En noir. Nous ne nous voyons plus qu'habillés de
noir. Des pingouins tristes qui se dandinent derrière des
cercueils. Et le terrain est glissant. « Bonjour
mon cousin.
Bonjour ma cousine » Comme vos enfants ont grandi
!
D'obsèques en obsèques ils ont perdus les traits
de l'enfance. C'est malheureusement un destin qu'ils partagent avec les
adultes.
« Bonjour mon frangin, comment vas-tu depuis la
mort de maman ? » Une
lettre recommandée et tes efforts pour m'ignorer devant
monsieur le notaire : j'ai connu des gratifications plus
généreuses en matière d'affection...
Non rassure-toi, c'est très bien ainsi ! Et puis je sais
bien que dans ta mythomanie tu as su préserver l'essentiel.
Dans nos silences trop bruyants et nos mépris
affectés nous ne sommes pas les enfants que nos parents
croyaient mais nous ne les avons pas trahis non plus. Nous ne jouons
pas la comédie. C'est tout. Il est juste trop difficile de
s'aimer.
Tu avais besoin d'une place dans ce difficile échiquier. Tu
as les blancs, les parents t'aimaient mal. Tu as les noirs, les parents
nous choyaient tant. Tu as les blancs, Maman t'excusait de tout. Tu as
les noirs, Papa n'était pas dupe et tu l'étais
pas non plus. Tu es toujours perdant. Nous sommes toujours gagnantes.
Jusqu'à la mort de celle que nous gaussions en t'appelant
"son petit canard rose"... Quelle vicieuse
coïncidence de
perdre mère et mari en même temps ! Qui n'avait
d'yeux pour moi ? Jusqu'au bout nous étions trop là. Alors tu nous as fait bourreaux...
nous, les cruelles jumelles. Et c'est bien. La
vie n'est pas
l'affrontement. Tu as désormais ta place. Nous, la vie nous
as simplement emmenées vers d'autres horizons. Tu as raison.
Nous sommes toujours gagnantes avec ce putain d'amour dont ils nous ont
couvert.
Il y a simplement des lieux, des instants où il faut encore
une fois se croiser.
« Bonjour ma tante ». Vous
êtes la dernière de votre
génération. Tous les autres ont péri.
« Bonjour mon neveu » Je ne
vous connais pas. Moi je suis celle dont
personne n'ose prendre des nouvelles. A cause du temps qui passe et de
la culpabilité qui s'alourdit chaque année. — celle dont personne n'a jamais pris de nouvelles une fois la réunion macabre achevée — Ah ah ah ! Non bien sûr que ce n'est pas grave ! Regardez moi ! Je pète le feu !
« Bonjour mon cousin, oui je vais bien ». Non ce
n'est pas grave. La vie
est ailleurs. La vie est devant nous. Pas derrière nous.
Laissons mourir ces liens. Je viens juste vous dire au revoir. Vous
regarder une dernière fois. Vérifier si tous les
petits-enfants partagent un trait commun avec leur prodigieux
grand-père. Ressemblances — Vraiment ? A moins que
ce ne soit désormais que sa seule histoire qui nous assemble
encore.
Je ne sais qui sera le prochain. Ce peut être moi et nous ne
nous reverrons pas.
Peu importe. Ne cultivons pas les regrets. La vie est ailleurs que ces
champs de morts.
Vous avez lu le dernier billet de Samantdi ?
Vous lisez Samantdi ?
Les billets de Samantdi sont sel, sucre, ou poivre.
Pour moi ils sont essentiels.
Et celui d'hier a fait flotter mes yeux et accrocher un aérien sourire sur mes lèvres.
Non parce que je devinais ces yeux brillants en lisant sa prose.
Non parce que je subodorais quelques flamboyantes histoires d'amour, quelques audacieuses et attachantes romances que seules savent vivre les intrépides, les généreuses, les scintillantes croqueuses de vie.
