Les mots qu'on couche et puis qu'on biffe
Si j'ai l'écriture vive et rageuse, ceux-là je
les trace toujours lentement, pour une fois
généreuse avec le temps que je leur consacre.
Ceux-là je ne les crache pas, je ne les griffe pas d'une
plume aussi encolérée que crissante. Ces
mots-là je les couche méthodiquement sur le
papier, je les aligne l'un après l'autre d'un trait toujours
manuscrit que je m'applique à rendre le plus
épais possible. Crayon gras, encre fluide ou stylet large,
quelque soit le support et l'instrument que j'use, chaque mot sera
dessiné plus que jeté, qui sur la feuille, qui
sur l'écran. Comme ces phrases d'une heure au relief
creusé dans le sable et offertes à la mer qui
viendra les engloutir.
Car qu'ils soient timides et chuchotés, qu'ils soient pleins
ou déliés, dès lors qu'ils
sont, ils seront irrémédiablement
biffés de rayures fines, méthodiques et fatales.
Chaque lettre deviendra secrète
Chaque mot sera anéanti
Chaque phrase rejoindra le néant.
Je ne les lisse que pour mieux les dévaster.
Mots en l'air, sans queue ni tête. Parfois paradigme, souvent
rengaine.
Ils ne seront livrés qu'un instant avant d'être
sabrés, minutieusement, sans parvenir à
déterminer si je prends plus de plaisir à les
écrire qu'à les détruire.
Ils sont l'évidence dont on va se persuader, le
désir qu'on ose enfin confesser ou la crainte que l'on
voudrait juguler à tout jamais.
Ils sont les mots que l'on ne prononce jamais mais que dans le silence,
on aime à tracer avant de les réduire en cendre.
Peut-être pour se persuader qu'on existe, ou pour tuer le
temps, ou pour rien.
Juste pour rien — Pour une fois, juste pour rien
précisément ...
Par Veuve Tarquine
mardi 6 février 2007 à 22:08
Tréfonds et sentiments
#1194
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Commentaires
Le mardi 6 février 2007 à 22:41
par
FrédéricLN
#
Le mercredi 7 février 2007 à 12:46
par
mamz'elle
#
Le mercredi 7 février 2007 à 13:06
par
Vroumette
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