parcours cycliste, elle avait l'air fraîche comme un gardon. Et le sourire qu'elle m'a lancé en disait long sur ce qu'elle vivait. Oh oui elle était bien dans sa course... Un sourire par lequel je savais son bonheur. Il m'était tellement visible que c'était son moment à elle, son jour, sa course, celle si belle qu'elle n'avait pas laissé lui échapper. Je ne sais plus bien comment j'ai fait pour ne pas me briser les cordes vocales. Je sais juste que je me suis postée là où j'allais la voir arriver de loin, le Canon toujours en bandoulière, je me suis casée dans une belle place que m'ont faite ces san-franciscains qui encourageaient chaque concurrent. Moi je me sentais gourde avec mon anglais balbutiant, alors je restais là, plantée sans rien dire. Ils sont passés des champions, certains ventolinés même et qui ne l'étaient plus à mes yeux, ils sont passés des bagnards, des visages où bien plus que la souffrance se lisait leur bonheur.

Arrivée d'un bagnard

Et puis je l'ai vu elle, alors j'ai vociféré des bravos, des vivas et tout plein de charabia français. Et la belle, la championne qui s'était battu pendant presque 3 heures, avait encore l'énergie de m'envoyer le plus beau des sourires et de lever le bras encore une fois. Et ils m'ont tous souri ces ricains bien bâtis, contents d'accueillir des étrangers dans leur beau triathlon. "It's a good job nineteen fifteen ! It's a good job" Oui un very good job my sister !! Voilà, j'étais juste éperdue d'admiration. Je le suis toujours d'ailleurs... Mais s'il vous plaît ! N'allez pas lui répéter !

Arrivée de ma zomozygote



samedi 14 juin 2008


Les photographies de la balade de Riquet.

Les photographies de la Balade de Riquet sont en ligne.




samedi 17 mai 2008


Quand on arrive près d'une écluse

L'arrivée près d'une écluse



jeudi 15 mai 2008


Les cinq équipes de France Choroïdérémie

Les équipes de France Choroïdérémie à la Balade de Riquet

Hein que nous étions beaux, non ? Vous ne voyez pas comme nous étions heureux ?
Nous étions cinq équipes à courir sous les couleurs de France Choroïdérémie.
25 coureurs... j'en ai même retrouvé un que je n'avais pas vu depuis 20 ans... Sans compter tous ceux que j'ai découvert et que je suis sûre je reverrai de nouveau.
Bravo à Marc, Pascal, Jean-François, Ghislain et Raphaël qui ont terminé 13ème au classement général avec une moyenne de 14,47 km/heure (... sur une distance totale de 181,1 kilomètres, je vous promets que cela fait une sacrée performance...)
Et puis surtout bravo à tous, oui à tous sans exception.
J'étais très fière de porter les mêmes couleurs que les vôtres...
Celle d'une association qui me tient tant à cœur.
France Choroïdérémie... à mes yeux, on ne prononce jamais trop son nom !

Et puis pendant qu'on en est aux remerciements, je voudrais remercier l'enseigne Décathlon qui nous a permis de courir, à moindre prix, aux couleurs de France Choïdérémie. Remerciements d'autant plus sincères que j'avais été en son temps particulièrement offusquée de l'attitude de Go Sport qui, pour ne pas répondre à une lettre où je sollicitais que le geste que l'on me proposait bénéficie à France Choroïdérémie s'était empressé de m'adresser un chronopost inepte... Un grand merci également, pour la saveur divine de son mélange de fruits secs, au magasin Biocoop de Clermont l'Hérault... le petit Jésus en culotte de velours, son mélange, vous dis-je !!




mercredi 14 mai 2008


"France Choroïdérémie III", c'était mon équipe à moi !

