J'avais presque oublié pourquoi j'ai le vertige,
pourquoi les jeux d'équilibre me sont pénibles,
pourquoi,
hormis sur l'eau, j'ai si peur de tomber. Une soirée sur le
coin d'une vieille table de cuisine à se souvenir de notre
enfance et ma zomozygote de Philomène m'en a soudain
rappelé la raison. C'est vrai que j'avais fait une
sacrée chute. Cinq mètres d'un coup, dans la
soute
à camions d'un ferry. J'avais huit ans. Je me souviens que
je
tenais la main de maman, que je dormais à moitié
et puis un grand cri a retenti et j'ai ouvert les yeux.
C'était son cri à elle, je l'ai bien reconnu.
C'est alors que le sol s'est approché. Il était
en tôle blanche. Avec de grosses traces de pneus. J'ai cru
m'y rendormir immédiatement. J'ai sans doute perdu
connaissance. Mais pas très longtemps puisque je me souviens
des bras d'un steward. Il avait une barbe noire et un costume
immaculé. Il m'a soulevé de terre, et en
dépit de son air gentil, j'en étais
très mécontente. D'abord je dormais
très bien par terre. Ensuite je n'aimais pas du tout qu'un
inconnu se jette sur moi de cette façon-là.
Heureusement, cela n'a pas duré bien longtemps.
Juste le
temps de me déposer dans les bras de mon papa. Il avait 46
ans et plus tout à fait la musculature d'athlète
qu'il exhibait si fièrement à 18 ans.
Moi je n'ai rien vu. Je n'ai rien su de sa chute à
lui. J'ai juste su qu'il était là exactement au
bon moment et c'est la seule chose qui m'importait.
C'est Philomène qui l'a vu. Elle l'a vu
disparaître derrière moi et puis a vu ses doigts
par
lesquels il s'est suspendu au plancher troué. Et puis les
doigts ont disparu aussi. Il avait sauté.
Le reste est sans importance. C'est vrai que je me demandais bien
pourquoi, toutes les trois minutes on s'obstinait à
« demander un médecin de toute urgence
à l'infirmerie ». C'est vrai
que j'avais tellement envie d'y
goûter enfin à ce sommeil qui n'en finissait pas
de me faire faux bond que j'aurais bien mordu la
main de ma
mère qui n'avait de cesse de le faire fuir pour
s'assurer que je n'avais pas perdu connaissance.
Et même si cette cabriole accidentelle n'avait pas
amélioré mes performances à
vélo et provoqué quelques mouvements de
panique lorsqu'il fallait me jucher sur une poutre, force
m'est de devoir avouer que durant des années, le sentiment
le plus puissant que je gardais de cette mésaventure est
d'avoir été fort marrie de perdre mes bonbons
dans ma chute, et notamment un Bounty dont
j'avais
rêvé tout l'été !
Il m'a
fallu le récit de ma frangine pour réaliser que
cinq mètres, cela signifie deux étages.
Et que,
non, en toute honnêteté moi je ne sais pas si je
saurais faire une chose pareille. Pour dire la
vérité, je sais même que j'en serais
parfaitement incapable. Car j'ai toujours peur de tomber. Et pourtant
si aujourd'hui je l'ai presque oublié ce vertige
récurrent c'est bien grâce à ce
père qui m'a offert le plus rassurant des refuges quand la
terre se dérobait sous moi.
Règle numéro un : se souvenir qu'il existe des
gens sur qui l'on peut indéfectiblement compter...
« (...) Il y a aussi Miss Tic, la pin-up
féministe qui profère des apophtegmes
équivoques : "Ce qui m'éloigne de moi me
sépare des autres", "Eros est rosse", "Le mur a un grain,
moi aussi". Ces trois peintres qui se sont fait connaître
avec leurs premiers pochoirs en 1985 s'exposent aujourd'hui en galerie
et publient des albums. Et, victimes de leurs succès, voient
de plus en plus leurs œuvres
détournées, voire
dégradées.»
