Un quai de la gare de Lyon au tout petit matin


J'avais presque oublié que les quais de la Gare de Lyon étaient aussi beaux dans le petit matin.
J'avais oublié combien il est dur de s'ensauver de chez soi dans le froid nocturne.
J'avais oublié comme ces voyages sont des parenthèses intemporelles.
En compagnie d'un dossier ou d'un bouquin, on regarde passer la vie.
On est ailleurs. On est nulle part.
On est loin de tout mais à côté.
Je vous ai déjà dit que j'aimais voyager en train ?
Le train, c'est un univers clos qui respire l'espace.
On y noue des amitiés aussi vives qu'éphémères.
et aussi des conversations délétères.
On peut se recroqueviller sous un manteau et piquer un roupillon.
Ou observer les engueulades d'une famille.
On peut y parler boulot ou découvrir d'autre profession.
J'y ai fait des rencontres surprenantes.
Et lu des pages par milliers.
On s'y fait aussi draguer avec une rare fulgurance.
Le temps y est différent.
Il s'arrête et s'accélère.
Il est ailleurs, il est loin.
Et puis, on revient.
Et puis, c'est fini.
Et c'est bien.