Ce soir sur la Place de la République j'ai vu un beau merle noir.
Il était pourtant transi de peur.
Il reposait sur les pavés, les ailes repliées sur sa belle toison sombre.
J'ai croisé son oeil rond, affolé, incrédule.
Il était pétrifié devant une longue file de taxi.
A deux pas de mes propres roues.
Sur cette immense place j'étais pourtant la seule à le voir.
Je n'ai pas eu le temps de freiner.
La voiture a démarré et comme dans un film j'ai vu affolée, incrédule la roue venir, faire jaillir son sang, le réduire à néant, anéantir inéxorablement l'oiseau immobile et dont l'oeil semblait s'aggrandir.
Odieux ralenti durant lequel je n'ai entendu que mon propre cri.

Alors la peur m'a saisie à mon tour.
Celle iraisonnée qui vous prend les tripes et vous ravit la superbe dont on se fait l'illusion qu'elle vaut quelconque protection.
Laissez-moi foncer
Laissez-moi batailler.
Laissez-moi même ruer ou anéantir.
Par pitié, laissez-moi agir et serait forte, pas une larme s'il le faut, ne perlera !

Mais réduisez moi au silence, à l'attente et à l'expectative et je deviens fantôme errant, spectre d'impuissance se nourrissant de cauchemars, de craintes et de démence.

Avec des mots et des paroles l'ombre du merle a fini par me quitter.
Avec des mots et des paroles, les cauchemars se sont éloignés.

Milles mercis pour vos textos, vos mails ou vos pensées.