Pour tout cela quand même, et aussi parce qu'il est certitude et espérance à la fois, évidence tout autant qu'envie, et puis aussi hasard et coïncidence avec une aventure présente.
Et puis parce qu'il sue l'humanité par tous ses points, toutes ses virgules, tous les silences bienveillants qui le ponctue.
J'en ai fait des piles à l'équilibre incertain.
Car je n'ai jamais cessé de les espérer, de les
convoiter.
Malgré les remparts dont ils sont ceints
désormais, ils ont continué à me faire
rêver, à me faire soupirer.
J'escomptais qu'un jour ils viendraient de nouveau me ravir, me
soustraire, me soulever ; qu'un jour je goûterai encore leurs
transports.
Alors je n'ai jamais cessé d'en acheter...
J'en ai fait des piles à l'équilibre incertain.
Des piles dont j'ai entouré mon lit, comme pour en peupler
mes rêves.
Des piles dont j'ai tapissé mes murs, comme s'ils pouvaient
les faire tomber.
Des piles comme celles qui soutiennent les ponts. Des ponts qui vous
font passer d'une rive à l'autre.
Je ne me suis jamais résolue à les laisser
déserter ma vie, ils l'avait trop éblouie.
Peu m'importait que leurs pages soient désormais
stériles, peu m'importait que dorénavant mes yeux
soient vains à les percer.
Ils étaient là.
Tant pis s'il fallait me résoudre à ne
conserver que le désir que j'avais d'eux.
C'était toujours mieux que de les entasser au rang des
souvenirs.
Ulysse, Edmond Dantès, Pierre Bézoukhov, Scarlett
O'Hara, vous n'avez jamais cessé d'exister.
Ulysse, Edmond Dantès, Pierre Bézoukhov, Scarlett
O'Hara depuis les pages où l'on vous a couchés
vous vous êtes faits gardiens, et puis rois, et
bientôt conquérants.
Ma vue est plus fatiguée qu'il y a quelques
années.
Mes yeux n'ont plus la même vélocité.
Les livres sont exigeants, ils n'aiment pas qu'on les abandonne trop
longtemps alors ils se font plus austères, plus ombrageux
aussi.
Mais pas très longtemps.
Mon infidélité n'a que trop duré, il
est temps pour moi de les retrouver.
Bon allez avoir du mal à me croire en ces temps modernes où tout le monde parle la langue de Shakespeare comme on récite la table des deux mais moi, si je connais la table des deux, je parle l'anglais comme une vache espagnole...
Je suis très impressionnée de figurer en si noble compagnie... et dans un tel concours !
Cela dit, en toute honnêteté, je ne vous enjoins pas de voter pour moi ! Cela fait deux ans maintenant que je m'endors avec un nounours enrubanné, ce dont je suis très fière, mais j'ai parfaitement conscience que cette année notamment la qualité du bricablog est sans commune mesure avec ceux qui figurent à mes côtés dans cette liste !
Autosuffisance
— Un vélo pour détaler à
tout heure du jour ou de la nuit. Des sacs— profonds et lourds
— dont on ne laisse à quiconque le soin de
porter— évidemment. Dont on se recouvre comme pour
se protéger. Des sacs pour n'avoir besoin de rien. Surtout
ne rien demander ! Prête à s'abreuver de poudre d'escampette. Illusion peut-être. J'ai parfaitement conscience d'avoir
raté la marche d'un train de la dernière heure
quand l'alerte était tonitruante. Je sais
désormais que se tenir prête à la fuite ne
signifie pas qu'on s'avise correctement du danger... Et puis il y a les
coups qu'on ne peut esquiver, ceux qui vous arrivent en pleine poire,
foudroyants et imparables... Pas envie de m'y frotter ce soir. Fi du passé. J'ai
déjà trop à faire pour parquer ma
mélancolie.