Tout a commencé par une petite phrase prononcée au bord du bassin de la Villette, il y a six mois de cela. Une phrase de Marie-Cat, celle qui ferait courir un arbre s'il le fallait... La petite phrase a fait son chemin et en novembre elle s'est faite plus pressante : "si tu y vas, j'y vais" m'a dit son frangin. Alors la petite phrase s'est faite refrain. A l'an nouveau, Zomozygote m'a dit : "moi j'en suis !". Alors je n'ai pas réfléchi bien longtemps : la petite ritournelle s'était transformée en un tube à succès depuis un moment déjà. J'ai juste tapoté quelques mots sur mon clavier "Et bien nous irons donc de conserve !".
Aligner quatre courses sur deux jours quand on part à peu près de zéro c'est comme de regarder le Mont Blanc depuis l'autoroute... même quand on l'a sous les yeux on sait que ce n'est pas le même monde. Alors pour tenter de l'approcher on a beaucoup cavalé, entraînement après entraînement, course après course. On s'est beaucoup écrit, on s'est encouragé. On s'est tout un peu surpris d'y mettre tant d'allant.
Et puis on a pris, qui l'avion, qui le train, qui la voiture et on s'est retrouvé quelques heures avant le départ. Pour certains c'était la première entrevue, pour d'autres l'aventure avait commencé vingt-cinq ans plus tôt, à l'époque c'était la musique qui nous réunissait.
Le reste est indicible. Ou presque.
Le reste c'est le canal du midi à perte de vue, à perte de souffle, à perte de force.
Ce sont les mains qui se tendent et dans lesquelles on frappe en clamant "Fonce fonce !!"
Ce sont les bras qu'on tend en criant "Bravo Championne !"
Ce sont les sacs qui débordent dans la voiture qui nous mène rejoindre celui ou celle qui court. C'est la carte étalée sur les jambes trop dures. "38 minutes qu'il est parti, il ne faut pas se perdre..." C'est le regard que l'on lance derrière à celle qui le relayera, "Ca va ? Tu es prête ?" Ce sont les litres que l'on boit, ce sont les ampoules que l'on soigne, ce sont les faims dont on n'imaginait pas qu'elles puissent être si impérieuses et si gigantesques.
Quatre course chacun, celle où l'on dépasse les péniches, celle où l'on souffre, celle où l'on s'étonne d'aimer encore cela, et la plus belle, celle que l'on finit en pleurant.
C'est la plus belle aventure qui m'est arrivée depuis des années.
A l'arrivée, pour le 500 mètres final et en équipe,  nous étions quelques uns à courir un bandeau sur les yeux. Un bandeau pour signifier que d'aucuns perdent la vue et que "rien que pour voir" France Choroïdérémie était venue.
Sur mes yeux il y avait un bandeau noir et c'est tant mieux parce que cela m'a permis de planquer mes larmes.
Je n'avais pas bien envie de la quitter ma belle équipe...



Marie-Catherine
Marie-Cat


Benoît
Benoît


Patricia
Patricia


Marie
Marie... la Zomozygote


Aurélie
et moi...





vendredi 9 mai 2008


France Choroïdérémie, la belle équipe que voilà...

Il n'est de plus belles victoires que celles que l'on partage.

En 1992, je connaissais rien au biathlon. Pourtant, une après-midi, quand je me suis plantée devant le poste pour regarder les JO d'Albertville (les Jeux Olympiques constituent la seule exception que je fais à mon insurmontable aversion pour la télévision), je n'en ai plus décrochée. C'était un relais féminin, je n'y connaissais rien mais c'était la plus belle victoire que je n'avais jamais vue. Mesdames, quand l'or a illuminé vos visages pourtant défaits sous l'effort, j'étais tellement émue que j'en ai versé des larmes de joie.

Il n'est de plus belles victoires que celles que l'on partage.

Samedi et dimanche, nous ne remporterons aucune médaille. Sauf que je vais faire l'épreuve la plus difficile que je n'ai jamais réalisée. Et surtout que jamais je ne me serais cru capable de faire une chose pareille...

C'est avec les couleurs de France Choroïdérémie que je vais cavaler. Je vais le faire avec des amis de toujours et j'en suis très fière !
Nous serons 5 et nous allons parcourir 191 kilomètres pour rallier Toulouse à Béziers.
Nous serons trois fois cinq et nous allons parcourir 574,2 kilomètres en trois équipes de cinq pour rallier Toulouse à Béziers.

France Choïdérémie.
C'est pour que l'on se souvienne de ce nom et que l'on connaisse cette association que nous le faisons.
Je vous raconterai sans doute les pas qui n'en finissent plus sous la pluie, et puis aussi l'émotion de la main qui se tend et qui en une tape vous donne le relais pour que l'on continue à avancer, que l'on continue à se battre. Juste pour terminer ! Et puis les encouragements qu'on prodigue, l'effort que l'on poursuit, non pas pour soi mais parce que les autres sont là, avec vous.

France Choroïdérémie
Il n'est de plus belles victoires que celles que l'on partage.

On ne rapportera pas de médailles.
On s'en moque.
C'est pour elle qu'on le fait.
Rien que pour voir.

