La musique, les lampions — et la poterne.
La musique était entraînante et les lampions
colorés. Moi, j'avais envie d'oublier les secrets
compliqués pour retrouver les éclats de rire
qu'on partage sans que nul ne vienne vous en rendre comptable, la
folle complicité de ceux qui cambriolent dans les pots de
confiture à la nuit tombée et la franchise des
acolytes qui réunissent leur précieux butin pour
mieux le faire goûter à l'autre.
La musique était entraînante et les lampions
colorés. Et moi en dépit d'une déveine
presque proverbiale, je n'ai absolument aucun goût pour les
drames pas plus que pour les sacs de nœuds où
certains puisent le sentiment d'exister.
Les lampions étaient colorés et comme mes yeux
n'étaient plus embués de larmes je les ai
trouvés encore plus lumineux.
La musique était entraînante et comme j'avais
sorti la tête hors de l'eau, je me suis mise, du bout du
pied, à en battre la mesure.
Je me suis alors aperçue qu'il y avait des années
que je ne m'étais pas amusée, que je n'avais
prisé cet indéfinissable parfum de
simplicité, celle des rires spontanés qu'on
échange sans faux-semblant, celle des sourires de connivence
qui vous révèlent en
un quart de seconde plus que toutes les explications
alambiquées que se servent les couples sans joie.
Rire c'est la plus belle excuse d'être ensemble, c'est
l'autorisation d'enfreindre ce qui ne devait durer qu'une chanson, ce
qui ne devait dépasser l'instant minuté d'une
rencontre en marge de la vie de chacun.
Alors quand le silence se fait et qu'on demeure
hébété d'avoir bu plus que de raison,
d'avoir pris goût à ce qui demeure interdit, quand
on devine que danser plus encore, va ouvrir la terre sous vos pieds,
quand de légère et fugitive la valse risque de
devenir tourbillonnante et passionnée, il faut alors
affronter le chemin parcouru, tous ces pas
entremêlés qui convergent vers le centre de la
piste, là où la lumière est plus dense
et les regards plus pesants.
A moi il me semblait qu'y tendre à ce centre
était une imposture alors en me gardant bien de le regarder,
sans vouloir ne rien demander à personne, j'ai
commencé par emprunter la seule issue que je croyais
possible, à savoir le chemin de la sortie.
Il semblerait pourtant qu'en voulant m'éclipser
discrètement j'ai singulièrement
oublié de demander à l'autre comment
lui-même entendait finir la soirée.
Il paraît désormais que derrière les
rires qu'on partage, les sourires de connivence qu'on
échange et le butin malicieux et sucré qu'on
réunit à deux, se cacherait une poterne.
Une petite porte qui ne serait visible que lorsque
s'éteignent les lampions et s'arrêtent les flon-flons.
Un battant que seuls peuvent franchir ceux qui, se tenant par la main,
en ont mesuré le poids et
sont parfaitement conscients de leur choix. Nul ne sait si cette petite
croisée là s'ouvrira devant moi mais le fait de
savoir qu'elle existe me convainc que je ne vais pas faire semblant de
l'ignorer et que plutôt que de lui tourner le dos, je vais
d'abord soupeser l'idée de la pousser : on ne fuit pas la
vie quand celle-ci vous sourit, pas plus qu'on ne contourne les projets
qui vous mettent des étoiles dans les yeux...
Par Veuve Tarquine
mardi 13 juin 2006 à 22:27
Tréfonds et sentiments
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Commentaires
Le mardi 13 juin 2006 à 22:38
par
Fab
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Le mercredi 14 juin 2006 à 01:22
par
marionette
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Le mercredi 14 juin 2006 à 08:16
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Le mercredi 14 juin 2006 à 10:32
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Le jeudi 15 juin 2006 à 01:02
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claire
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Le jeudi 15 juin 2006 à 13:20
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Laurence de Boulogne
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Le jeudi 15 juin 2006 à 13:21
par
Laurence de Boulogne
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