• Tomber en sommeil comme d'autres tombent en amour : fougueusement, ardemment, passionnément.
  • Rejoindre Morphée et s'abandonner enfin sans complexe dans des bras aimants.
  • Cesser de vouloir comprendre, cesser de redouter ou d'espérer.
  • Se défaire de ses craintes et surtout de ses espoirs.
  • Dormir sans rêves, dormir pour s'oublier, dormir pour ne plus exister.

  • Nager dans l'éther à en tomber d'épuisement.
  • S'enivrer de sa propre absence à s'en évanouir pour de bon.
  • Respirer le vide à pleins poumons, à en perdre haleine, à s'en étourdir.
  • S'exalter d'être une éclipse, se griser de n'être plus.
  • Dormir à n'en plus finir, à ne plus savoir qu'en faire, à ne plus vouloir mettre pied à terre.

  • Et puis, quand les brumes se dispersent, tenter d'en accrocher de ses doigts en crochet les derniers lambeaux.
  • Vouloir les retenir, les presser contre soi et s'en tenir chaud.
  • Mais inexorablement sentir de nouveau la gravité de son corps, son poids sur le matelas et le glissement de ses membres sur les draps.
  • Alors se résoudre à laisser se dissiper les dernières vapeurs du Léthé dans lesquelles on flottait.
  • Mais se nourrir de leurs souvenirs et conserver l'impression diffuse qu'un ailleurs existe pas très loin, ou à défaut quelque part.
  • Comme je l'espère le temps où la complexité quittera enfin le devant de la scène...