France Choroïdérémie.
Savez-vous le dire ?
Essayez ! Vous verrez, ce n'est pas si difficile que cela à prononcer.
France KO-RO-I-DE-RE-MI
Vous entendez, ce sont presque des notes de musique...
Vous avez réussi ?

Et bien voilà, maintenant vous pouvez continuer !
Parlez, parlez de nous.
C'est pour elle que l'on se bat.

Il n'est de plus belles victoires que celles que l'on partage.




dimanche 13 avril 2008


Quand le tabac vous donne des ailes pour courir...

Projet du jour abouti... 53 minutes.
53 minutes et un immense merci au buraliste du 58 avenue du Général de Gaulle ! Sans lui je n'aurais jamais pris le départ en laissant papiers, CB et téléphone dans un algeco ouvert à tous vents... Pas de consigne. J'ai pu ainsi mesurer combien nous étions peu à venir cavaler en solitaire...
Merci Monsieur du Tabac, merci de de votre gentillesse et d'avoir accepté de vous encombrer du sac d'une parfaite inconnue. Grâce à vous, c'est bien plus légère que j'ai pris le départ et mené à bien ce projet... descendre sous les 55 minutes !
Et pour ne rien vous cacher, j'étais tellement déconfite de cette absence de consigne que j'en avais perdu mon dossard, lequel fût heureusement retrouvé quelques minutes avant le départ dans ledit algeco...




samedi 5 avril 2008


La neige et l'estate - Concerto pour violon, cordes & continuo en sol mineur

Demain, j'irai courir toute seule. J'ignore pourquoi j'ai tant de mal à comprendre que c'est vraisemblablement ce que je fais le mieux... avancer seule.

Une ou deux facétieuses giboulées de neige axonaises devraient — encore une fois — me tenir compagnie.

Parfaite illustration de la température de mon myocarde en début de printemps.

Et encore une fois se déversera Carmignola dans mes oreilles...

Vous ai-je dit qu'en ces jours présents, nul autre homme ne fait battre mon cœur aussi fort que son archet ?
Vous vous imaginez à quelle vitesse je cavale quand s'élève, si hardie que presque indécente, l'interprétation qu'il imprime au troisième mouvement de l'été ... presto !

Je palpite, je frissonne, je m'envole... Je tends les bras et le monde est à moi.

Oui, demain j'irai courir et une heure durant j'aurai le droit de croire que je peux encore aimer.

Quant à ce qu'on puisse m'aimer, la chimère est bien trop cuisante pour que je lui prête flanc...



Nota bene : Il n'y a aucune forme de tristesse dans ce billet... mais qu'un évident constat.
un myocarde de glace vous dis-je...




dimanche 30 mars 2008


Fouler... le pavé, par exemple.

Détail de l'affiche pour la course
Détail de l'affiche — bidouillée — de la vivicitta



Allonger le pas, passer son chemin, avancer, continuer.

J'ai chargé dans mon "lilipode" la compilation "longue cavalcade".
Un coup de pistolet plus tard, j'avais oublié le reste du monde.

Allonger le pas, passer son chemin, avancer, continuer.
A tout prix.
Avec le sentiment de n'avoir d'autre choix.

Continuer, ne pas s'arrêter.
Oublier les fâcheux, oublier les taiseux, oublier les frileux.

Allonger le pas, passer son chemin, avancer, continuer.
A tout prix.
Sinon je ne serais pas là. Sinon je ne serais déjà plus là.


Allonger le pas, passer son chemin, avancer, continuer.
S'imaginer une heure durant que la vie se résume à cela.

Se serait si facile...




lundi 24 mars 2008


La très sarcastique intempérie axonaise

Crépuscule axonais

Crépuscule axonais

J'ai oublié tous les sentiers, petits chemins boueux où j'allais salir mes pointes tous les dimanches matin. Alors j'ai peur de m'y perdre dorénavant. Oh je n'ai pas peur du loup — pas plus que des araignées, du noir ou de grand chose je dois dire. Mais comme courir ne veut pas dire détaler et que partir, n'est pas s'enfuir : il me faut surtout revenir vite auprès d'eux. Prodigieusement forte de ces improbables souvenirs, je me fourvoie souvent. Je vais puis je reviens ; j'hésite et puis je vire. Exercices d'autant plus hésitants que j'ai les fessiers délicats ! Il n'est pas question pour moi de cavaler sur le macadam : quelques pas de trop sur le bitume et me voilà réduite à soigner d'interminables et cuisantes tendinites...

