Le billet qui cavale dans tous les sens...
Il y a quelques dimanche de cela, je m'apprêtais à
enrichir mon improbable collection de tee-shirt trop grands. Ceux que
l'on vous remet avec tantôt une médaille en
chocolat, tantôt avec un gadget signé de la course
que l'on vient précisément de terminer !
Il y a quelques dimanche de cela, j'ai pris mon vélo et puis
j'ai fait la queue pour prendre un dossard. Car prendre le
départ seule d'une course dont on ignore même le
parcours vous donne un immense sentiment de liberté...
Un
fêtard rigolard qui n'avait pas finit son samedi faisait le
faraud en s'interrogeant s'il n'allait pas s'inscrire aussi. Il
s'amusait aussi de me voir suçoter le fil de mon mp3 comme
si je me restaurais de ce qu'il en sortait ! Alors nous avons
échangé quelques mots sur le contenu de nos
transfusions respectives. A sa question de savoir de quel "jus" je me
dopais, j'ai répondu du baroque... Je n'ai compris ce que sa
moue signifiait mais il avait l'air surpris. Finalement il ne s'est pas
inscrit. Et moi j'ai pris le départ sans cesser de
mâchouiller le cathéter qui déversait
dans mes oreilles "le jus" dont je me nourrissais.
Deux bornes plus
loin, je n'étais plus seule : mes deux tendinites sont venus
me tenir compagnie. Je me doutais bien qu'elles viendraient ces
collantes comparses et l'honnêteté me force
à avouer que je n'aurais pas passé le crible d'un
contrôle antidopage... Dragées antalgiques et
onguent apaisant étaient venus enrichir les quelques
nourritures solides qui, ce matin-là, avaient
exceptionnellement complété mon immuable
café au lait.
Alors j'ai continué, sans trop
souffrir. J'ai continué, étonnée
d'aimer tant cela, sans même penser à ralentir.
J'étais juste incapable d'allonger le pas. Mais cela ne
m'importait pas.
J'ai simplement continué à
suçoter le fil de mon mp3 en songeant combien il est plus
facile de ressembler aux absents qu'aux présents.
J'ai
simplement continué à suçoter le fil
de mon mp3 en songeant aux traces de ce père dans lesquelles
je marche si précisément.
A 20 ans je n'aurais
jamais pu imaginer combien je lui ressemblerai bientôt. A 20
ans je n'aurais jamais accepté de lui ressembler autant.
Mais il est parti. Et elle aussi. Et tous les autres. Alors je veux
bien croire que la filiation se bâtit autant qu'elle se
lègue. Ils ne sont plus là mais je serais leur
fille. Je leur ressemblerai tellement que nul ne pourra l'ignorer. Et
si vous ne pouvez le deviner, moi je le sais ! La vie me les a pris
mais elle ne m'ôtera pas mon identité. Leur nom,
mon nom auquel je n'aurais renoncé pour rien au monde. Et,
en son temps, la seule noirceur d'un regard a suffit pour interrompre
Madame le Maire qui s'était avisée de me
féliciter en me donnant du patronyme de celui auquel elle
venait de m'unir ! Il n'était pas là ce jour
là, peut-être, mais sa fille je resterai !
Courir,
courir encore. Courir pour ouvrir les yeux, pour se repérer,
courir pour ne pas se perdre. Courir pour retrouver ce qui n'appartient
dorénavant plus qu'au passé. Courir pour qu'ils
continuent à vivre. Et puis la douleur s'est faite plus
mordante, plus accaparante. Alors on tient parce que c'est
bientôt la fin et que l'on en revient pas d'avoir couru tout
cela ! Fiérote on poursuit !
Un peu plus loin, j'ai lu le chiffre au sol : un grand neuf
tracé sur l'asphalte. Neuf, il ne m'en restait plus qu'un...
Neuf, il ne me restait presque plus rien... Mais neuf et je n'avais
plus rien ! Il n'était plus question de douleur, il
n'était même plus question d'identité,
de finalité ou de fatalité. Après
exactement neuf bornes de foulées plus ou moins
enlevées, il ne me restait plus rien d'autre dans les veines
qu'un pâle jus de navet. C'était soudain,
inattendu et surtout terriblement évident ! Et enrager
d'avoir méprisé tout à l'heure le
ravitaillement était parfaitement vain et ne changerait rien
au mille interminables mètres qu'il me faudrait parcourir
pour espérer finir le front haut.
Je suçotais plus que jamais le fil de mon "mp3" quand il est
en sorti un air magique. Une mélodie qui vous faire croire
alouette, torrent ou zéphyr. Quelques notes qui vous font
hocher la tête et battre la semelle en mesure presque
à corps défendant. Oui, Monsieur le
Fêtard, il est bon ce jus... et je ne doute pas un instant
qu'il m'ait dopé un peu.
Monsieur Maurice Steger, brillantissime flûtiste, je vous
dois d'être parvenue à terminer cette course !
Georg Philipp Telemann — Suite en la mineur TWV 55:a2 pour
flûte à bec alto, cordes et basse continue
— Maurice Steger, flûte alto ; Akademie
Für Alte Musik Berlin —
Réjouissance
Je complète mon billet afin de préciser que l'instrument que l'on entend — outre les cordes et le clavecin — est bien une flûte à bec ! Instrument parfaitement méprisé au prétexte — surprenant — que d'aucuns s'imaginent l'enseigner à tour de bras...
Par Veuve Tarquine
mercredi 16 mai 2007 à 00:39
De bric en vrac
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Commentaires
Le mercredi 16 mai 2007 à 08:06
par
polysémie
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Le mercredi 16 mai 2007 à 08:10
par
Krazy Kitty
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Le mercredi 16 mai 2007 à 08:28
par
Veuve Tarquine
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Le mercredi 16 mai 2007 à 09:12
par
Anne
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Le mercredi 16 mai 2007 à 10:20
par
manu
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Le mercredi 16 mai 2007 à 11:40
par
luciole
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Le mercredi 16 mai 2007 à 14:07
par
andrem
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Le mercredi 16 mai 2007 à 15:15
par
Veuve Tarquine
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Le mercredi 16 mai 2007 à 21:07
par
la maman des zozos
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Le jeudi 17 mai 2007 à 17:28
par
Krazy Kitty
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Le mardi 22 mai 2007 à 01:39
par
marionette
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Le mercredi 23 mai 2007 à 20:34
par
K'lo
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Le samedi 26 mai 2007 à 22:01
par
Médard
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