Il me faudrait le talent d'un Desproges. Alors je saurais dire de quoi
mes tripes se tordent. Et puis je parlerai du relent des ordures qui
vous habite pour les avoir respirées de trop près.
A moins que ce ne soit celui d'un Jean Genet ; et je
décrirais par le menu de quoi est faite la gerbe que vomissent
mes boyaux. Je ne me lamenterais pas trop. Je ne dirais pas
l'impression que cela fait d'être prise pour du fumier. Je me
draperais dans ma colère, ma haine et mon venin.
Sauf qu'il me faudrait combattre encore une fois. Combattre les mots
pour les dompter, parvenir à les élever
à la mesure de l'abjection. Combattre ma mémoire
qui me dicte que pour une fois il faut fuir. Combattre
l'impérieux désir de me tenir le plus
éloignée possible de ces latrines où
se noie la confiance, précisément celle que
certains ne savent obtenir qu'à grands coups de leurre,
à grand coup d'imposture.
Et puis viennent se plaindre d'avoir été
tenté.
Et puis gémissent.
Visqueuses roulures de la persécution... aussi prompts
à faire le mal qu'à se vautrer dans leurs
bruyantes lamentations.
Vains et vilains mots.
Mais je suis tombée de haut.
Je ne savais pas que l'on pouvait accepter de vivre dans de tels
immondices.
J'ai peur de ne plus jamais savoir faire confiance.
Pour l'heure, je veux juste croire encore que le monde n'est pas
seulement peuplé de blattes.
Il me trotte dans la tête une chansonnette
où l'on parlerait de ces blogueurs qui s'acoquinent au Pique
Nique sans que quiconque ne le soupçonne puis donnent le
jour à une perle, le jour même de la
nativité...
Félécitations à ses
délicieux parents, Luce et François
et tous mes plus fervents voeux de bonheur à la merveille !
« ... un Père Noël de 125 kg, en passant
de
manière fulgurante de 0 à 1 170 km/s en un
millième de seconde,
serait sujet à de telles accélérations
qu'il se retrouverait plaqué
au fond du traîneau par une force de 2 157 507,5 kg
écrabouillant
instantanément ses os et ses organes en les
réduisant à un petit
tas de chair rose et tremblotante. »
Vite vite ma maison ! Vite vite mes enfants partons ! Noël y
sera bon. Je le sais !
Non non ! Ne soulevez pas ces chiffes qui viennent tapisser mon coffre
: tous les jouets y sont planqués !
Merci les grands ne pas ouvrir les yeux, de continuer à vous
en amuser avec le petit.
Oui le Père Noël existe. Moi aussi je veux y croire.
Je veux m'en amuser encore, et puis me rassasier de vos rires, me
délecter de vos joies.
Vite vite ma maison.
Je sais exactement ce que je vais y trouver : tout ce dont j'ai
besoin pour croire encore que la vie m'appartient !
Il était une fois une reine d'une grande bonté et
un cloporte qui grouillait à ses pieds. Dépourvu
d'intelligence mais non de malice et d'avidité, il s'imagina
qu'en la détrônant il gagnerait respect et
autorité. Trop médiocre pour y parvenir seul, il
endossa l'habit du martyr qu'il s'empressa de lustrer de fables
poisseuses et de hâbleries hardies. Qui n'entend qu'un son
n'entend qu'une cloche. J'ai prêté mon
ministère à cette comédie, permettant
ainsi qu'elle se tienne. Un cloporte même
déguisé en souverain reste un cloporte. A la fin
de l'histoire, il rampe encore plus profondément dans les
excréments dont il aime à faire des festins. La
reine et le truchement ont démêlé les
mots dont elles étaient les jouets. Et la
vérité est sale. D'une crasse noire et grasse qui
vous colle à la peau, à l'âme et
gâte ce que l'on croyait savoir de l'humanité. La
farce est terminée. Maintenant, je ne sais combien d'eau je
vais devoir faire couler sur mon corps pour parvenir à
effacer ces souillures...
Je suis bonne joueuse.
Sauf quand les dés sont pipés.