Au mois de décembre dernier pourtant alors qu'une ribambelle de marmots plus vivants les uns que les autres avait envahi la demeure, il m'est venu l'idée de les épuiser avant qu'ils ne m'achèvent. Une requête ou deux dans Google et les voilà tous munis d'une carte et d'un appareil photo, le tout juché sur une bonne paire de chaussures ! En avant l'aventure : souris crevée, lac gelé, chevaux, veaux et même sombres grottes... Indiana Jones était de retour !
Las ! le périple de neuf kilomètres, surtout lorsque le plus petit a la respiration sifflante peut être harassant. Et il ne sera jamais dit que les vacances seront une épreuve ! Une halte à la demeure pour installer la marmaille au chaud et, chaussée de mes baskets, me voilà cavalant à travers bois pour rallier la voiture abandonnée dans quelques hauteurs.

Grottes, ruisseaux, ornières et boue à l'envie. Tout était resté là, comme avant...

Lorsque je débouchais sur le plateau, j'étais à Amsterdam plus de 25 ans plus tôt, dans une expo où était accroché un tableau de Van Gogh, une toile où l'on ne voyait qu'un ciel terrassant un champs. Alors je me suis trompée, gauche au lieu de droite. Le vent a grossi soudainement, la température a chuté pour venir chatouiller zéro. J'ai couru longtemps avant de comprendre mon erreur. Pour regagner le droit chemin j'ai cru pouvoir couper à travers ce champs gourd. Arrivée au quart de celui-ci une enclume de terre encombrait chacun de mes pieds et bientôt la pluie est tombée. La jolie promenade dans mes souvenirs se transformait en bizutage pour citadine frileuse ! Je me souviens très précisément avoir pensé "mais que pourrais-je bien rêver de pire"... lorsque la grêle s'est mise à tomber. Pas du grésil, pas du calcin, non une gerbe de grêlons épais projetée par un vent cruel... et, toujours perdue au milieu de ce champs, n'était le moindre abri pour m'y dérober. Alors j'ai fait ce que je fais toujours lorsque, en vélo avec mes enfants, nous essuyons l'orage : moitié riant, moitié pleurant j'ai fait à moi toute seule un concours de gros mots. J'ai insulté le ciel jusqu'à sa stratosphère, maudit ce champs jusqu'à sa millionième betterave, j'ai agonis cette terre qui garrottait mes foulées. Et je les sens encore ces grandes claques de glace contre lesquelles je ne savais que pester en prenant mes jambes à mon cou... Et je le sens encore ce rire qui me tenait, cette dérision de cavaler bêtement en plein champs, cette farce de parisienne qui s'en va sautiller niaisement dans le mauvais temps...

C'était à cela que je pensais ce matin en refaisant ce parcours. La lumière était belle, et la température bien que fraîche, loin d'être inquiétante. Lorsque j'ai débouché sur le plateau cette fois longeant le champs au lieu de le pourfendre, ce beau plateau soissonnais dont la perspective est si belle que l'on ne s'imagine pas qu'il ne mesure que quelques petites encablures cernées de près par de profonds vallons, je riais encore de ma mésaventure.
Et puis le vent s'est levé. Mais n'est-ce pas le propre des plateaux d'être venteux .
Et puis la température a chuté et le ciel s'est assombri...
Et mon pull noir s'est, tout à coup, constellé de tâches blanches.
C'est ainsi que, sans gants, sans bonnet, tremblante de froid et de fatigue, je me suis retrouvée tressautant à travers de violentes — mais pascales — bourrasques de neige !
Et il est venu encore ce rire qui me tenait, cette dérision de cavaler bêtement en plein champs, cette farce de parisienne qui s'en va sautiller niaisement dans le mauvais temps...
J'ai indubitablement une certaine tendresse pour cette déroutante intempérie axonaise...




lundi 23 octobre 2006


Papa, mes pointes et moi

Cet été alors que j'investissais la demeure avec mes marmots, mon chat et des valoches à déprimer un liftier, j'ai décidé que ça suffisait ! Il était bien temps que les choses changent dans cette baraque et qu'il était révolu le temps où au prétexte de ne pas déranger les vêtements des défunts les miens étaient exclus des placards ! J'y ai passé deux jours. Deux jours pour deux malheureux réduits qui débordaient de tout ce que peut accumuler une famille pendant 30 ans. Tout en haut, derrière les bombes aérosols périmées depuis au moins une décennie, il y avait un sac en plastique blanc réduit à peu près en miettes.
Je l'ai extirpé en me demandant bien quelle horreur j'avais encore dénichée.

