Les mots et la manière
Ce soir, sur le chemin de la piscine Tarquinette, m'a annoncé que parfois des hommes se mariaient avec des hommes et des femmes avec des femmes. J'ai bien entendu opiné du chef et devant son air perplexe je lui ai dit que tout cela n'avait pas beaucoup d'importance, ce qui importait c'était d'être heureux et qu'il importait peu que ce soit avec un homme ou une femme. Elle en a été ravie et m'a derechef annoncé qu'elle allait épouser sa cousine (dont elle est en pleine pamoison puisque que celle-ci a adressé à son frère la super vidéo de la mort qui les a fait hurlé de rire tout l'après midi !).
Bref, j'en étais là dans mes conversations familiales quand je me suis souvenue, avec amusement, que je venais de me faire taxer d'homophobie ce matin même, ce qui m'a d'autant plus fait rire que j'en percevais mal la raison. Et puis ce soir après avoir lu le billet de Alar'ch j'ai enfin compris ! Évidemment ! Pourtant j'aurais du être échaudée, la même mésaventure m'était arrivée dans mes jeunes années :
Lorsque j'étais étudiante, j'occupais également à temps partiel un emploi de caissière dans un grand magasin parisien. Un jour que deux clients vociféraient devant ma caisse pourvue d'une longue queue fournie, et ce, afin que j'abandonne séance tenante mes fonctions pour les assister dans la quête d'un improbable objet planqué dans le rayon, j'avais répondu à ces importuns : « Pardonnez-moi mais je n'ai pas le don d'ubiquité ».
Le couple avait disparu et je pensais ne plus jamais entendre parler d'eux lorsque hilare le chef de rayon (un homme talentueux qui, je dois l'avouer m'avait prise en affection, lui rappelant sans doute sa fille qui débutait des études de droit) vient me trouver pour me demander ce que j'avais pu dire à ces deux chalands ... « Heu... » Je ne m'en souvenais plus moi, étourdie par le nombre d'articles, d'espèces et de clients qui étaient passés qui par mes mains, qui par ma caisse. Il se marre encore plus et m'annonce que les deux fâcheux lui ont soutenu que je les avais insultés puis invités à répéter l'insulte proférées ils ont bafouillé un peu avant d'affirmer que je les aurais "traités d'enculés !"
Là, le jour se fit et je lui révélais ma grande faute : j'avais prononcé le mot "ubiquité". Littéralement réjoui il m'appris que pour ma tranquillité, il ne fallait en aucune circonstance prononcer des mots que les clients ignorent, car c'était aller droit à la catastrophe et qu'il ne pouvait pas intercepter tous ceux qui ne manqueraient pas de s'en plaindre ! J'ai gardé de cette histoire un certaine tendresse pour ce monsieur qui me connaissait peu mais n'avait pas mis une seule fois en doute le fait je n'avais pas proféré le mot d'enculé.
J'aurais dû en tirer un autre enseignement mais ce n'est qu'en lisant Alarc'h que j'ai compris...
Bref est-on homophobe quand, sur une question de vocabulaire (c'est à dire précisément dans le sujet des références employées) on évoque face à un homosexuel les termes de précieux et de maniérisme ?
« Vous êtes décidément quelqu'un de très précieux... et j'ai surtout bien compris qu'il ne faudrait rien dire qui pourrait heurter votre étroite sensibilité... Et bien figurez-vous que moi les mots je ne les aime pas étriqués mais authentiques... Authentique comme le mot glaviot sait l'être... et pis s'il heurte votre maniérisme corseté...+
Vous me direz que pour ôter toute ambiguïté j'aurais pu faire un lien vers des sites précisant ce qu'étaient les précieuses et le maniérisme... Oui mais pour cela, il aurait déjà fallu que je devine que l'on puisse mettre sur ces mots un sens auquel moi, je n'ai absolument pas songé !
Faut-il inventer, après la langue de bois, le français mou ? Espèce de soupe fadasse, pot commun sans histoire où n'auraient droit de cité que des mots convenus d'où seraient gommées toute références littéraires et toute âme ? ( gageons que le mot glaviot qui déchaîne les passions n'y aura pas sa place !)
L'autre solution, en tout cas pour les blogueurs que nous sommes, seraient, avant de commenter bille en tête, de prendre le temps de lire quelques pages mais avouez que cela m'aurait - peut-être, ne soyons pas prétentieuse ! - privé du plaisir de découvrir que ces feuillets peuvent être assimilés à « minute et au nouveau détective » et que - oh comble de la facilité lèse-bloguesque !- je me cache derrière mes mots.
Aucun doute, les mots sont tous coupables, supprimons-les !!
Par Veuve Tarquine
jeudi 12 mai 2005 à 00:50
Blogs à brac
#532
rss










Commentaires
Le jeudi 12 mai 2005 à 01:26
par
Hémiole
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 08:15
par
Stef
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 08:46
par
Anne
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 09:37
par
le roncier
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 09:54
par
le renard gris
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 10:49
par
Raboliot
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 10:54
par
Veuve Tarquine
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 11:16
par
Guignolito
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 13:22
par
Putch
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 13:56
par
padawan
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 14:30
par
BabOOn
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 14:36
par
M_Spock
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 14:41
par
Kozlika
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 14:42
par
Vroumette
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 15:38
par
Raboliot
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 15:47
par
julien
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 16:27
par
Stef
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 16:31
par
Veuve Tarquine
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 17:04
par
Anne
#
Le jeudi 12 mai 2005 à 22:43
par
Chonchon
#
Le vendredi 13 mai 2005 à 01:15
par
luciole
#
Le vendredi 13 mai 2005 à 11:03
par
Bob Marcel
#
Le vendredi 13 mai 2005 à 14:38
par
Aude dite Orium
#
Le vendredi 13 mai 2005 à 15:50
par
BabOOn
#
Le vendredi 13 mai 2005 à 16:13
par
Aude dite Orium
#
Le dimanche 15 mai 2005 à 11:09
par
Babouze
#
Le samedi 24 septembre 2005 à 14:39
par
Mig 21
#
Le dimanche 25 septembre 2005 à 19:02
par
Veuve Tarquine
#
Le mercredi 14 décembre 2005 à 11:49
par
triton
#
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.