des menottes et un képi

Ce matin, j’ai lu avec un indicible effroi, un article de Libération m’apprenant qu’une expertise graphologique aurait permis d'établir que la signature de Cédric Vasseur portée sur les procès verbaux de deux auditions par les services de police et alors qu'il était placé en garde à vue dans le cadre de l’affaire de l’équipe cycliste Cofidis, n'était pas la sienne !

En droit, un procès verbal d'audition, ne vaut que jusqu'à preuve du contraire. Dans les faits, sa valeur probante est quasi irréfragable. Essayez donc d'aller démontrer que ce que vous avez dit puis avéré par votre signature aux enquêteurs n'étaient, en réalité, pas fondé ! Il est quasiment plus simple de déplacer pierre par pierre la grande muraille de Chine... Et si vous en doutez encore, demandez donc à Patrick Dills, ce qui lui en a coûté de craquer aux questions d'un enquêteur entreprenant alors qu'il avait à peine 16 ans... (la réclusion criminelle à perpétuité, la Cour d'Assises des mineurs de Metz, fait rarissime, lui ayant refusé l'excuse de minorité).

Un procès verbal d'audition c'est une pièce maîtresse, parfois le seul fondement des poursuites, et ce n'est d'ailleurs pas un hasard, comme l'a justement souligné Eolas, si la loi Sarkozy sur la sécurité intérieure a abrogé l'obligation d’information du droit de se taire lors de la garde à vue...

Comprenez donc mon émoi quand j'apprends que des policiers, agent ou officier de police judiciaire ont volontairement apposé une fausse signature sur un procès verbal d'audition, par définition complétement bidon ! L'affaire est grave, impardonnable, dangeureuse, c'est la démonstration de l'arbitraire : c'est le règne de la matraque et du képi...

J'avoue que guettant de près la réaction du Parquet, je me jette sur le site du Monde.

On peut dire que j'ai été servie, car l'affaire a dorénavant changé de registre, on est entré dans la phase du "grand-guignolesque", de la déraison. J'y lis : « Sollicité jeudi matin, un responsable de la préfecture de police n'a pas exclu que la signature de M. Vasseur ait pu être ajoutée sur des PV pour "un problème de forme", mais a certifié que le cycliste avait bien tenu les propos retranscrits. ».

Il se trouve donc un "responsable" de la préfecture de police pour couvrir un faux en écriture publique, un crime gravissime qui, à mon sens, jette l'opprobre et le déshonneur sur tout l'édifice préfectoral !

Il me semblait à moi que des valeurs aussi importantes que la confiance, le respect de son serment, le fondement de son métier, était primordiales. Comme il se trouve qu'un responsable de la préfecture trouve normal de clamer -sans vergogne- de sacrifier ces quelques broutilles à la défense de son pré carré et justifier que l'on commette un acte criminel pour résoudre un quelconque problème de forme, j'imagine que mon sens de la justice doit être un pur anachronisme...

J'attends maintenant de savoir quelle va être la position du Parquet, voire celle du ministère de l'intérieur. J'ose encore croire que s'ouvrira une procédure criminelle contre cet infâme policier, et que l'on redore enfin le respect dû aux institutions ! Mais je crains de n'être déçue... j'ai parfois le sentiment que les avocats sont les derniers utopistes de la justice...

Et après, bien entendu, on va aller faire la leçon aux sauvageons qui n'ont décidément aucune notion de ce que signifie la civilité !