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samedi 26 septembre 2009


Du saucissonnage et de l'assemblage, petit traité de taxonomie fâcheuse

D'une course mémorable que nous avions concouru en équipe, j'ai gardé un goût immodéré pour les relais et pour une attachante vidéo qu'au lendemain de l'épreuve, notre seul équipier — ses compères étant toutes féminines—  nous avait adressée. La vidéo reflétait un peu l'état dans lequel nous étions après deux jours de course et nous nous en amusions. J'ai compris après avoir cavalé 42 bornes et quelques mètres que ce n'était vraiment qu'un tout petit peu... et comment quelques banales marches d'escalier deviennent, pendant deux jours, aussi engageantes que la face sud du K2.

Qu'à cela ne tienne, il ne me faudrait pas perdre mes acquis au prétexte de pantoufler au coin du feu : dans quinze jours je parcourerai la moitié de la distance, avant de passer le relais pour une distance identique à ma zomozygote de triathlète — et ci devant championne de Champagne Ardennes, je vous prie !

A former un duo avec une frangine de cet acabit, je redoute de lui faire monter le rouge au front ! Bref, point de salut pour mes quadriceps encore tout souffreteux (je ne me méfierais jamais assez de ces descentes qui réduisent les fibres musculaires en confettis !) fractionné court, sortie longue, j'ai repris sans patience les grandes heures des préparatifs pré-compétitifs... pour bientôt geindre piètrement. Fi des belles foulées me voilà bientôt claudiquant façon "zozozygote pygopage"... Acharnée d'entre toutes, je croyais avoir trouver l'esquive en l'usage du génialissime collant skin dont je confirme la redoutable efficacité ! Certes, boudinée façon jambon dans son filet, mes cuissots ont non seulement pu continuer à sautiller sans être assaillis de cuisantes douleurs, mais au lendemain de mes stakhanovistes séances, ils se sentaient plus fringants que la veille les bougres ! Résultat des courses, même saucissonnée de mailles techniques, et sous peine de me voir infligée un bref mais impératif élancement, ma gambette gauche refuse désormais d'enchaîner la moindre foulée...

Je vois bien le coup venir... Réunies en duo dans à peine une petite quinzaine, nous allons donc former, en quelque sorte, une espèce rare d'iléadelphe... Elle va être fière la zomozygote, tiens !




lundi 21 septembre 2009


Le pipeau de France Musique...

Il n'y a qu'en France qu'on voit cela...

14 heures 30, début de l'émission "Grandes figures" sur France musique, aujourd'hui consacrée à Frans Brüggen. Je n'ai pas encore entendu une seule fois le nom de l'instrument qui lui est pourtant indéfectiblement associé : la flûte à bec. Oui le très grand Frans Brüggen est un immense flûtiste à bec. Non sur France Musique on ne parle que de "flûte" et d'ailleurs le premier extrait qu'ils donnent à entendre est interprété par le très grand au traverso (instrument qu'il pratiqua également). Un petit détour sur le site de l'émission me convainc que décidément un artiste qui joue de la flûte à bec c'est quand même trop minable... et qu'il vaut mieux ne mettre que l'accent sur la pratique d'un véritable instrument de musique... (la suite de l'émission est de la même eau : on n'évoque que la seule pratique instrumentale de la traversière mais pas une seule fois celle de la flûte à bec...)

Extrait de wikipédia : "C'est le premier virtuose d'un instrument qui avant lui n'existait presque plus: la flûte à bec. Il est encore aujourd'hui considéré par tous les flûtistes à bec comme le père de l'instrument moderne. Il fonda une grande école de la flûte à bec dont les cours furent très recherchés. Il forma nombre d'éminents flûtistes et fut aussi un acteur important de la renaissance baroque des années 1960 à 1980. Il fit reproduire des instruments anciens que lui seul utilisa (instruments des XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles). Ses interprétations font encore (pour la plupart) figures de références."

