Moment suspendu entre le départ et l'arrivée, c'est là où les regards s'échangent, d'autant plus impudiques qu'ils seront sans suite.
Certains jaugent, d'autres se montrent.
L'une est partie dans son livre plus loin encore que notre destination.
Concentré bigaré d'indidualités enserrées dans le verre et le fer.
Les regards voyagent. Du livre au clocher du village, du dvd au téléphone, moroses, absents ou avides, ils se croisent, s'ignorent ou se trouvent.
Noyé dans le brouillard effleurant les serniers sillons enneigés, le mien est un peu trop brillant.
Deux écouteurs fichés dans les oreilles, je m'abîme dans Brel comme on boirait cul-sec.
Je m'abîme de ses mots, jalouse de leur concision, de leur poids et de leur émotion.
Ils sont seulement trois, trois banals substantifs sur trois notes de pianos qui vous arrachent déjà des larmes, vous engouent ou vous transportent.
Concentré bigarré d'émotions ensérées dans le verre et le fer.
Moment supendu entre le départ et l'arrivée où il ne se passera rien si ce n'est de comprendre que les émotions ne se contentent pas de m'informer que je suis encore en vie. Elles m'y maintiennent, m'y reconduisent et m'y projette. Et tant pis si je fais partie de ceux qui tiennent en toute occasion leurs mouchoirs à portée de main, qui éclatent d'un rire expansif ou qui s'encolèrent au nom de principes désuets.