Et la cruche, c'est moi ! Un rien potiche, l'anse échancrée à souhait, la courbe gracieuse. Bref, une véritable cruche de foire agricole, de celles dont on décore le bord de la margelle du faux puits en plastoc trônant au milieu du stand des picrates aigres aux noms ronflants !


Bref en matière de béguins, de transports amoureux ou de tocades sentimentales, je suis une véritable cruche de compète !

Ah ah ! Mais c'est que j'ai de bien belles conquêtes !

A moi le manipulateur au petit pied (mais à l'ego hypertrophié) dont le seul but dans la vie c'est d'être l'homme, le vrai ! Celui qui conduit la bagnole et vous éclaire de sa substantifique pré science sur la température de l'eau et la date de vos vacances !

A moi le bellâtre qui vous débite dans le blanc des yeux les plus brûlants serments tout en oubliant la présence de l'inopiné miroir. Celui qui bêtement vous offre le reflet de ses doigts qu'il croise dans son dos simultanément à ses tirades !

Avis aux amateurs de buse, de terre cuite, de vaisselle, il manque encore quelques spécimens pour parfaire ma collection !

Au stand des picrates au goût aigrelet, on attend encore le vigoureux et juvénile godelureau qui, une main dans le soutien gorge de la cruche, louche sur les couverts en argent.

Quant au vieil aigri aussi avaricieux que libidineux sera-il me séduire ?

Et le matois atteint de manie processive ? Celui qui cherche à s'attacher aussi efficacement que gracieusement les services d'une professionnelle de la chicane, il sera pour moi aussi ?

Un cruchon ce n'est pas très difficile à enjôler voyons !


Voilà voilà...

Ah oui, je précise aussi que si d'aucuns s'étonnent de ces propos peu charitables à l'égard d'amoureux consommés voire putatifs, je leur refilerais bien quelques louchées de sens de l'humour dont la nature, à l'inverse de clairvoyance, m'a fort bien pourvue.

Et puis consentez quand même que ma proverbiale méchanceté puisse enfin prendre sa mesure !

Comprenez-moi : dans la banalité de mes crucheries quotidiennes, c'est qu'elle est par trop manquante ma férocité de légende, ergo il faut bien que j'y laisse cours quelque part...

Je vous laisse, je vais me préparer pour ce soir... un teint de porcelaine, j'arborerai ce soir, de porcelaine, je vous dis...


Avis aux amateurs de faïence, je ne promets pas que ce billet défouloir ne rejoigne pas tantôt la longue cohorte des chiffres fantômes qui hantent la numérotation de mes feuillets...