J'ai reçu ces jours-ci, comme la majorité des avocats de France et de Navarre, la revue mensuelle éditée par la première association de gestion agréée de ma profession. Je l'ai parcouru plus en détail que d'habitude car elle traitait en partie des nouvelles technologies. C'est ainsi que figure, au chapitre " management et marketing ", un audit de site web de cabinet d'avocat.

Cela se présente comme une succession de questions à la suite desquelles vous n'avez pas le résultat du " test " mais un gros logo de " SCIPION " marketing for Law firm.

On devine donc le procédé désormais usuel, bien qu'à mon sens déloyal, d'une honteuse publicité déguisée.

Voici donc un échantillon des questions que l'on y trouve, questions qui s'adressent, je le rappelle, à des avocats et non à des webmestres ou des informaticiens :

Le style est-il homogène avec la charte graphique et la "corporate identity" du cabinet ?

Le site peut-il être utilisé rapidement ? »vite-t-il : (…)
- Trop de fioritures et de show-off technologiques
- Absence de "skip button" sur la présentation flash
(admirez au passage la syntaxe de la phrase !)

Quel contenu dynamique est proposé ?
- Newsletter ou e-zines

Le site est-il entièrement "print friendly" ?

CRM (Client relationship Management) : Est-il possible de " servir davantage la clientèle " actuelle du cabinet ?

Le site comporte-t-il une section juridique, expliquant les modalité d'utilisation du site, les limites de responsabilité (disclaimers), les droits d'auteur (copyrights) ?

Et le meilleur pour la fin :

Accessibilité : le langage utilisé ne comporte-il pas trop de jargon ?

Mesdames et Messieurs de chez Scipion marketing for Law firm, je vous remercie infiniment pour la magnifique tranche de rire que vous m'avez offerte !

Comme je suis pétrie de bienfaisance à votre endroit, je vais vous donner deux ou trois trucs pour faire du marketing et du management :

Peut-être serait-il judicieux d'apprendre à parler français ? Parce que demander à des avocats s'ils jargonnent quand vous êtes incapables d'utiliser des mots du petit Robert, c'est franchement se moquer d'eux…

Voyez-vous le français est l'outil principal des avocats, ils le plaident à longueur de journée, ils en font de multiples jeux d'écritures, ils connaissent le poids des mots, leur usage et leur emploi.

Ce n'est point parce que la langue juridique est fleurie et rigoureuse qu'ils ignorent les règles élémentaires de celle-ci ! Bien au contraire, dans leur immense majorité, ils y sont extrêmement attachée !

Et puis, vous savez, les avocats n'aiment pas vraiment qu'on les prennent pour des incapables alors évitez de tenter de les impressionner avec vos "copyrights" et vos "disclaimers", outre le fait que vous ne connaissez pas grand chose au droit de la responsabilité (comme le clame votre propre lexique parfaitement inadapté au droit français), vous semblez vraiment vous moquez de ceux auxquels vous vous adressez…

Je ne sais pas si vous allez gagner des clients avec votre publicité déguisée mais je sais que vous avez gagné, en ce qui me concerne, la palme de la médiocrité !