A fleur de vie

Je n'ai pas envie d'être triste. Je n'ai pas envie de ronchonner sur ma vie d'avant. Je ne veux pas porter ma peine en bandoulière.
De toute façon, je suis comme ça... ce n'est pas parce que je suis anéantie que je suis mise à terre. Oh, je n'y suis pour rien... J'ai observé de ma triste expérience que l'insupportable a des limites. Ce n'est pas l'horreur qui s'arrête (la concomitance de certaines morts m'a démontré le contraire) mais la perception que l'on s'en fait.
Quand cette limite est atteinte, quand la douleur est si vive, le refus si violent, je sentais ma pensée qui s'anesthésiait. Comme une drogue qui se répandait dans ma boîte crânienne. Il ne s'agissait pas de paradis artificiel ni même d'oubli mais d'une espèce de ouate qui venait tapisser mon crâne.
Je savais alors que pendant les dix à vingt minutes qui suivaient je n'allais penser à rien, ou alors de trop loin, j'allais me claquemurer contre le mal, contre l'insoutenable, en enlevant tout affect de ma tête.
Au bout de quelques temps, je connaissais même l'exact niveau de souffrance qui déclenchait automatiquement la mise en veilleuse de mes pensées. Cela ne console pas, cela ne guérit pas, c'est un pur réflexe de survie...
Il me reste de cette curieuse expérience la certitude que le bonheur, ou tout au moins l'absence de douleur, est une nécessité pour continuer à vivre.
C'est pour cette raison que je peux sans indécence dire que oui, décidément, le goût de la cannelle dont j'arrose la mouture de mon décaféiné tous les soirs est divin.
Oui, je ressens ce formidable coup au coeur en voyant mes enfants heureux et en riant avec eux.
Oui, parfois je souris, le guidon dans les mains et les yeux dans Paris. Je souris pour rien si ce n'est qu'elle est belle et que je suis heureuse d'être là.
Oui, dans ces moments là je me dis que c'est du bonheur et que c'est la seule façon de continuer. Comme je ne veux pas revenir en arrière, je n'ai pas d'autre choix que d'avancer.
Je n'ai jamais eu honte de pleurer, pas plus que j'ai peur de chopper un petit bonheur, ici ou ailleurs.
Par Veuve Tarquine
mercredi 10 novembre 2004 à 00:13
De bric en vrac
#277
rss










Commentaires
Le mercredi 10 novembre 2004 à 02:17
par
del4yo
#
Le mercredi 10 novembre 2004 à 09:00
par
Anne
#
Le mercredi 10 novembre 2004 à 09:21
par
Veuve Tarquine
#
Le mercredi 10 novembre 2004 à 09:57
par
Anne
#
Le mercredi 10 novembre 2004 à 10:01
par
M_Spock
#
Le mercredi 10 novembre 2004 à 11:32
par
Mel'O'Dye
#
Le mercredi 10 novembre 2004 à 15:36
par
mamicha
#
Le mercredi 10 novembre 2004 à 16:41
par
samantdi
#
Le mercredi 10 novembre 2004 à 17:07
par
M_Spock
#
Le mercredi 10 novembre 2004 à 21:35
par
François Granger
#
Le mercredi 10 novembre 2004 à 23:56
par
Veuve Tarquine
#
Le jeudi 11 novembre 2004 à 23:20
par
racontars
#
Le vendredi 12 novembre 2004 à 11:02
par
Nat la muse
#
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.