Ce n'est qu'à la nuit bien tombée que mercredi j'ai enfourché ma bicyclette pour me rendre au Bombardier, de sorte qu'avant même d'être arrivée à destination et par la grâce de mon téléphone portable, celle-ci avait changé. J'avoue qu'émue de retrouver le quartier où j'avais noué une intense et fidèle histoire d'amour avec le droit, je n'ai pas modifié ma route trop émue de tournicoter autour du Panthéon. D'abord la rue Soufflot où j'allais faire l'emplette de mes codes, avant de la contourner pour chercher mes polys (cela existe encore les polys dans les fac de droit ?). Ensuite la Bibliothèque Cujas où je n'allais que lorsque j'avais épuisé toutes les autres bibliothèques de droit. Je me demandais alors comment avait-on pu la concevoir si laide alors qu'elle était dédiée à une si noble matière... Moi j'allais en catimini bosser à celle qui lui est presque juxtaposée et dont la stupéfiante beauté me faisait oublier le reste du monde, la somptueuse bibliothèque Sainte-Geneviève dont le fond documentaire m'était étranger mais dont la lumière, la chaleur et la solennité m'enseignait l'humilité. Morbleu qu'il est loin le temps où je terminais l'année transie de trouille, de révision, d'examens et de l'indéfectible certitude que j'allais échouer ! Et puis j'ai quitté le Panthéon comme j'en ai terminé avec mes études : à regret mais consciente qu'il me faut continuer ma route.

Quelques coups de pédales plus loin me voilà Place de la Contrescarpe ! Café Delmas m'ont-ils dit. J'y suis ! Des bises, des bonjours, des sourires. On n'est pas très bien installé mais tant pis ! Je suis contente de revoir tant de personnes (et ce d'autant plus que j'avais séché la dernière édition !), des têtes connues, d'autres inconnues, des inconnus dont le nom m'est connu et des connus dont j'ai oublié le blog ! Peut importe c'est bien ! Sauf qu'il fait froid. Vraiment froid sur cette terrasse où j'ai le sentiment qu'on nous parque. J'essaye de commander un chocolat chaud. Une fois. Deux fois. Trois fois. Rien à faire ces gens débarrassent mais ne veulent pas prendre ma commande. J'ai trop froid, il me faut ce chocolat chaud ! Je file au bar tenter d'obtenir le remède à mon refroidissement. Un homme tronc sans sourire m'apprend que de bar il n'y en a point mais consent à prendre ma commande que je paye incontinent avant de retourner à ma place par le chemin des écoliers papotant passionnément. L'ère glacière qui règne sur cette terrasse prétendument chauffée a raison de mes rencontres et je file à ma place avant que mon chocolat ne refroidisse. Las! J'avais tout le temps ! Je ne peux que contempler la totalité de mon chocolat chaud répandu sur la veste de Brol et le serveur qui sans désemparer, sans humour, sans excuse et sans gêne lui explique que "cela ne tâche pas" ! Je l'avais payé ce breuvage de la discorde et à tort ou à raison je m'en sentais propriétaire ! Et de voir cet énergumène mal dégrossi faire semblant d'éponger ma boisson à coup de sopalin sur la veste de Brol — quand, vu la quantité répandue, c'était la tordre qu'il fallait — tout en nous abreuvant de sa mauvaise foi et de sa mauvaise humeur j'avoue que la mienne était déjà moins paisible ! Un saut plus loin auprès du bar qui n'en était pas un, il me fût assuré, non pas spontanément mais à ma requête, que les frais de teinturerie seraient remboursés.  Tout pétri de générosité, il ne nous fût pas non plus épargner, non pas des excuses mais un discours bien senti où nous étions coupables d'être nombreux et de consommer... Peste quel subtil raisonnement que celui-là : n'est-il pas vrai que dans un estaminet sans client on ne sert pas de chocolat chaud ! Je vais cesser là mes récriminations car j'ai la liste est longue de l'accueil que l'on nous a réservé dans ce café-là, souhaitons seulement que leur parole ne soit pas en l'air et qu'ils s'acquitteront de la note du teinturier.

Pour le reste, et bien c'était très bien :  c'était frustrant d'avoir trop peu devisé avec certains, c'était chic de voir des têtes nouvelles, c'était drôle d'en voir certain échanger leur rôle, c'était un chouette Paris-Carnet mais ce n'était pas grâce au Café Delmas !