Deux ans que je m'échine, que j'avance bille en tête pour ne pas céder à mes plus sourdes peurs et mes plus violentes terreurs.

Deux ans d'une fatigue tellement épaisse qu'elle semble remplir désormais tous les pores de ma vie, comme si jamais je ne pourrais plus dormir.

Deux ans en loup solitaire pour panser mes plaies loin des yeux et de la pitié.

Deux ans en colère pour faire cesser mes pleurs et me tenir lieu d'armure.

Deux ans à veiller sur les miens avec les griffes, avec les dents, et une farouche opiniâtreté.

Deux ans en me forçant à ne pas regarder en arrière, parce que la douleur est trop vive et le bonheur trop méchant.

Deux ans pour réapprendre à parler, et à marcher, et puis à vivre.

Deux ans sans réfléchir, sans douter, sans d'autre but que celui de tenir.

Il me reste la peur,
Il me reste la colère,
Il me reste les dents et aussi les griffes,

Et la conscience particulière d'être, complètement, entièrement, éperdument, épuisée. Épuisée à en vomir, à en pleurer, à ne plus être capable de rire ou d'aimer. Épuisée à se laisser choir, à rester là et à cesser le combat. Jusqu'à tantôt, jusqu'à bientôt.