De la proximité et de son absence
D'aussi loin que je me souvienne je me suis sentie toujours loin de mes
congénères. Pas très loin, pas mieux,
ni moins bien. Juste un peu ailleurs. Si le décalage
n'était pas très grand, il a toujours
été constant. Petite c'était celui
d'être deux et, fortes de nos convictions, de tenir
tête aux adultes. A 15 ans, je
désespérais d'être comme toute les
filles de ma classe qui semblaient donner un sens à leur
existence en s'abîmant dans la contemplation de tel ou tel
joueur de tennis avant de brailler l'air inspiré sur de la
mauvaise musique synthétique. J'ai bien fait un peu semblant
d'être comme elles mais trop prompte à
m'encolérer de vermillon avant de descendre en flammes
l'abruti qui s'imaginait pouvoir faire un exposé sur
Homère sans en avoir lu la moitié d'un vers, je
n'ai jamais abusé personne bien longtemps... Je
dois reconnaître que l'université et ma
vertigineuse rencontre avec le droit m'ont procurée quelques
accalmies, comme si par le truchement de cette matière
j'avais enfin découvert que ceux qui m'entouraient
n'étaient finalement pas si différents de moi.
Mais comme on ne refait pas, j'ai petit à petit repris mon
habit de loup solitaire. Je soupçonne que l'inconsistance et
l'insipidité chronique des relations amoureuses avec les
garçons de mon âge n'étaient sans doute
pas étrangères à ce sentiment
d'être différente, parfaitement incapable que
j'étais de me satisfaire de ces joies
médiocres.
Et puis, là où je ne l'attendais pas Tarquin est
entré dans ma vie. Ce fût ensuite une
autre histoire. Une histoire d'amour, une vraie. Loin des
clichés, des idées reçues et des
formules tout faites. Si je ne me suis jamais départie d'un
certain sentiment d'étrangeté envers autrui, je
n'en ai plus jamais souffert. Entre mon formidable bonhomme et mes
trois marmots, le monde aurait pu tourner à l'envers que je
ne l'aurais peut-être pas senti. Sauf que c'est mon
monde à moi qui s'est mis à tourner à
l'envers, et que j'ai découvert alors ce que signifiait la
douleur.
J'ai trop pansé mes plaies en solitaire pour ignorer que ce
qui était vrai à 7 ans l'est encore
trente et quelques années après. Cela je le sais,
je le sens au plus profond de moi. Pourtant entre 7 ans et trente et
quelques années plus tard, la différence est
démesurée, insondable. C'est celle de n'avoir
plus personne dont je me sais indéfectiblement proche. Ceux
qui me savaient, qui comprenaient, qui m'acceptaient ainsi. Ceux qui se
tenaient loin des jugements et des leçons de maintien, ils
sont partis, tous morts et enterrés. Je n'ai pas l'impression
d'avoir beaucoup changé mais ce gouffre là,
putain qu'il est profond.
Par Veuve Tarquine
vendredi 27 janvier 2006 à 00:04
Chagrine Tarquine
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Commentaires
Le vendredi 27 janvier 2006 à 00:27
par
padawan
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Le vendredi 27 janvier 2006 à 10:18
par
cecile
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Le vendredi 27 janvier 2006 à 10:26
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