Un flûtiste à bec devenu l'un des plus prestigieux chef d'orchestre baroque... Oui... effectivement ce n'est pas en France qu'il a fait cette carrière... Ici on ne lui excuse cette faute de goût qu'en lui accordant l'intelligence d'avoir aussi visité le répertoire du traverso...




dimanche 20 septembre 2009


Semelles et cloques

Pieds enrubannés



quelques pas plus tard...
(photographie de mon amoureux)




Deux ans et demi à glisser des semelles au fond de mes runnings, cela me fait la plus belle collection d'ampoules dont on puisse rêver... Des petites cruelles, des grosses lancinantes, et même des sournoises qui s'insinuent jusque sous leurs consœurs déjà cuisantes. Mais attention ! Elles sont pudiques ces cloquinettes et jamais elles ne dévoileront à l'entraînement... non elles attendent le jour J pour fleurir brusquement comme ces coquettes qui ont besoin d'un public pour s'épanouir...

Je me souviens d'un retour de course où Tarquinette n'en revenait pas de me voir rentrer chez nous en chaussettes sous la pluie, ma paire de chaussures à la main.

La plus belle performance que j'ai réalisée dans ce marathon, c'est de le terminer en ne présentant qu'une petite ampoule sous chacune de mes plantes de pied. Haut fait qui m'a demandé une préparation quasiment aussi minutieuse que celle qui m'a dictée allures et kilomètres durant dix semaines.

Je vous livre le truc. On se sait jamais après tout, peut-être qu'un jour il vous prendra brusquement l'idée de cavaler comme un dératé pour annoncer qu'Athènes à vaincu les perses !

  • Chaque soir durant trois semaines, se badigeonner la plante des pieds de jus de citron mélangé à quelques gouttes de d'huile essentielle de camphrier.
  • Hydrater au matin si  besoin est.
  • Quatre jours avant l'épreuve déposer sur chacune des plantes une épaisse couche de henné. Enrouler vos pied dans du film transparent puis un sac plastique pour préserver la couleur de vos draps : il faut passer la nuit avec cet onguent. Je ne saurais trop vous conseiller de ne pas inviter, pour cette nuit-ci,  votre amoureux à partager votre couche... déjà usé par vos discours mono-maniaques et la longueur de vos entraînements, il risque de vous surprendre en adoptant une allure de sprinteur pour prendre la poudre d'escampette !
  • Continuer avec le jus de citron jusqu'à la veille de l'épreuve,

Et juste avant d'enfiler ses chaussures :
  • Nettoyage minutieux au savon.
  • Passer un coton imbibé d'éther sur chaque plante de pied (pour enlever le film d'hydrolipidique afin que les pansements adhèrent mieux)
  • Faire chauffer au sèche-cheveux un pansement anti-ampoules (oubliez les compeed et les urgo de tout poil, en prévention épitact est d'une qualité cent fois supérieure)
  • Une fois ledit pansement posé, frotter sa face extérieure avec du talc (afin de réussir à le décoller ensuite : il est réutilisable et je ne m'en prive pas)
  • Recouvrir ensuite la plante de ses pieds d'une bande élastoplaste de grande largeur. En en découpant deux tronçons d'une quinzaine de centimètre pour ne pas recouvrir le dessus du pied et être trop à l'étroit dans ses chaussures.
  • Enfin, badigeonner ses orteils avec de la vaseline (je refuse de mettre de la nok chantée sur tous les tons dans les forums mais dont la composition me convainc de la tenir loin de mon épiderme)

Voilà, le plus surprenant reste qu'en dépit de ce pointilleux protocole, elles sont parvenues, certes non sous le pansement anti-ampoules qui protège le point névralgiques de leur terrassantes attaques, à éclore une fois encore. Si vous détenez un moyen plus efficace encore pour les éradiquer, je suis toute ouïe...




mercredi 16 septembre 2009


Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage *

Quand le bang a claqué, j'étais, insouciante, penchée sur un lacet multirécidiviste du filage à l'anglaise. 400 mètres plus loin, décidément gauche, j'ai décroché par mégarde celui que j'appelle — ensuite d'une défaillance coupable dans un dix bornes caniculaire — " Crashipode " lequel dans un poignant vol plané s'est retrouvé projeté exactement sous ma semelle droite qui, en ce départ endiablé, frappait l'asphalte à toute volée...

