Il suffit de le réclamer à corps et à cris et le voilà qui fuit.
Alors j'écoute la nuit et je guette la silhouette des moustiques qui viennent se cogner à la lumière de mon écran.
J'essaye de ne pas penser à cette écrasante température, qui m'indiffère assez si ce n'est qu'elle me rappelle 2003. L'année où tout a basculé.
Un moustique vient de prélever sa dîme sur le petit orteil de mon pied droit.
Il me distrait un instant de cette sirène de SAMU que je ne cesse d'entendre retentir.

J'ai menti à tout le monde.
Et d'abord à lui-même.
Tout le monde se rassurait de me voir y croire.
Moi qui en avait tant vu dans mes dossiers de ces hémorragies cérébrales.
Moi qui était la seule à comprendre ce qu'ils me disaient, les termes étaient si compliqués.
Ils savaient pourtant que je savais. Je savais qu'ils savaient.
Ils ne m'ont jamais menti. Et je leur en ai toujours su gré.
Mais personne ne le voyait.
Je n'ai pas travesti la réalité. Simplement, je n'ai pas exprimé les non-dits.
Et déjà j'ai cultivé ma solitude.
Ils voulaient tellement y croire.
Moi aussi. Tellement que je ne voulais même pas briser leur espoir.

J'ai pas partagé ma peine.
Il n'y avait qu'à lui que je savais confier mes chagrins.
Lui il s'en foutait que je sois solide ou non. Il me prenait juste dans ses bras et me serrait à me rompre. Il n'aimait pas voir les gens malheureux. Et moi, moins que quiconque.
J'ai pas partagé ma peine.
Et je sais bien que je ne le ferai jamais.
Je ne suis pas même certaine de savoir encore partager un chagrin quel qu'il soit...
Je ne crois pas.