Une nuit qui s'étire à n'en plus finir. Peut-être pour mieux savourer les derniers soupirs de cette Saint-Valentin, pinacle de mes détestations, journée honnie entre toutes celles des réjouissances obligées et vénales, une journée, plus que toutes les autres années, ô combien détestable. Je n'ai plus que mes fantômes à aimer sans regrets, odieuse satisfaction de savoir que les larmes qu'ils suscitent ne le sont que pour le bonheur passé. Eux n'ont plus qu'à m'offrir le souvenir de leur indubitable amour, dernière certitude dont on se repaît dans la solitude des nuits sans lune. Quand la chaudière s'est tue faute de carburant et que la température descend inexorablement, cela tient toujours plus chaud qu'un présent en lambeaux où la seule source de chaleur est le souffle lent et cadencé de ses enfants endormis sous les couettes. Ne croyez pas ceux qui vous disent que le froid est un bon anesthésiant, ce sont des bonimenteurs. Même à pierre fendre, la douleur est mordante.