Amoralité — Caractère de ce
qui est amoral, au-delà de toute distinction entre le bien
et le mal — Moral en maraude. Pour rien. Pour ce taxi. Pour
les siens aussi. Et puis elle me taraude cette envie de m'ensauver, de
me dérater, de détaler à toutes jambes
! Six semaines d'arrêt... que c'est long. Moi j'ai envie de
m'oublier, de m'abîmer, de me brûler les ailes en
brûlant le pavé. Moral en fraude, en
contrefaçon. Envie de me débiner. Et un peu de
respirer la vie à plein poumons. Parce qu'elle
recèle encore quelques butins. J'en suis certaine. Et si ce
soir j'ai friponné quelques pleurs, ce n'était
qu'une oscillation. Pas une récidive des peines
écoulées. Non... J'ai les yeux trop
braqués sur la proue pour les tourner vers la poupe.
Verve
— Vx. ,,Caprice, bizarrerie, fantaisie —
Inspiration vive et chaleureuse, imagination créatrice.
— Poser mes sacs ... je ne sais pas... Un instant seulement,
un instant peut-être. Et si ce n'est pas voguer c'est
toujours tourner les yeux vers l'horizon. Tant que mon vélo
n'est pas loin... pourquoi pas ?
Refuge d'insomnie : Erik Satie — Œuvres pour piano
— Gnossienne n°1.
Ce soir je repensais à tous ces commentaires où
l'on me parle de ces cyclistes peu civiques voire déliquants
en puissance...
Ce soir j'aurais aimé que tous ceux-là soient
près de moi quand ce fichu taxi m'a foncé
dessus...
Je ne faisais rien.
J'allais tout droit.
Le feu était vert.
Je m'étais arrêtée au rouge. Et puis je
suis repartie quand la signalisation m'y autorisait.
Il était derrière moi.
Je pousuivais ma route en circulant sur les petits vélos que
la voirie a tracé sur le sol.
Il tournait et il faut croire qu'il avait des comptes à
régler.
Parce qu'il m'a délibérément
foncé dessus.
Il avançait son pare choc méthodiquement en me
fixant.
La règle du jeu était simple...
Il savait parfaitement que je circulais
régulièrement.
Simplement il avait décidé que je devais lui
céder.
J'ai ralenti sans cesser d'avancer alors à deux
centimètres du choc il s'est décidé
à freiner.
Et moi je suis passée.
Il m'a couverte d'insultes.
Il éructait de rage en me faisant le signe de
dégager.
Je ne me souviens pas avoir vu pareille violence dans les yeux de
quelqu'un...
Et je dois être fragile parce que ce soir cela m'a
bouleversée de découvrir que l'on vouait une telle haine.
Ah oui, je voulais aussi préciser à tous ceux lisent cette série avec des oeillères que
je suis aussi une automobiliste. Et ce soir, sur mon vélo,
avant que ce fichu taxi ne me mette la rate au court bouillon, je
pensais que lorsque je suis au volant de ma bagnole, l'emmerdement que
me procurent les biclous est sans commune mesure avec ce que la
conduite des voitures génère comme dangers lorsque
je suis sur ma selle... Et c'était avant qu'un
véhicule terrestre à moteur me prenne pour
cible...
C'est vrai qu'ils m'exaspèrent ces arrogants et leur
ostentation à brûler les feux rouges
déployant plus d'énergie à se faire
voir qu'à s'aviser du danger. C'est vrai que la morgue et la
suffisance qu'ils prodiguent à foncer sur les
piétons les a tant envahis qu'ils ont même
oublié qu'ils ont eu 4 ans et qu'ils ne marchaient pas
toujours dans les clous, ils ont oublié que sans leur
biclou, ils sont comme eux. Fantasques, souvent
généreux et excédés de ces
grossiers cyclistes qui font jouer de la sonnette jusque sur les
passages piétons !
Mais s'ils sont visibles, ils ne sont pas légion.
Ils ne sont souvent pas méchants non plus.
