Rentrer à point d'heure car ceux qui ont la moitié de mon âge et leur propre cheval de bataille se sont mis en travers de mon train.
Traverser une gare déserte où les lumières crues n'attirent plus l'œil sur des clinquantes richesses mais sur des rideaux de fer rouillés et des chochards transis.
Reprendre sa ligne de métro, celle qu'on a arpenté quand on avait 20 ans, le soir, la nuit,  le matin, celle qu'on connaissait si bien que selon ma destination, pour n'importe laquelle de ses stations et sans jamais me tromper je ne levais les yeux de mon livre qu'une fois la rame arrêtée.
Se souvenir que certains soirs de solitude je m'y jettais comme on prend la fuite pour aller rejoindre une librairie à l'autre bout de la ville qui m'offrirait de quoi tromper mon ennui.
Voir sa station à soi, celle des premiers amours, celle où l'on rejoignait l'appartement de l'un de ses premiers amants ; celle où plus tard et parfaitement fortuitement je louais au pied d'elle un minuscule appartement.
Y passer ses années d'étude et puis aussi l'année où l'on se décide à le partager avec celui dont on sait qu'il est l'homme de sa vie. Se souvenir des baisers qu'on échangeait sur le quai, des rires qu'on y a partaé, des regards où se lisait qu'on s'aimait.
Au terminus, songeuse et triste, la quitter à regret pour attraper son bus.
Découvrir que les chevaux de bataille se partagent à tout âge et que cet autobus ne partira point. Alors maugréant d'avoir troqué ce jour-là sa bicyclette pour un TGV, cheminer à pied mélangeant ses larmes à la pluie qui n'en finit plus de tomber.