Il est également exact qu'à la suite d'une rodomontade que Tarquin avait lancé à des ados qui balançait des bouteilles en verre sur la chaussée, nous avions retrouvé nos rebords de fenêtre jonchés de la caillasse avec laquelle ils s'employaient à briser celles-ci.

Mais on ne peut pas nier qu'un jour le petit frère de Mohamed est resté toute la journée avec les policiers !

C'était en 1996, Mohamed avait 13 ans, il marchait dans la rue. C'était les vacances de Pâques et il allait, avec son petit frère, rejoindre sa mère qui était au marché. Un car de police est passé et leur a demandé leurs papiers. Mohamed n'avait pas de papiers. A 13 ans on ne pense pas toujours à trimballer ses papiers d'identité, même lorsqu'on s'appelle Mohamed et que l'on a le teint très basané.

Alors il a dit au policier qu'il allait les chercher et qu'il les apporterait au Commissariat. Il est donc retourné chez lui, il a pris sa carte d'identité (parce qu'il est français Mohamed) et il a été voir les policiers à l'autre bout de la ville. Comme sa maman n'était pas rentrée et qu'il n'allait pas laisser son petit frère tout seul, ils sont partis tous les deux.

Mais quand Mohamed est rentré dans le commissariat pour montrer ses papiers, il a soudain été menotté et puis on lui a dit qu'il avait cassé toutes les vitres du RER.

Cela a duré 18 heures.
Il n'a pas vu d'avocat.
Il n'a pas mangé.
Il a eu très peur et il a sans doute pleuré.


Il a aussi reçu une claque.

On lui a aussi montré une déclaration où il n'avait plus qu'à signer pour partir. Mais Mohamed savait lire et il refusait de mettre son nom sous les phrases qu'il n'avait pas prononcées. Alors les policiers l'ont gardé longtemps. Et avec lui son petit frère de 5 ans.

Quand sa mère criant de peur, de drame et en langue étrangère est venu le chercher, on a refusé de lui donner. Alors elle a attendu en pleurant sur la Place jusque tard dans la soirée. Pour récupérer son petit dernier, presque tout le quartier s'était réuni à ses côtés.Quand enfin, il est sorti, il parait qu'il avait juste faim.

C'est le père qui a pu ramener le puîné. Il faisait nuit depuis longtemps. Mohamed avait vécu la plus longue journée de sa courte existence.

Il avait 13 ans.
Il n'a pas été en prison puisque le juge des enfants l'a relaxé des fins de la poursuite.
Et puis l'IGS avisée des curiosités de ce dossier s'est endormie.

Aujourd'hui Mohamed est très grand ! Mais quand sa sœur Fatima a été arrêtée par la police, il n'était pas là. Il sautait en parachute quelque part à l'étranger. Mohamed est très fier de faire partie de l'armée française mais il est toujours aussi gentil.

Fatima, lorsque j'ai été la chercher au commissariat, était menottée à un banc, honteuse d'être ainsi exposée mais consciente que c'était pour lui éviter la cellule surpeuplée. Elle s'est mise à pleurer en me me voyant alors je me suis assise près d'elle et elle a posé sa tête sur mon épaule. C'est pourquoi, le policier de l'entrée m'a demandé pourquoi je fréquentais pareille racaille.

C'est vrai que la maman de Mohamed et de Fatima elle ne parle pas très bien le français. Mais je lui ai confié ceux que j'avais de plus précieux au monde et elle a non seulement veillé sur eux mais elle les a couvert d'amour mes trois tarquinets ! Et puis j'ai été au mariage de l'ainé aussi. Alors oui, monsieur le policier, je la connais bien ma racaille.

Même que quand mon mari est mort, mes tarquinets étaient bien abîmés et le papa de Fatima était bien triste de les voir ainsi. Comme il ne travaillait pas le mercredi, il avait décidé que ce jour-ci était dorénavant le "jour Mac-Do" ! C'est la raison pour laquelle, pendant plus d'un an, il a pris sous le bras mes deux aînés et les a emmenés chaque semaine, au temple du Big Mac.

Mes enfants l'appellent "Tonton". Et sa femme, ils l'appellent "Tata".

Parce que la vie quand on est seule, est beaucoup plus compliquée, maintenant ce n'est plus "Tata" qui s'occupe d'eux. Mais au moins une fois par mois, ils vont chez Tonton et Tata pour y passer une nuit et un bout du mercredi, et on passe parfois une heure ou en un coup de vent. Enfin on se voit souvent.

Ils disent "Tonton et Tata" mais ils pourraient dire "Pépé et Mémé".

Ce sont dorénavant leurs plus proches grands-parents !