S'ils le sont il vous faudra savoir mentir avec brio, constance et
intelligence.
Terriblement observatrice, je sais bien que je ne suis aveugle que de
ma propre entreprise.
Et puis il arrive un jour où
j'écarquille les yeux, j'ouvre grand les
paupières et je braque un regard avide.
Si ce jour là je m'aperçois que la partie
était truquée, je vous conseille de vous mettre
aux abris.
Je sais trop ce que sont les drames pour en dénaturer le
sens.
On dira donc qu'il s'agissait d'une comédie, une farce dont
je serais le dindon.
Cela tombe bien ! c'est la saison !!
Soit.
Alors « Glou Glou » « Glou Glou
» « Glou Glou »
répète la dinde que je suis.
Mais toute dinde que je suis, il me reste suffisamment de sang dans les
veines pour ne pas me laisser plumer les bras croisés.
Ordoncques, au temps de Noël, il s'est trouvé une
dinde qui s'est soudain transformée en dragon.
De ceux qui crachent du feu, qui n'ont plus peur de rien
aveuglés non plus par leur niaiserie mais par leur
féroce colère.
Une dinde flambée pour Noël, certes alors je
serais... mais dans un grand feu d'artifice !
C'est bien pour terminer l'année !
Comme cela l'année prochaine, j'aurais tout loisir pour
endosser l'habit d'un autre animal de basse-cour !
Une fragile petite caille peut-être...
Eu égard à une fuite cyclopéenne de bande passante, vraisemblablement due à ces sempiternels robots suceurs de sang, je ferme les commentaires un temps. Celui, je l'espère de convaincre ces derniers de cesser de rôder autour des ces feuillets.
Mise à jour à 11 heures :
A la suite d'une intervention quasi céleste qui a bouté hors de ces pages, ces infâmes et insatiables programmes spammeurs, j'ouvre de nouveau les commentaires.
Nous étions fort nombreux !
Les avocats sont décidémment très
indisciplinés et je ne me souviens pas d'avoir
déjà vu un camion trimballant à
découvert les instances d'une manif devoir faire marche
arrière pour ne pas se désolidariser d'un
cortège... qui a refusé tout net de le suivre !
Les avocats de Vannes ont vraiment le sens de la formule («
comme leur nom l'indique » — dixit Eolas) Et je
pouffe encore des "CHAAAAARGEZ !! " que d'aucun vociférait
à plein gosier !
J'ai amèrement regretté qu'aucune banière ne regroupe les avocats parisiens, nombreux mais égarés par la faute d'un Conseil de l'Ordre bien prompt à se satisfaire de promesses déjà obsolètes.
Mais derrière ces quelques mots et toute cette compagnie, il
y a surtout un puissant sentiment qu'avec l'AJ qu'on nous sert, on se fout gentiment de notre
gueule et encore davantage des justiciables...
Rue de la Paix, enfin presque...
Paul-Albert IWEINS, président du Conseil National des Barreaux et Frank NATALI, président de la Conférence des bâtonniers
Avant de lire ces lignes je veux croire que vous accorderez un
quelconque crédit à la déclaration
solennelle que je formule en préambule : " ami lecteur, je te
jure que je n'invente rien des lignes qui vont suivre."
J'accrois également que tous ceux qui ont croisé
ma fille, son incroyable à-propos et le pittoresque qui la
caractérise porteront foi à ce billet.
Ordoncques, ma Tarquinette, elle raffole des petits fascicules que je
lui imprime en ligne.
Elle en offre à sa maîtresse, à ses
copines, à sa tata et évidemment parfois
à sa mère.
Elle a écrit le livre des chats, le livre des poneys, le
livre des livres etc.
Ce soir elle me tend un de ces petits pliages de papiers joliment
décoré de fleurs et d'arabesques.
Celui-là elle l'a intitulé " J'aime Maman !
". Et je peux vous dire que je n'en suis pas peu
fière !
Quand je l'ai lu, je suis restée un instant
sonnée.
Et puis j'ai éclatée de rire.
Un rire de joie, d'amour et de surprise.
