Quand j'étais étudiante et que je trimballais bien plus de malaises à vivre qu'à réussir mes examens (comme quoi il ne faut pas croire ses parents qui vous serinent depuis tout petit que de faire les études qui vous plaisent est un bonheur).
Bref quand j'étais étudiante et plus malheureuse qu'un champs de cailloux dans un pénitentier de l'ouest américain durant la première moitié du 19ème siècle (quoiqu'à mon avis, même dans la seconde moitié du 20ème ce n'est pas une sinécure non plus.)
Bref quand j'avais 20 ans et que j'avais l'impression de n'être pas comme tout le monde et que je me demandais bien pourquoi (ce qui me rendait très malheureuse, je précise à l'attention de ceux qui n'auraient pas suivi...)
Bref, il y a longtemps quand j'étais esseulée et désespérée, je me collais dans mon lit et insidieusement je m'ensevelissais sous les bouquins.
Il y en avait partout. A droite, à gauche, sur mon oreiller et jusque sous mes draps.
Je les feuilletais, les humais.
Au bout d'un moment, j'en prenais un, un que j'avais mis de longues minutes à élire.
Je m'installais sans prendre le temps d'ôter de mon lit ceux que je n'avais pas retenus.
Et je lui faisais un sort.
Je le dévorais tout cru.
Je ne lâchais sa carcasse qu'au matin s'il le fallait mais j'avalais tout son contenu.
C'était ainsi que je fuyais un monde que je ne comprenais pas.
J'en engloutissais d'autres...

Ce soir j'ai deux DVD qui m'attendent sur ma table de chevet.
Un CD audio qui ne demande qu'à vociférer.
Cinq bouquins que j'ai envie de bouffer.
Dans le lot il y a même un dico qui devrait me tenir toute la nuit s'il le faut.
J'ai aussi un ouvrage de dame : un truc molletonné sensass pour y enfourner mon appareil photo.

Je pense que je vais pouvoir tenir.
Le temps que Morphée vienne me cueillir comme un fruit trop mûr.
A moins que je ne m'écrase à la façon de la pomme sur la tête de Newton (vous lisez Gotlib ? moi j'aime beaucoup).

A oui, j'allais oublier, s'il y a des petits malins qui veulent qu'on se rue chez eux pour leur souhaiter "bon anniversaire".
Ce n'est pas la peine de venir faire le tapin tout de suite...
J'en suis désolée pour eux mais c'est le 25 que mon mari est mort.
Pas le 22.
J'espère qu'ils ne m'en tiendront pas rigueur...