Ce soir, j'ai appris que nous étions le 16.
Moi, je croyais que nous étions le 15.
Le 15 c'était l'anniversaire de ma maman.
Donc hier, je n'ai pas pensé à elle puisque je pensais que nous étions le 14.
En revanche et parce que j'ai appris que nous étions le 16, je n'ai pas eu le temps d'ignorer l'anniversaire de ma fille.
Elle était à table, éperdue de paroles et perdue dans ses cheveux et moi, je la trouvais belle.
Pas raisonnable du tout mais belle !
Aussi belle que le bébé potelé qu'elle était au point de sa vie.
Et comme les souvenirs ne restent pas sagement à la place qu'on leur assigne, certains d'entre eux sont sortis du bois.
Qu'ils étaient fameux ces éclats d'hilarité qui ont présidé sa naissance.
Une puéricultrice collante et nunuche qui s'obstinait à penser que nous allions prénommer notre Tarquinette Germaine, se faisait la conservation à elle-même. A telle enseigne qu'elle ne nous permettait, pour toute intimité, que de se contenter d'échanger des regards aussi complices qu'amusés.
Les yeux vissés l'un à l'autre mon Tarquin devinait au battement de mes cils mes premières contractions. Navré d'impuissance dans cette vaste entreprise, mon mari s'emparait alors  du seul instrument qui lui soit autorisé : une vulgaire bouteille d'eau pressurisée que j'avais apportée en prévision d'une hypothétique canicule !
Émue par sa sollicitude je n'osais refuser son aide de sorte qu'à chaque froncement de sourcils je hochais vigoureusement du chef quand fusait son « un petit coup de pschiitt - pschiitt ? ».
En l'an de grâce 1998, le mois de novembre était de saison de telle façon que la température du 16 courant était, comme aujourd'hui, plutôt fraîche.
Étant par nature singulièrement frileuse, je me retrouvais après quelques aspersions frissonnante sous un mince drap d'hôpital, les lèvres bleuies de froid mais forte d'une irrépressible envie de rire.
Tarquin qui lisait en moi comme dans un livre pour enfant découvrit et partagea immédiatement le comique de la situation.
C'est ainsi qu'en attendant Germaine, bercés par un soliloque haut-perché, nous partageâmes la plus mémorable de nos crises d'hilarité : l'anesthésie à coup de pschiitt - pschiitt.
C'est peut-être pour cela qu'elle aime tant rire ma Tarquinette.
Pour tous ces rires partagés dont le souvenirs me fait encore pleurer aujourd'hui.
Bonne anniversaire ma Tarquinette adorée (je ne lui dis pas trop fort car la fête est pour samedi !)