Papa, mes pointes et moi
Cet été alors que j'investissais la demeure avec
mes marmots, mon chat et des valoches à déprimer
un liftier, j'ai décidé que ça
suffisait ! Il était bien temps que les choses changent dans
cette baraque et qu'il était révolu le temps
où au prétexte de ne pas déranger les
vêtements des défunts les miens étaient
exclus des placards ! J'y ai passé deux jours. Deux jours
pour deux malheureux réduits qui débordaient de
tout ce que peut accumuler une famille pendant 30 ans. Tout en haut,
derrière les bombes aérosols
périmées depuis au moins une décennie,
il y avait un sac en plastique blanc réduit à
peu près en miettes.
Je l'ai extirpé en me demandant bien quelle horreur j'avais
encore dénichée.
Il y avait deux paires de chaussures.
Blanches, avec encore de la boue dessus.
Deux paires de pointes.
L'une avec des bandes oranges, l'autre avec des bandes vertes.
Car j'avais des soucis d'esthétique quand j'étais
jeunette...
Quand j'allais courir tous les dimanche matin en forêt avec
mon papa.
Il n'y avait que ces deux paires.
Il n'y avait pas les siennes.
Il n'avait gardé que les miennes.
J'ai couru pendant des années.
J'ai couru quand ce n'était pas encore la mode, quand il n'y
avait que nous à sautiller dans la boue en culotte courte !
Quand j'étais trop petite et que je n'aimais pas
ça.
Sauf qu'on était avec notre papa et que finalement si on
aimait bien, zomozygote et moi aller "cavaler" avec papa.
On a fait quelques compéte aussi.
J'ai en même fait beaucoup.
J'y crevais de trouille mais j'aimais ça quand
même.
Surtout les cross.
J'adorais les cross rien que pour l'odeur de l'arnica qui se
mêlait à celle du terreau frais.
Pour ces jambes crottées qu'on exhibait comme des blessures
de guerre quand ce n'était pas nos joues ou nos
scalps cochonnés qu'on arborait avec fierté !
Pour ces pointes dont on ignorait bientôt tout des couleurs
mais que je choisissais toujours avec goût.
Tout le monde avait des bandes bleues.
Mais moi j'avais des bandes oranges ou des bandes vertes...

Aujourd'hui, il y avait la course des remparts de Laon.
Tout le monde courait, sauf moi et Tarquinou. Et je trouvais cela
parfait !
Mais ce matin, en me levant, il y avait une putain d'envie qui me
taraudait.
Certains dormaient, d'autres se préparaient.
Moi j'ai été chausser de vieilles chaussures.
Parce que j'étais grandette mais encore jeunette quand
j'enfilais mes jolies pointes qui à bandes oranges, qui
à bandes vertes.
Et depuis toutes ces décennies, il y a belle lurette que je
ne les chausse plus.
Mais j'ai retrouvé tous les sentiers. Même celui
qui monte tout là haut et qui était bien
caché.
J'ai tourniquoté un peu mais je l'ai
débusqué.
Et je suis montée tout là haut, là
où je râlais parce que cela montait trop !
C'était surprenant.
J'ai trouvé cela facile.
Et surtout tellement bien...
Je ne rêve que d'y retourner...

A Laon, j'ai senti de nouveau l'arnica.
Et puis même si je ne partais pas j'avais toujours le coeur
qui s'arrêtait avec le bang du pistolet de départ.
Et puis voir tous ces pataloustics cavaler ça m'a fait chaud
au coeur...
Et je n'étais pas la seule à penser que ce
père qui gardait les pointes de ses filles aurait
été fier de voir tout ce petit monde courir au
milieu de la ville qu'il aimait tant...

Au fait, c'est décidé... je m'y remets
à la course à pied !

Par Veuve Tarquine
lundi 23 octobre 2006 à 00:27
De bric en vrac
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Commentaires
Le lundi 23 octobre 2006 à 10:18
par
Jean-Francois-Jef
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Le lundi 23 octobre 2006 à 14:03
par
Bull2r
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Le lundi 23 octobre 2006 à 14:16
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Gigi
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Le lundi 23 octobre 2006 à 16:09
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Evariste
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Le lundi 23 octobre 2006 à 16:20
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Onze
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Le lundi 23 octobre 2006 à 18:17
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Innée
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Le lundi 23 octobre 2006 à 22:45
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Yves
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Le lundi 23 octobre 2006 à 23:00
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Tout simplement Béa
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Le mardi 24 octobre 2006 à 00:03
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tuttle
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Le mardi 24 octobre 2006 à 02:18
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[ma][nu]
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Le mardi 24 octobre 2006 à 11:43
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pat
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Le vendredi 27 octobre 2006 à 21:22
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Rose
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