Comment je venge mon papa et ma maman
J'avais 26 ans, c'était l'année où
j'avais prêté serment et où nous avions
recueilli Tarquari. Je ne savais pas encore que j'abritais une
véritable déveine de tragédienne.
Un soir de juillet, j'avais 26 ans, un papa et une maman.
Un matin de juillet, j'avais 26 ans, mais plus de papa et une maman
dont il n'y avait pas que les os qui étaient
fracassés.
C'était mon premier drame, je l'ai reçu de plein
fouet, l'horreur le disputant à
l'incrédulité, puis au
dégoût le plus profond quand ses circonstances
furent connues.
C'était le premier et j'en ai gardé un tel
sentiment d'iniquité, une telle intensité dans la
douleur qu'encore aujourd'hui une sourde colère gronde.
Alors quand j'en tiens un de ces chauffards, de ces soudards
avinés multirécidivistes qui
démolissent des vies et brisent des familles collectionnant
les annulations de permis et la fuite des responsabilités ;
quand j'en tiens un de ces fanfarons qui ivres au dernier
degré vont réussir à accuser un mort
des pires forfaits routiers ; quand je les entends balbutier des
excuses bidons plus préoccupés par
l'idée de perdre leur permis que celle d'avoir tué
quelqu'un ; quand je les tiens à portée de main,
juste sous le nez de leurs juges, alors je me rappelle.
Je me rappelle la douleur qui vous tord les tripes, qui vous fait
vomir, je me rappelle la rage et l'envie de mordre, je me rappelle non
seulement ma peine mais toutes celles que j'ai vues défiler,
tous ces clients effondrés, abîmés,
détruits, ces estropiés, ces orphelins, ces
veuves ou ces grands blessés.
Alors, quand j'ai le ventre serré et la voix qui tonne, je
sais combien elle est féroce et mordante ma
colère !
Ce que secrètement j'espère, c'est que dans le
silence d'une nuit à Fleury,
ils cessent un instant de penser à leur permis, à
leur belle voiture inemployée ou à la guigne
dont ils s'estiment victimes ; que dans le silence d'une nuit
à Fleury, ils l'entendent enfin cette douleur, cette rage,
ce désespoir et qu'ils comprennent enfin pourquoi ce
mal-là est inacceptable.
C'est dans les salles d'audience que je venge mon papa et ma maman.
Par Veuve Tarquine
lundi 23 mai 2005 à 23:41
(non) droit ou (in)justice
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