Il y avait deux paires de chaussures.
Blanches, avec encore de la boue dessus.
Deux paires de pointes.
L'une avec des bandes oranges, l'autre avec des bandes vertes.
Car j'avais des soucis d'esthétique quand j'étais jeunette...
Quand j'allais courir tous les dimanche matin en forêt avec mon papa.

Il n'y avait que ces deux paires.
Il n'y avait pas les siennes.
Il n'avait gardé que les miennes.

J'ai couru pendant des années.
J'ai couru quand ce n'était pas encore la mode, quand il n'y avait que nous à sautiller dans la boue en culotte courte !
Quand j'étais trop petite et que je n'aimais pas ça.
Sauf qu'on était avec notre papa et que finalement si on aimait bien, zomozygote et moi aller "cavaler" avec papa.

On a fait quelques compéte aussi.
J'ai en même fait beaucoup.
J'y crevais de trouille mais j'aimais ça quand même.
Surtout les cross.
J'adorais les cross rien que pour l'odeur de l'arnica qui se mêlait à celle du terreau frais.
Pour ces jambes crottées qu'on exhibait comme des blessures de guerre quand ce n'était pas nos joues ou nos scalps cochonnés qu'on arborait avec fierté !
Pour ces pointes dont on ignorait bientôt tout des couleurs mais que je choisissais toujours avec goût.
Tout le monde avait des bandes bleues.
Mais moi j'avais des bandes oranges ou des bandes vertes...



Aujourd'hui, il y avait la course des remparts de Laon.
Tout le monde courait, sauf moi et Tarquinou. Et je trouvais cela parfait !
Mais ce matin, en me levant, il y avait une putain d'envie qui me taraudait.
Certains dormaient, d'autres se préparaient.
Moi j'ai été chausser de vieilles chaussures.
Parce que j'étais grandette mais encore jeunette quand j'enfilais mes jolies pointes qui à bandes oranges, qui à bandes vertes.
Et depuis toutes ces décennies, il y a belle lurette que je ne les chausse plus.

Mais j'ai retrouvé tous les sentiers. Même celui qui monte tout là haut et qui était bien caché.
J'ai tourniquoté un peu mais je l'ai débusqué.
Et je suis montée tout là haut, là où je râlais parce que cela montait trop !

C'était surprenant.
J'ai trouvé cela facile.
Et surtout tellement bien...
Je ne rêve que d'y retourner...



A Laon, j'ai senti de nouveau l'arnica.
Et puis même si je ne partais pas j'avais toujours le coeur qui s'arrêtait avec le bang du pistolet de départ.
Et puis voir tous ces pataloustics cavaler ça m'a fait chaud au coeur...
Et je n'étais pas la seule à penser que ce père qui gardait les pointes de ses filles aurait été fier de voir tout ce petit monde courir au milieu de la ville qu'il aimait tant...



Au fait, c'est décidé... je m'y remets à la course à pied !






dimanche 5 décembre 2004


Courir vers son passé

champs et bois près de la demeure
Dimanche matin. Dans le froid du petit matin je suis sortie dans le jardin de la demeure, peut-être à l'affût d'un merle ou d'un chat égaré. A moins que ce ne soient des ombres que je cherchais... Je ne sais.

C'est l'odeur la première qui m'est revenue. L'odeur du froid et du petit bois qui se consume. L'odeur de ces herbes folles qui deviennent flammèches éperdues et s'élèvent à jamais.

Et puis la cloche du village a sonné comme pour sonner le départ. Alors je me suis dit "c'est l'heure". J'ai retrouvé cette sensation de noeud au creux de mon ventre, ces foulées hésitantes avant que les muscles ne soient chauds, ces buées de plus en blanches qui se formaient sous mon souffle.

Oui, je m'en souviens très bien de nos cavalcades d'antan. Quand tous les dimanche matin avec papa nous allions sillonner la région en pointes et culottes courtes. Je connaissais tous les chemins vicinaux, les maisons cachés dans les bois. Qu'ils étaient magnifiques ces tennis du siècle dernier rendus à la gourmandise de la forêt. Je savais les grottes où allemands et résistants se sont croisés.

Je me souviens surtout de ces instants suspendus où c'était joli. Alors papa s'arrêtait, regardait et il disait avec plein d'humanité : "c'est bat, hein ?". La beauté, ce n'est pas de voir, non, c'est de partager.




piège à robots