Crashipode, quolibet Ô combien immérité si l'on sait qu'il a, malgré ce traitement imposé, jusqu'au bout de ces quarante deux mille cent quatre vingt quinze mètres, battu en mesure le martèlement sur le sol de son bourreau de semelle...

dans ces vallons qu'on trouve encore charmants, bientôt dans ces descentes où l'on se lance éperdue pour "refaire" son temps perdu, dans les moments d'allégresse qui précèdent ceux où le doute s'installe ;

au moment où, en franchissant la ligne du semi j'ai exactement lu un "deux" et deux "zéro",
à ce moment précis où je me suis dit que je changeais de monde en m'étonnant d'avoir si bien réglé mon allure,

dans les moments où l'on pense aux siens, ceux qui sont là et les autres ; ceux qui ne sont plus.

Aucun d'entre eux ne le savaient mais dans Crashipode le mal nommé, il y avait une plage pour chacun. Un air où l'émotion m'étreignait. Le rire d'un petit dernier, une chanson partagée en 1992, une comptine ... Quelques minutes près d'eux, quelques minutes loin de ce temps que je me faisais défense d'égrainer. Un espace où se rencogner, chauffer son âme à leur amour. Un air pour reprendre son souffle. Quelques notes qui font monter les larmes aux yeux et puis reprendre courage et bientôt allonger le pas.

Trentième kilomètre, le mur se dresse brutalement. J'étais prévenue et je fais le dos rond en attendant que cela passe. — troisième mouvement d'un concerto pour violon de Vivaldi ; mesure à trois temps ? fichtre je ne saurais le dire... — Cinq cent mètre plus loin, la muraille est franchie, c'était donc un muret. Tant mieux.

Crashipode, bruyant pourtant lorsqu'il couvrait par trop les réconfortants encouragements que me dispensait sans compter mon amoureux en me tendant une gourde préalablement remplie de grenadine — douceur héritée de l'enfance qui me fait, dans l'adversité, office de "doudou". Peu m'importe Crashipode, j'ai lu les mots sur ses lèvres. Et ce n'est pas le breuvage qui m'est allé le plus droit au cœur...

Les mots, des mots qu'on annone à soi-même quand le mal s'installe. Kilomètre 35, une putain de côte. La énième mais la première que je doute d'achever en courant ; et puis la descente où l'on comprend que l'on ne se refera plus, la descente où chaque pas devient souffrance, où la violence des impacts contre le sol vous plante une volée d'aiguilles dans les cuisses. Le temps où l'on ne sait plus du tout s'il est ternaire ou binaire. Le temps où l'on serre les dents. Le temps que l'on décide d'ignorer. Le temps où plus comptable de ses forces que du chrono on choisit délibérément de monter celle-là en marchant et en se restaurant. Et puis où l'on recommence un peu plus loin parce que la douleur est trop forte, parce que chaque foulée est une souffrance. Et puis l'instant où l'on décide que l'on finira — et pas en marchant— et où la seule chose que l'on se répète c'est "Tu lâches rien. Tu lâches rien . Tu lâches rien" en se foutant bien de courir en mesure. Jusqu'à la fin. Plus que 800 mètres ; lui qui m'attend et bientôt partage mes foulées, alors talonnée par deux compagnons d'infortune qui m'alignaient dans le viseur, trouver, quand nous étions tous les trois sur la même ligne, les pattes pour faire grimper la cadence et ne rien lâcher de mon temps...

Quatre heures et neuf minutes, huitième des dames par la grâce de son relief qui décourage les performances et l'absence de primes qui en détourne les plus empressés à les chasser. Je sais bien que ce n'est pas une prouesse. Mais c'était le premier, je l'ai arpenté sur la terre de mes ancêtres et j'ai le sentiment que ce faisant, je ne les ai pas trahis...

Merci à Antonio Vivaldi (57 mouvements issus principalement de ses concertos pour violon) à Jean Sébastien Bach (et ses divines passions) à Mozart (et son requiem), à Telemann (concertos pour hautbois), à tous les autres qu'il serait trop long de citer mais qui se reconnaîtront peut-être depuis l'endroit où ils reposent désormais.

Enfin, pour sa patience qui a accompagné la longue préparation précédant ces quelques heures, pour son constant soutien, son endurance à supporter mes monomaniaques jacassements, son inconditionnelle confiance au cours de cette épreuve, je remercie plus que jamais mon amoureux.



*Ce billet est dédié à Ulysse, chien épris de liberté et de pérambulation et qui dans le silence des chemins de Haute-Loire a, maintes et maintes fois, partagé avec moi l'incomparable plaisir de cavaler à corps perdu.




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