Il est un alibi tout trouvé pour les donneurs de leçons avides d’infliger leurs souveraines influences : les enfants en général et les vôtres en particulier !

Ah ! Intérêt suprême qui justifie les phrases couperet, les vérités immuables ainsi que les jugements aussi définitifs que bien fondés !

Que vous le vouliez ou non, au nom du bien de vos enfants, les importants trouvent leur légitimité pour vous assommer de leur pédante pertinence.

J’écarte de ma démonstration les réactions grotesques de vos proches qui, souvent, au prétexte que vous avez pondu votre premier rejeton, vous classent soudainement au rang des incapables profonds pas même foutus de donner un biberon, geste s’il en est, de la plus parfaite simplicité…

Non, je fais plutôt référence à tous ces inconnus que vous croisez au détour d’une rue, d’un bassin ou d’un blog et qui, forts du bien de vos enfants, s’imaginent, saisissant au bond, un mot, une phrase ou une photo, pouvoir vous asséner de bonnes grosses vérités indiscutables !

Si vous êtes parents vous devez bien connaître ce phénomène qui autorise même ceux qui n’ont jamais côtoyé un enfant de près (si ce n’est en remontant leur passé) à vous déniaiser à grand coup de doctrines et de sentences !

Et j’en ai quelques unes sous la main de ces situations où l’admonestation que l’on veut docte et licite confine, une fois replacée dans son contexte, à la bêtise aussi crasse que pompeuse :

  • A la maternité :

Je viens d’accoucher d’un enfant dont on ne peut même pas imaginer qu’il puisse être en meilleure santé. Je suis plutôt une mère aimante et rien dans mon attitude, mes sentiments ou mes pulsions ne pourrait me faire suspecter que je lui fais courir un redoutable danger !

Pourtant elles sont toutes là, les sages-femmes, les aides-soignantes, les puéricultrices, les infirmières et même les mères qui se prennent à regretter du plus profond de leur âme que ce pauvre chérubin ne sera pas allaité !

Et dans ce chœur des vierges aussi larmoyant qu’unanime, personne pour s’aviser que je fume cinquante cigarettes par jour et que si je n’ai pas été foutue de cesser de sucer mes tiges empoisonnées pendant 9 mois, ce n’était pas pour le faire au moment même où j’allais reprendre le chemin de ma stressante vie professionnelle…

Fi de la réalité, peu importe votre envie, vos choix, peste de la nécessité : pensez donc : c’est si beau une mère qui allaite son enfant !

  • Dans la rue :

Je lance une boutade à Tarquinet (9 ans et le vœu pieux d’être chercheur « expérimentaux ») sur ses réflexes pavloviens. Surgit un illustre inconnu dont je n’aimerai pas fréquenter le QI qui me lance, l’air important : « Comme s’il pouvait comprendre quekchose ! » Mon aîné qui venait de suivre toute une série d’émission télévisées sur Pavlov et ses toutous m’a alors regardé. J’avoue avoir deviné — à tort ou à raison — une grave question dans ses yeux : « Il ne connaît pas Pavlov, le Monsieur ? »

  • Sur un blog :

Citons donc, puisque l’actualité s’y prête, la tétine dans la bouche du petit dernier qui autorise les « anti » à partager aussi spontanément que généreusement leur tolérante façon de penser ! Quant à savoir que ma seconde s’est gâtée les dents précisément parce qu’elle n’en avait pas et tétouillait des heures le fond de ses biberons importe peu. Moi, savoir que pour sa santé j’aurais mieux fait de lui donner la tétine qu’elle voulait m’a plutôt convaincu d’être plus souple avec l’enfant suivant mais je me suis trompée ! En réalité, il ne s’agissait que de pure démission parentale !!

  • Près des bassins

Enfin, le plus drôle, le plus savoureux, le plus jubilatoire spectacle auquel malheureusement il ne m’a pas été donné d’assister : la sortie dominicale à la piscine municipale en compagnie de mon Secret qui n’en est plus un pour mes enfants.

C’est ainsi qu’alors qu’il invitait Tarquinet l’aîné à requérir l’aide de sa sœur pour prospérer dans son entreprise de déstabilisation mécanique aquatique et ludique de Secret bien ancré sur ses pieds, une savante personne s’est permise de déplorer la piètre image paternelle qu’il donnait à mon fils, le privant de la nécessaire confiance en soi à agir et réussir seul dans la vie et gnagnagna et gnagnagna…

Comme je regrette de n’avoir pu lui donner le fond de ma pensée à cette mémère qui s’imaginait pouvoir s’emparer de l’intérêt de mes enfants pour mieux pérorer sa suffisante incompétence… Si elle savait…