Ils sont peut-être excédés par ces
piétons qui se jettent devant leur roue, au premier on
explique que oui la piste est ici, au second on met un simple coup de
sonnette, au troisième qui entend bien ne rien
céder de son trottoir on se lasse, c'est humain.
Et malheureusement ceux qui vous sourient sont toujours plus silencieux
que les querelleurs qui vous tiennent personnellement responsables
d'aménagements urbains confinant à la niaiserie.
Mais il y a quelque chose que les autres usagers ignorent...
C'est qu'à notre égard, le code de la route est
optionnel.
Sur un vélo nul ne vous fera le crédit d'une
priorité à droite,
Sur un vélo on vous reprochera d'avoir l'outrecuidance
d'aller tout droit !
La loi du plus fort vous obligera à dévier votre
route si le voeux de votre voisin motorisé est de tourner
à droite.
La loi du plus bête vous invectivera au prétexte que
vous n'avez pas fait allégeance à la conductrice
qui venant en face entendait tourner à gauche.
Vous apprendrez à détester les stationnements en
double file qui vous jette dans le flux circulatoire plus
sûrement qu'un lance-pierre.
Oublier les sas vélo qui décorent la
chaussée, même les véhicules de police
s'en affranchissent !
Jamais nul procès-verbal ne sera dressé.
Jamais de conducteurs sermonnés pour ces menus
contraventions qui nous mettent pourtant en danger.
Alors on apprend.
On dresse nos propres règles.
On s'arrête derrière les feux, parfois on ne
s'arrête pas non plus mais la norme doit alors être
la discrétion...
A défaut d'être muni d'un moteur
pétaradant on découvre combien il est important
de se faire voir et tant pis si vous prenez pour de l'arrogance ce qui
n'est que de la survie.
Et contrairement à ses plus vils détracteurs,
faire du vélo dans Paris n'est pas un raid
mortifère. Il y fait bon rouler. Peut-être moins pourtant
depuis que les pistes fantaisistes ont remplacé les couloirs de
bus élargis.
Simplement cela me lasse d'entendre les bien pensants mettre en exergue
l'attitude des cyclistes quand ils ignorent tout de notre quotidienne
réalité.
Dans le grand panier d'osier qui surplombe ma roue avant, il y a
toujours un appareil photo... alors je me suis dit que j'allais vous en
donner un aperçu désormais...
J'étais perdue dans mes pensées.
C'était un matin où Paris accroche des marchés à tous ses coins de rue
Sur le premier j'ai acheté des mangues que l'on mange les yeux clos
Près du second, j'ai eu envie de poser pied à terre pour m'y essouffler, m'y aspirer de nouveau
Le troisième est toujours interminable, il court sous le métro comme la Seine court dans Paris.
En couleur, en odeur et en relief.
C'est alors que je suis passée près d'eux.
Il m'ont sauté aux yeux
Mon retard et mon empressement à rejoindre mes tarquinets n'ont pas suffit à m'en détacher.
Je me suis perdue au fond de mes sacs pour retrouver mon canon
Et garder près de moi cet éclat.
Ce soir, Tarquinette me demande après le repas : « Maman,
j'ai envie de faire un exposé pour moi tout seule, je peux ?
» « Mais bien sur mon amour ! » m'empressais-je de lui répondre.
Alors elle s'est installée sur la table du salon, le crayon
dans une main et le nez dans le dico !
Moi j'ai bêtement pianoté sur mon VAIO, parce
qu'en grandissant on oublie trop facilement ce qui est important dans
la vie.
Quelques instants plus tard, ma Tarquinette se plante près
de moi et m'annonce : « Maman ! — Moi j'ai eu envie de
défendre les cochons ! » (c'est bien la fille de sa
mère celle-là...) « Voilà » me dit-elle en me tendant, royale, une feuille d'une
remarquable propreté (je n'ai compté qu'une seule
rature et quand on connaît les propensions de ma fille a tout
cochonner, on comprend mieux pourquoi elle entend défendre
la cause de ces animaux !)
