La clope et mon Canon ou le désamour et l'attachement
Mon premier Canon est revenu.
Je pensais pouvoir m'en défaire.
Je pensais que le second me ferait oublier le premier.
Mon premier Canon c'est ma victoire sur la clope.
C'est le cadeau dont j'avais toujours rêvé.
C'est une folle équipée à la FNAC un
samedi de fin d'année.
Le métro avec trois mômes en goguette.
Le petit dernier dans une poussette que je saisissais à bras le corps malgré mes paquets,
déclinant avec une rare opiniâtreté
toute proposition de partager mon fardeau à chaque franchissement d'escaliers.
Mon premier Canon c'est un an sans la moindre cigarette.
C'est l'incroyable pari que j'avais pris entre la mort de mon mari et
celle de ma mère.
Moi qui n'avait jamais de ma vie arrêté de fumer
plus longtemps qu'une nuit de sommeil.
Moi qui avait fumé comme un pompier jusqu'au terme de toutes
mes grossesses sans avoir pu y trouver la nécessaire
motivation de cesser.
Moi qui m'étais levée à la force des
poignets à peine une heure après avoir
accouché.
Moi qui traversée par une sonde dans un lit
d'hôpital, avec la formelle interdiction d'en sortir, avait
tellement dérouté le personnel médical
qu'ils y ont fait, quatre jours durant, semblant de ne pas m'y voir cloper,
Moi qui était tétanisée à
l'idée de me passer de cette fumée sans laquelle
je ne savais plus exister, depuis plus de 22 ans.
Mon mari avait su me convaincre d'affronter son arrêt.
Nous avions programmé d'arrêter ensemble en octobre.
Il est mort sans prévenir en septembre.
Pourtant un dimanche d'octobre j'ai écrasé ma clope dans un cendrier et puis j'ai pris ma voiture,
Je suis allée dans un vague hôpital de banlieue
Je me suis assise près d'une femme méconnaissable.
Méconnaissable même pour ses enfants.
Je lui ai juste dit que j'avais arrêté de fumer.
Elle m'a juste dit : C'est bien ma fille.
C'était le dernier jour où je l'ai vu, le dernier jour où je lui ai parlé.
Le cancer l'a emporté loin d'ici.
Mon premier Canon c'est tout cela réuni.
C'est d'avoir tenu cette promesse muette.
Celle faite à mon mari, celle faite à ma maman,
Alors j'ai pris un câble.
J'ai uni Canon et VAIO.
Et j'ai remis mon nom dans l'appareil photo.
Le nom qui apparaît dans tous les fichiers exif.
Je pensais m'en défaire.
Mais pas ainsi.
Pas comme ça.
Pas sans rien.
Pas maintenant.
Par Veuve Tarquine
mardi 1 août 2006 à 22:55
Chagrine Tarquine
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Commentaires
Le mardi 1 août 2006 à 23:45
par
Laurent
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Le mercredi 2 août 2006 à 00:04
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Pierre-Jean
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Le mercredi 2 août 2006 à 07:33
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Le samedi 5 août 2006 à 08:49
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Marc
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