Monument au mort axonais : 1917 - Nos morts sont vivant

Le nez dans le guidon, ce n'est qu'à huit heures que je l'ai levé du dossier dans lequel j'étais plongé, avertie par un léger gargouillis stomacal de l'heure déjà nocturne bien que vespérale.
Pas de cris, pas de stylos à récupérer des mains du petit dernier, pas de perles qui crissent sous le papier, pas de télé, pas d'ordi. Rien. Le silence.

Un coup de fil plus tard me voilà effondrée au prétexte que ma tranquillité est assurée pour la soirée : erreur de compréhension ou inattention de ma part : ce soir, les Tarquinets se font dorloter par Tata.
Et me voilà comme une âme en peine, hésitant même un instant à aller les chercher quand je pourrais me féliciter d'avoir la paix et le temps d'un cinoche ou celui de terminer mes recherches ou d'aller musarder dans Paris, l'objectif en goguette.

Mais moi, je voulais finir de leur lire le Petit Prince ce soir ! Et aussi le livre du caca. Et puis je voulais leur faire des câlins et aussi des chatouilles et puis des bisous. Beaucoup de bisous.

Alors j'ai raccroché bêtement mon téléphone complètement décontenancée d'être sans ma marmaille, pas même convaincue qu'épuisée comme je suis aujourd'hui, avoir un soir de relâche, serait-il même imprévu, ne peut m'être que bénéfique.

Il est vrai que j'aurais été peut-être irritable avec ma fatigue en valise — voire exécrable si je pèse le poids de ce bagage. Mais une chose est sûre, j'aurais trouvé l'énergie de ne pas me laisser envahir par cette gluante mélancolie qui m'empoisse depuis deux jours.

Demain matin j'irai au cimetière et, même si je sais combien cela est vain, je lui dirai bonne année.