des casques et du barbelé mis en scène sur du béton

J'y étais descendue en empruntant un escalier de ferraille où les pieds de chacun des visiteurs résonnaient déjà comme une marche de l'oie. Mon grand-père qui l'avait faite cette grande guerre n'était pas très vaillant mais c'était déterminé qu'il l'avait martelé.
Arrivés en bas, on comprenait. On comprenait la peur, la faim, on sentait même le sang et la sueur. Ce n'était pas très bien aménagé, ce n'était pas fait pour être accueillant. C'était resté en l'état. Un peu délabré, avec des inscriptions en allemand, des fils électriques qui pendouillaient et l'imagination qui faisait le reste. Sans effort, naturellement. Parce que dans ces lieux-là on devinait la guerre, la grande, la sanglante.

Tarquinet rêvait d'y aller. La caverne du dragon... Rien que son nom est une promesse de frisson.

J'étais ravie d'y retourner, de leur faire partager ce bout d'histoire, à mi-chemin entre les souvenirs de mon Papi et l'histoire de la demeure. Je leur contais les histoires de mon grand-père, celle que l'on se transmet de génération en génération et je leur disais que l'on se battait jusque dans le jardin de la demeure.

Et puis ce fût la cruelle désillusion. D'autant plus emplie de colère que j'étais pleine d'allant.

Mon enthousiasme était déjà émoussé par 20 minutes d'une projection cinématographique qui vous transforme aussitôt en garde-chiourme sauf bâillonner vos enfants et en distributeur de "chûût-chûût!!". C'est plutôt joli à regarder, un peu comme du Jeunet en plus mauvais dont on aurait pris un soin pathologique à travailler l'effet visuel sur différents plans.

En revanche, sauf peut-être à se placer à l'exact croisement des diagonales de la pièce, vous n'entendrez strictement rien. Essayez de conjuguez l'acoustique d'un break Peugeot avec un fond sonore —haut parleur de droite— qui est deux fois plus puissant que la voix des différents narrateurs —haut parleur de gauche— pour avoir une vague idée de la bouillie que l'on vous demande d'avaler.

Enfin, si vous êtes du genre à aimer que vos enfants comprennent quelque chose de l'histoire de France, fuyez immédiatement, les mélanges de chronologie sans transition vous obligeront à leur asséner deux heures de récapitulation pour leur ôter de la tête que la grande guerre ne s'est pas faite quand les romains dominaient le monde !

Je croyais que ce n'était qu'une mauvaise surprise avant la descente dans la Caverne, avant le face à face avec ces lieux sombres faits de pierre brute et d'histoire,  et bien non, c'était le résumé de ce que l'on allait nous servir. : un immense décor aseptisé qui n'était plus qu'un prétexte à une pseudo scénographie d'artistes qui griment les lieux pour mieux se mettre en valeur.

Imaginez une caverne où l'on s'est battu jusques au couteau que l'on hérisse d'ampoules rouges sur des croix de lumières. De vagues étoffes de blanc immaculé censées vous faire évoquer l'exiguité de ces grottes surpeuplées, du béton propret recouvert d'un casque ou deux joliment enrubannés de barbelé.

Aucune vie, aucune souffrance, quelques écrans égrenant des lettres de poilus devant lesquels nul n'a le droit de s'attarder (« suivez le guide !!! ») servent d'alibis à un semblant d'humanité.

création «artistique+ aussi laide que déplacée

Ici on n'illustre pas l'histoire avec la réalité des lieux. Non ici les lieux illustrent uniquement l'incapacité de quelques uns à se rappeler que c'est un lieu chargé d'histoire que l'on vient visiter et non un monument à leur propre création.

Si vous voulez découvrir des lieux de mémoire changez immédiatement de destination, dans la caverne du dragon vous ne verrez plus qu'un immense décor dont certains sont parvenus à ôter l'âme, un magnifique écrin dénaturé à la gloire de la touchette d'intellos en mal d'inspiration.

C'est tout ce dont j'ai horreur... Cette histoire revisitée au prétexte d'une mémoire que l'on ignore.

Si vous voulez vraiment passez un bon moment avec vos enfants, allez plutôt au fort de Condé !