Elle risquerait de les incommoder et puis surtout, elle signifie que j’existe… Ma douleur ne vous est tolérable qu’associée à la vôtre, dès lors que je vous ai signifié que je ne mélangerai pas mes larmes aux vôtres, elle est malvenue.

Ici on pleure un fils ! Pas un père et encore moins un mari !

Peu importe que quiconque ne pouvait ignorer combien leur fils m’aimait. Peu leur chaut qu’il y a deux ans, c’est dans mes bras que celui-ci pleurait de joie, en tenant dans ses immenses mains son Tarquinou tout juste éclos : c’est un détail qui ne saurait pas même les condescendre à autoriser cette larme à couler.

Pauvres petits vieux enfermés dans votre douleur, une prison de silences convenus, d’attitudes savamment contrites, de jugement à l’emporte pièce et de l’immuable certitude que le monde entier doit vous respecter.

Vous me faites pitié avec votre peine en bandoulière, pétris de la certitude que l’on doive vous aimer, vous qui êtes incapables de regarder les autres autrement que pour y chercher l’image que vous peaufinez, trop attentifs à guetter ce que l’on pourrait penser de vous, pour prêter attention à celui à qui vous vous adressez. Le sens du mot partage vous est parfaitement inconnu.

Et ça s’offusque et ça invoque l’amour filial pour exiger que l’on vous aime ! Décidément, vous n’avez pas compris que je n’étais là que par la grâce de mes enfants… uniquement pour eux et ne pas porter la responsabilité de les couper d’une famille qui n’est pas la mienne…

Mais mes enfants ne vous donnent pas le droit de me vomir un « arrête » sec et mauvais comme un coup de trique.

Sachez que mon « mode survie » à moi n’implique pas que deux estropiés de la vie se permettent impunément de venir pourrir la mienne…