J'ai lu d'une voix haute et claire la leçon qu'elle avait si
minutieusement préparée.
Un seul mot m'est venu à l'esprit, et c'est autant
réjouie qu'admirative que je lui en ai fait part :
Magnifique !
Les cochons Petit mot pour défendre les cochons :
Contrairement à ce que tout le monde pense, les cochons ne
sont pas sales. Enfin si mais ils ne font pas exprès : comme
ils ne transpirent pas ils se roulent dans la boue ou dans l'eau pour
se rafraîchir . Une femelle cochon s'appelle une truite (!!),
un petit cochon s'appelle un cochonnet et vous savez comment s'appelle
un mâle cochon ?
L'orthographe de la citation qui précède a fait l'objet d'une décision de redressement, sans appel possible !
hein, je vous le demande aussi... savez-vous comment s'appelle un
mâle cochon, hummmm ?
S'il y a une chose que j'ai appris avec internet c'est combien
j'exècre le spam ! Je lui voue un véritable
mépris. Et puis le bricablog est né et j'ai
découvert l'étendue
de ce fléau... commentaires, adresse e-mail se
transforment bientôt en poubelle par la grâce de
quelques médiocres en mal de publicité. Signal spam existe depuis quelques jours !
Les quelques morpions sans imagination (dont une agence de buzz...) qui
ont cru pouvoir s'emparer de mon adresse e-mail pour me baratiner sur
leur tirages photo ou leur vidéo ont
été immédiatement signalés.
Je ne sais pas si cette initiative sera suivi d'effets mais je salue
bien bas cette vaste entreprise à laquelle nous pouvons tous
participer.
Il y a quelques dimanche de cela, je m'apprêtais à
enrichir mon improbable collection de tee-shirt trop grands. Ceux que
l'on vous remet avec tantôt une médaille en
chocolat, tantôt avec un gadget signé de la course
que l'on vient précisément de terminer !
Il y a quelques dimanche de cela, j'ai pris mon vélo et puis
j'ai fait la queue pour prendre un dossard. Car prendre le
départ seule d'une course dont on ignore même le
parcours vous donne un immense sentiment de liberté...
Un
fêtard rigolard qui n'avait pas finit son samedi faisait le
faraud en s'interrogeant s'il n'allait pas s'inscrire aussi. Il
s'amusait aussi de me voir suçoter le fil de mon mp3 comme
si je me restaurais de ce qu'il en sortait ! Alors nous avons
échangé quelques mots sur le contenu de nos
transfusions respectives. A sa question de savoir de quel "jus" je me
dopais, j'ai répondu du baroque... Je n'ai compris ce que sa
moue signifiait mais il avait l'air surpris. Finalement il ne s'est pas
inscrit. Et moi j'ai pris le départ sans cesser de
mâchouiller le cathéter qui déversait
dans mes oreilles "le jus" dont je me nourrissais.
Deux bornes plus
loin, je n'étais plus seule : mes deux tendinites sont venus
me tenir compagnie. Je me doutais bien qu'elles viendraient ces
collantes comparses et l'honnêteté me force
à avouer que je n'aurais pas passé le crible d'un
contrôle antidopage... Dragées antalgiques et
onguent apaisant étaient venus enrichir les quelques
nourritures solides qui, ce matin-là, avaient
exceptionnellement complété mon immuable
café au lait.
Alors j'ai continué, sans trop
souffrir. J'ai continué, étonnée
d'aimer tant cela, sans même penser à ralentir.
J'étais juste incapable d'allonger le pas. Mais cela ne
m'importait pas.
J'ai simplement continué à
suçoter le fil de mon mp3 en songeant combien il est plus
facile de ressembler aux absents qu'aux présents.
J'ai
simplement continué à suçoter le fil
de mon mp3 en songeant aux traces de ce père dans lesquelles
je marche si précisément.
