Un silence règne en bas de ma rue.
Un silence gourd où j'ai l'impression que chacun se ramasse.
Nul enfant ni nul chien ne vient le troubler.
Pas de pétarade, pas de crissement de freins ne vient le briser.

Alors mon vélo, Tarquinou et moi nous sommes partis chercher un peu vie.

J'ai vu tant de drapeaux accrochés que je ne savais plus qui vendait et qui se contentait de supporter.
J'ai entendu dans les échoppes des airs de radio composés pour l'événement.
J'ai vu des jeunes et des moins jeunes arborer sur leur torse des tonitruants "merci Zizou".

Et puis j'ai vu le mari de Samira qui s'en revenait du marché avec son petit dernier.
De son grand rire sonore il m'a alors arraisonnée.
L'homme est un footeux, un vrai, un qui suit les match des plus infimes divisions et qui vous décortique un match comme j'aimerai savoir commenter un arrêt !
Un brin goguenarde, je lui demande quelle équipe il supportera ce soir.
Il éclate de rire et me répond :
« la France enfin ! Tous mes enfants sont français, ce n'est pas rien ! »
Comme j'étais bien embêtée de lui avoir posé une question aussi bête, il rajoute alors :
« Les grands sont partis vous n'allez quand même pas rester toute seule ce soir ! »
« Venez voir le match à la maison, il y a tout le monde ! Même mon frère sera là ! »
« Mais vous savez je n'aime pas le foot moi ! »
« Mais peu importe ! Il faut les SUPPORTER ! »

Son enthousiasme me faisait chaud au coeur et j'avoue que je m'interroge encore quant à savoir si c'est chez moi que je vais supporter ce match ou chez ceux à qui il donne tant de joie...