Courageuse Tarquinette, oui tu seras toujours le chevalier qui viendra
me délivrer des vilains brigands !
Merveilleuse Tarquinette, oui, je te le promets nous vivrons toujours
tranquille ensemble !
Délicieuse Tarquinette, tu es la plus fine plume, la plus
perspicace et la plus drôle de toutes celles que je n'ai
jamais lu
Audacieuse Tarquinette, tu es le sel, l'esprit et
l'authenticité réunis !
« J'AIME MAMAN
Bonjour, je m'appelle G. et j'aime très très fort
Maman.
Et un jour, Maman se fait kidnapper par un brigand.
Je me cache, et le brigand ne me trouve pas !
Et dès qu'il est parti, il a emporté Maman avec
lui.
J'accours et finalement, j'ai réussi à la
délivrer.
Et enfin, nous vivons tranquille ! »
Transcription fidèle bien
qu'à l'orthographe rétabli du livre de Tarquinette
Et l'histoire, racontée, à ma demande,
par la demoiselle dont s'agit :
Ce matin, le brouillard la nimbait. Alors en sortant de chez
Marek, la boulangerie où l'on achète du pain qui ressemble à du
gâteau, j'en ai pris le chemin avec mes
tarquinets. Parce que l'on y retourne souvent depuis le jour où je n'ai pas eu le
cœur de leur refuser d'allumer une
bougie pour Papa.
Elle était belle. Elle l'est toujours.
Et puis j'y étais bien. J'y suis toujours.
J'ai pensé par devers moi que ces vieilles pierres avaient
le pouvoir le chasser mes démons... Et je me suis dit que je
ne l'écrirai pas ici pour un empire ! Mais comme je ne sais
décidément pas mentir et que cela me fait
moi-même sourire, je peux bien l'avouer ! J'y ai trop de
souvenirs pour renier un seul instant l'effet qu'elle me fait cette cathédrale
où ce n'est plus mon père mais mon Tarquinou
— le plus grand charmeur que la terre n'ait jamais
porté ! — qui m'a déclaré
une fois encore que j'étais belle (il me le dit en moyenne
cinq fois par jour alors même que je le somme de cesser
définitivement ces basses flagorneries !).
Et puis j'ai tourné la tête et je les ai vus ces
ogives qui se croisaient sans jamais s'entrechoquer. Il y aura
dorénavant dans ma vie la croisée d'ogive comme
il y a eu la croisée des chemins. Le
moment précis où un démon
s'éteint. C'était ce matin et c'était
bien.
Ma Zomozygote de Philomène,
pour qui je levais le coin d'un voile sur mon
prospère élevage de démons, a eu cette
formule grandiose : « Allez, c'est tout.
» « Allez, c'est tout »... Trois
mots
frappés au coin du bon sens.
Les évidences ne se noient que trop dans les longs discours
et rien ne vaut un bon coup de marteau sur les orteils pour se sortir
de la marmelade dans laquelle les espérances nous engluent !
Ces trois mots ont eu cette précieuse fonction. L'expression
peut prêter à sourire et je ne l'avais plus
entendu depuis des années. « Allez, c'est tout
» Je ne sais pas si elle le sait
elle-même mais ce
sont exactement les mots qu'aurait prononcés ma
mère. Je me les répète comme si
j'avais peur de les oublier encore. Je les polis comme un
trésor trop longtemps enseveli. C'est qu'il m'apaise
sacrément ce « Allez, c'est tout
» Je ne
sais pas s'il suffira à tarir les mets que j'offre en
pâture à mes dragons goulus mais une chose est
sûre, c'est un petit refrain qui me va bien en ce moment...
Il m'a ouvert les yeux sur ce que je voulais faire de ma vie... Tout
sauf ce que je suis en train de cochonner ces temps-ci...
S'agréger, se retrouver, déambuler.
Cavaler sur les avenues et entre elles, dans les passages élégants.
Se serrer dans les salles de cinéma.