A 20 ans je n'aurais
jamais pu imaginer combien je lui ressemblerai bientôt. A 20
ans je n'aurais jamais accepté de lui ressembler autant.
Mais il est parti. Et elle aussi. Et tous les autres. Alors je veux
bien croire que la filiation se bâtit autant qu'elle se
lègue. Ils ne sont plus là mais je serais leur
fille. Je leur ressemblerai tellement que nul ne pourra l'ignorer. Et
si vous ne pouvez le deviner, moi je le sais ! La vie me les a pris
mais elle ne m'ôtera pas mon identité. Leur nom,
mon nom auquel je n'aurais renoncé pour rien au monde. Et,
en son temps, la seule noirceur d'un regard a suffit pour interrompre
Madame le Maire qui s'était avisée de me
féliciter en me donnant du patronyme de celui auquel elle
venait de m'unir ! Il n'était pas là ce jour
là, peut-être, mais sa fille je resterai !
Courir,
courir encore. Courir pour ouvrir les yeux, pour se repérer,
courir pour ne pas se perdre. Courir pour retrouver ce qui n'appartient
dorénavant plus qu'au passé. Courir pour qu'ils
continuent à vivre. Et puis la douleur s'est faite plus
mordante, plus accaparante. Alors on tient parce que c'est
bientôt la fin et que l'on en revient pas d'avoir couru tout
cela ! Fiérote on poursuit !
Un peu plus loin, j'ai lu le chiffre au sol : un grand neuf
tracé sur l'asphalte. Neuf, il ne m'en restait plus qu'un...
Neuf, il ne me restait presque plus rien... Mais neuf et je n'avais
plus rien ! Il n'était plus question de douleur, il
n'était même plus question d'identité,
de finalité ou de fatalité. Après
exactement neuf bornes de foulées plus ou moins
enlevées, il ne me restait plus rien d'autre dans les veines
qu'un pâle jus de navet. C'était soudain,
inattendu et surtout terriblement évident ! Et enrager
d'avoir méprisé tout à l'heure le
ravitaillement était parfaitement vain et ne changerait rien
au mille interminables mètres qu'il me faudrait parcourir
pour espérer finir le front haut.
Je suçotais plus que jamais le fil de mon "mp3" quand il est
en sorti un air magique. Une mélodie qui vous faire croire
alouette, torrent ou zéphyr. Quelques notes qui vous font
hocher la tête et battre la semelle en mesure presque
à corps défendant. Oui, Monsieur le
Fêtard, il est bon ce jus... et je ne doute pas un instant
qu'il m'ait dopé un peu.
Monsieur Maurice Steger, brillantissime flûtiste, je vous
dois d'être parvenue à terminer cette course !
Georg Philipp Telemann — Suite en la mineur TWV 55:a2 pour
flûte à bec alto, cordes et basse continue
— Maurice Steger, flûte alto ; Akademie
Für Alte Musik Berlin — Réjouissance
Je complète mon billet afin de préciser que
l'instrument que l'on entend — outre les cordes et le
clavecin — est bien une flûte à bec !
Instrument parfaitement méprisé au
prétexte — surprenant — que d'aucuns
s'imaginent l'enseigner à tour de bras...
Si je tenais celui qui a publié mon numéro de téléphone dans la Centrale, il entendrait parler du pays...
Non mais franchement, MOI VENDRE UNEBMW ?
C'était la fête au village.
Ils étaient heureux, il y avait des lumières, des couleurs pour parer leurs joies, souligner leurs regards.
Elles étaient super mes photos, je le savais, je le sentais !
Et évidemment ce jour là, il faut que mon lecteur de compact flash, appareil vorace, égoïste et malveillant s'en soit régalé en solitaire... Il a tout avalé, tout digéré et puis il a même enlevé les miettes. Aucun cliché n'y a échappé...
Le lecteur n'est plus désormais plus qu'un petit tas de débris bleu et brillant qui décore le fond de ma poubelle.
Mais cela ne me console même pas !
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