Il est une saison où l'on s'est fait tellement happée par la vie que l'on a franchi des montagnes, gravi de tels sommets que le fardeau semble moins lourd.

Il est un instant où l'on sait aussi qu'il faut s'interdire de regarder sans cesse derrière soi, absolue certitude que l'on doit pas laisser son passé boucher son avenir.

Car les souvenirs ont tôt fait de vous escroquer le présent, les comparaisons sont délétères. Alors, un rien besogneuse bien que sans aucune forme de contrainte, je baisse le front pour faire route obstinément.

Parfois le train s'accélère et le pas s'allège tant que l'on a soudain l'envie de tendre les bras de part et d'autre en se rêvant princesse de la voltige.

Mais aimer l'ivresse de l'altitude ne signifie pas que l'on a, sans conteste, la force de regarder très loin devant soi. Les turbulences de la vie m'enivrent autant qu'elles m'apeurent, comme si peindre un avenir allait parfois brûler mon passé.

Alors, par moment l'on a envie de se tenir loin des deux, ne pas regarder derrière soi pas plus que d'envisager l'avenir, loin des cimetières et des secrets, simplement croire que dans le temps s'ouvrirait une minuscule niche où l'on se roulerait en boule en suçant son pouce.

Mais le temps ne connaît qu'un sens.
Mais le temps ne se rembobine pas.
Mais le temps ne peut s'arrêter.
Mais le temps ne tend que vers demain.

Un instant de repli où l'on fermerait les yeux et où l'on ne penserait à rien... Une belle illusion d'optique.