Bien plus que le tempo des fins d'année civile et ses bilans que d'aucuns dressent, j'ai conservé de mes années d'études le rythme scolaire puis universitaire. Plus que le passage d'une année à l'autre ce sont les vacances d'été, celles qui précèdent ce qui restera toujours pour moi "la rentrée", qui bercent mon temps qui passe.

Je les compare d'une année à l'autre. J'ose même me souvenir de celles d'antan. Je mesure non seulement leurs qualités respectives mais je sonde aussi les mois écoulés avec une distance que j'aimerai savoir retrouver les onze autre mois de l'année.

Et puis surtout c'est l'heure où je prends mon élan, où je prends appui sur l'année écoulée pour aborder la prochaine forte de convictions dont l'expérience m'apprend qu'elles n'ont rien d'éphémères. Moi qui ne borne jamais ma vie de ces promesses faites à soi-même ou de ces principes qu'on embrasse hâtivement,  considérant qu'en vous obligeant  ils vous rendent surtout aveugle à la fortune et à la chance, il me faut pourtant bien reconnaître que ce que je retiens de mes vaticinations estivales sont foutrement sagaces.

Je me souviens m'être convaincue ici même il y a un an que de mon veuvage, j'abandonnerai déjà un pan. Que je me frotterai de nouveau au jeu des rencontres et que ce n'est certes pas sur un bûcher que je me consumerai. Cela me semblait terriblement ardu et je suis tombée des nues : c'est simple comme bonjour de mettre fin à une chasteté de circonstance. Ce qui est éminemment complexe c'est la consistance de ce qui l'accompagne. Mais cela je le savais déjà.

Cet été pourtant, avant d'être celui des bilans, fût surtout celui de la quiétude et de l'apaisement. Aise de découvrir combien je me sens bien dans cette baraque devenue mienne, bonheur d'y recevoir ceux que j'aime, joie de continuer son histoire et avec elle, la mienne. Je me la suis si bien appropriée que je m'y forge mes souvenirs pour plus tard ; ceux que l'on amorce par un « cette année là... ». De vraies vacances parce que vacantes aussi : j'ai oublié mes dossiers, j'ai oublié de bloguer, j'ai oublié mes mails, j'ai délaissé mon VAIO et même mon appareil photo. Je suis parvenue aussi à éconduire les démons qui ont plombé mon mois de juillet. De vraies vacances où plus grand chose n'a d'importance si ce n'est de profiter des commensaux, de l'odeur de la peinture et même des feux dans la cheminée consentis par cet été si vivifiant...

Si la vie m'a trop bousculée pour conserver la moindre certitude de ce dont elle sera faite désormais, j'ai la conviction en revanche qu'il y avait tout à gagner à la bouffer que de se laisser bouffer par elle. Cette année fût celle des yeux qu'on ouvre, gourmands et parfois trop crédules, celle des appétits retrouvés et encore mal rassasiés, celle aussi de tous les affres qu'on essuie quand on est infoutue de ne pas la saisir autrement que dans un étroit corps à corps.

Être incompétente à ne pas esquiver les boniments de la vie je veux donc bien m'y résoudre. Mais ne pas esquiver ce n'est pas non plus tout encaisser obtusément. Et s'il y a un augure que je retiens de ce bilan c'est bien celui de n'avoir aucune envie d'inscrire l'indigeste lotos dans mon régime alimentaire alors même qu'il serait accommodé de mets de choix. J'ai trop faim pour cela.

Ce coup-ci, je crois bien que je suis de retour...