Besson, évidemment ! qui aime toujours autant les femmes à la chevelure orange ! Arthur, ce n'est certes pas le cinquième élément. Mais tous les trois, malgré leur 7 ans d'écart et leurs goûts si différents, ils sont tous sortis contents ! Et moi aussi, je l'avoue. Ce n'est pas un monument, peut-être. Mais c'est un film bien. Curieusement il m'a rappelé les films qui passaient à la télé, il y bien longtemps. Quand je la regardais des heures durant, pendant les vacances de Noël. Un film avec une patine discrète, comme on a oublié qu'on en faisait avant. Certains diront que le scénario est plat. Moi je l'ai trouvé délicieusement modeste. Quand les temps cinématographiques sont aux rythmes éreintants et parfois aux rebondissements asphyxiants, je ne dédaigne pas que l'on me pousse une chansonnette où l'on se surprend à sourire en fredonnant un refrain léger et gracieux. Si j'en crois l'enthousiasme des enfants dans la salle, je n'étais pas la seule à céder aux charmes de cet univers.
Je les fais défiler une à une d'un quart de
scroll de souris. Précis et sec mouvement de l'index sur
lequel se cale l'œil censeur.
Je les jauge et je me juge aussi : pas une seule ne me plaît.
Toutes bonnes à jeter.
Et je ne verse même pas dans le simulacre d'en accuser mon
Canon...
Je les couche une à une. Et elles me donnent la
nausée, ces phrases alambiquées.
Trop mièvres, trop chialeux ces mots que je
déguise en boniment.
Je me déteste d'être la proie de démons
que je nourris grassement.
Je me déteste d'être à la merci d'un
cœur aussi obtus qu'ahuri.
Il faudra donc qu'il saigne tellement pour qu'elle se
réveille ma hargne salutaire et qu'elle ouvre enfin les yeux
de cet abruti d'organe amputé de toute sagacité ?
Je me déteste de n'être plus que mon seul sujet.
L'insecte est insigne sous un microscope...
Je vais regarder grouiller les pages des livres. Si mes
démons m'en laissent l'esprit.
Parce que le drame de ces états-là c'est que
surtout pour soi, qu'on devient son seul sujet...
Et je ne connais rien de plus pitoyable...
Aujourd'hui, Tarquinette m'a annoncé qu'elle allait
commander pour Noël un Top Model
!
- Un Top Model mais pourquoi faire ? me suis-je
écriée !
- Bah pour toi Maman !
- Pour moi ??
- Oui, je vais en demander une qui me ressemble. Comme
ça au moins tu arrêteras de me prendre en photo !
- (...)
Quand je me décide à lâcher mon
appareil. Tarquinet s'en empare. Et me shoote à son tour...
J'hésitais à présenter sa production.
Parce que je suis son modèle quasi exclusif.
Mais je lui trouve brougrement du talent à mon enfant...
Celle qu'il a prise ce soir avec Tarquinou m'a convaincu qu'il savait
saisir l'instant.
Tétine et pouce dans la bouche
Ses autres productions sont ici...
Et, peut-être parce que je regarde ses œuvres avec
les yeux d'une mère, je continue de penser qu'il est la
seule personne qui sache si bien me tirer le portrait...
Le bandit va bien. Il dort, le souffle encore court mais dans son lit
désormais. Il est toujours aussi souriant et se chamaille
tout autant avec sa sœur qui s'obstine à ne pas le
laisser gagner leurs folles courses à pied ! Quant
à le faire rester assis au prétexte de ne pas
épuiser ses ressources en oxygène autant pisser
dans un violon... Je devrais lui demander un peu de sa recette
à mon tubard... Moi qui ne suis jamais économe de
mouvement, j'avoue que ce soir c'est moins de bouger dont j'ai envie
que d'un brin d'humanité... Et quand un boisseau de puce
cherche la compagnie de ses semblables, c'est qu'il est vraiment
rompu... Le commerce de Morphée me semble un bon
début !
J'essuie encore une fois une salve de ces robots qui viennent
bouffer ma bande passante sans parvenir pourtant publier une seule de
leur immonde publicité... Vu l'importance de leur
consommation je coupe momentanément l'arrivée
d'eau...
