Mon bricablog me manque. J'ai envie de me lover contre lui comme on serre contre soi un nounours, un doudou ou un oreiller trop mou. Mon bricablog c'est bientôt deux ans de douceurs, c'est ma béquille, c'est deux ans de ma vie. Ma toile à moi, celle où j'ai ri, celle où j'ai pleuré et où j'ai aimé aussi.

C'est mon jardin à moi, pas vraiment secret mais celui où j'y cultive mes envies, mes bizarreries ou mes humeurs. Parfois j'aime y semer des orties, parfois de grands chênes à l'ombre épaisse et puis je fais aussi des cabanes entre les frondaisons pour recevoir les copains et échanger des sourires, des émotions et partager des silences. Il est parfois buisson d'églantine aux griffes si acérées que bien recroquevillée contre le tronc je m'imagine pouvoir voir le monde sans que celui-ci m'atteigne. Il est parfois prairies où s'ébattent les enfants, une forêt sombre où les cauchemars prennent vie et même des marais aussi profonds que mouvants dans lesquels je m'envase. Mais il ne sera jamais une roseraie pour accueillir les amoureux, parce que l'amour c'est compliqué, souvent douloureux et nécessite d'être deux.

Or mon bricablog il est à moi, à moi toute seule, comme un "nin-nin" qu'on ne partage pas.

Parfois, je le laisse un peu en friche, parce que mes idées sont trop indécises, trop brouillonnes et aussi trop équivoques. Alors j'ai peur de le salir... Car à mon bricablog je confie ce dont je n'aurais pas à rougir, ni dans un mois, ni dans un an, ni même dans un siècle. Je n'y scelle pas des choses immuables mais simplement des sentiments, des émotions dont je suis certaine. Des petits morceaux de temps avérés et évidents.

J'y écris toujours dans l'instant, poigne impulsive et plume véloce comme on déverserait sur le papier des surplus de phrases, des trop-pleins d'émotions. J'ai l'écriture impétueuse, oubliant presque un mot sur deux comme si j'avais peur d'oublier la phrase suivante presque trop présente mais la première n'est jamais irréfléchie. Mon bricablog est loin d'être journal intime, je n'y trace rien qui ne s'inscrit dans la durée. C'est juste un petit drapeau qui se met en vrille ou claque au vent, tombant ou flottant, il affiche ses deux couleurs, parfois piètrement parfois fièrement.

Une chose est sûre je ne veux pas y inscrire des doutes, des craintes ou des vérités d'un jour ; des petits morceaux d'ombres, de défiance ou de déception éphémères ou non; des bonheurs qui peuvent se découvrir pitoyablement insignifiants dans l'heure suivante.

Mon bricablog c'est mon ouvrage de dame. Celui où je vérifie l'harmonie des fils comme on pèse une phrase, compte les mailles comme on mesure les mots et où l'on s'absorbe dans la mécanique des aiguilles pour mieux écouter sa pensée. Et puis j'ai l'absolue certitude que nul ne s'avisera d'interrompre mes motifs ou même de sommer de mettre mes points entre parenthèses. Mon bricablog ne me demande pas de me taire et il comprend mes silences. Simplement quand les points m'ont apaisés je les regarde une dernière fois, je les lisse du doigt et je m'éloigne d'eux.

A lui je peux lui dire que je suis fragile car c'est tellement plus simple quand il n'y a rien à en attendre. Des mots, quelques photos des gribouillis dont on le fait gardien et un rire, une larme juste pour les dire et pour s'en défaire aussi ; sans aucun espoir de retour, de reconnaissance ou de compréhension. Une espèce de geste gratuit pour étendre de rose une vitrine égoïste, barbouiller de quelques coups de pinceau un miroir sans tain.

Mon bricablog c'est ma douceur à moi, c'est l'igloo qu'on fait sous la couette autant que l'encre que l'on crache avec colère, c'est l'odeur du chocolat chaud quand il fait froid et le grain de poivre qui pique la langue mais fait tout l'arôme d'une purée.

Les temps changent, le temps file. Il est changeant et il défile. Il essouffle, étourdit et parfois même se fige et devient glaçant. Dans le tourbillon où je suis actuellement j'ai parfois du mal à rejoindre sa rive mais je sais trop bien combien y prendre pied m'est essentiel pour m'en tenir éloignée trop longtemps.