Ce billet est spécialement
dédié aux vigiles de l'Hôpital Robert
Debré qui ont su faire preuve d'une particulière
patience avec la folle qui déambulait, un canon pendu
à son cou, le long des couloirs sombres et silencieux.
Qu'ils en soient ici remerciés.
Un scope qui sonne.
Sonneries par trop semblables pour ne pas
réveiller de lancinants souvenirs.
La raison n'a pas grand chose à voir là-dedans.
Simplement on se souvient.
Un autre prénom. Suivi du même nom. Ces deux-là qui se ressemblent
tellement.
On se contient. Mais on n'en guérit jamais tout à
fait.
Point de panique. Juste quelques larmes qu'on essuie d'un revers de
manche.
Non, chez moi rien décidément ne serait
être plus calme que l'épouse ou la mère
au chevet des siens...
Alors nous sommes restés des heures serrés l'un
contre l'autre.
Des heures durant lesquelles j'ai oublié les sonneries des
scopes pour ne plus entendre que celles des
téléphones.
« Oui il va bien — Non ne t'inquiéte pas
— Nous devrions rentrer ce soir. »
Nous ne sommes pas rentrés le soir venu.
Mais il n'y avait pas de papa qui s'inquiétait.
Il n'y avait pas non plus de grands-parents à
prévenir.
Pas de famille à rassurer.
Il y a juste quelque part dans le 9-3 une tata et un tonton qui un
dimanche de décembre ont sauté dans leur voiture
pour aller récupérer deux enfants
restés seuls dans un appartement de banlieue.
Il y avait de l'orage.
Et la pluie tombait drue sur la vitre cassée.
« Merci de cesser de spammer mes
feuillets de vos commentaires ineptes dont le but
avoué est
—par votre signature racoleuse— de rabattre des
lecteurs que votre talent ne semble pas suffire à engluer...
Puisque vous ne prenez pas même le soin de lire ceux que vous
polluez, je vous rappelle qu'un de mes billets vous est
spécialement dédié. http://bricablog.net/... http://bricablog.net/...
Souhaitant ardemment ne plus avoir à vous cotoyer, ici ou
chez moi, je vous remercie de contenir vos déjections chez
vous ! »
Tiens, je serais curieuse de voir combien de temps mon
commentaire va rester sur ses propres pages... Un esprit chagrin me
souffle qu'il est bien plus enclin à disperser les
poisseuses
réclames à sa petite gloire chez les autres
qu'à laisser un brûlot chez lui...
J'étais en retard ce matin. Alors je n'ai pas
rebroussé chemin. J'ai enfourné mes trois marmots
et mon vélo dans l'ascenseur et puis je suis partie, fait
rare, sans Canon. Parvenue sur le Pont-Neuf, mon retard ne
s'était pas réduit... il s'était au
contraire accru de façon considérable ! Il est
dans les usages de notre profession de solliciter les renvois en tout
début d'audience. L'aiguillon de la culpabilité
pour ce confrère qui m'attendait au premier rang des bancs
d'une chambre correctionnelle tourmentait donc mon âme. Cela
n'a pas suffit cependant pour détourner mes yeux de cette
lumière qui tombait sur la Seine, sur cette photo que je ne
prendrais jamais et qui, je le savais, était pourtant l'une
des plus belle que cette ville m'offrirait ! Plus tard, au
détour d'un couloir la Sainte Chapelle m'a sauté
au visage. Elle traversait le Palais au travers de croisées
anciennes dont le verre séculaire déformait
à l'envi les droites et les courbes de bijou de l'art
gothique. Plus tard le génie de la Bastille brillait de
milles feux devant de lourds nuages noirs. Je l'ai pleuré
toute la journée mon appareil photo...
J'ai réussi à attendre la fin du repas avant de
m'en saisir et ainsi armée de me mettre à
dévorer mes marmots... en une compulsive crise de
déclics et de zoom.
En ce moment pour une raison que j'ignore, je n'ai pas envie de mots.
J'ai envie de photos...
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